Assomption 2018 : messe, vêpres et procession à Metz

Ce mercredi 15 août 2018, Mgr Lagleize a présidé les festivités de l’Assomption : la messe pontificale en la cathédrale Saint-Etienne le matin à 10h, puis les vêpres à 15h, suivies de la procession vers la statue de Notre-Dame de Metz place Saint-Jacques.

En matinée, les fidèles ont pu se réunir à la cathédrale pour vivre la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, présidée par l’évêque de Metz, assisté de ses deux vicaires généraux et des chanoines du chapitre de la cathédrale.

Dans son homélie, Mgr Lagleize s’est interrogé sur la manière dont Marie est mère du Fils de Dieu. « Elle se laisse façonner par la Parole de Dieu, elle se laisse engendrer et féconder sans opposer de résistance. Marie est une mère, un berceau pour la vie. Elle est le berceau de l’auteur de la Vie. Marie est la mère de Jésus, mais aussi notre mère. Comment toute mère, Marie attend de nous, ses enfants, que nous la reconnaissions comme la Servante du Seigneur. »

Ecoutez l’homélie de la messe de l’Assomption – Mgr Jean-Christophe Lagleize

 

Place Saint-Jacques : un appel à la conversion

Dans  l’après-midi, une grande foule a rempli la cathédrale, à laquelle de nombreuses chaises ont été ajoutées. La procession s’avance avec de nombreux prêtres, les chanoines, les vicaires généraux, l’évêque de Kara au Togo et Mgr Lagleize. C’est le temps des vêpres, en présence des autorités civiles et militaires, des représentants d’anciens combattants.

Après l’office, la procession s’organise, avec les différentes communautés étrangères présentes en Moselle : la communauté italienne, la communauté polonaise, la paroisse ukrainienne, les communautés d’Asie du Sud-Est, les paroisses et fidèles originaires des DOM-TOM, suivies par la statue de la Vierge portée par des membres de l’hospitalité diocésaine, puis la Maîtrise, les célébrants et les autorités civiles.

Sur la place Saint-Jacques, au pied de la colonne de la Vierge, le doyen du chapitre, le chanoine Jean-Marie Munier rappelle l’histoire, avant d’inviter le maire de Metz et l’évêque a déposé une gerbe de fleurs.

Puis la prière universelle est nourrie des intentions proposées par les différentes communautés étrangères. Enfin, l’évêque prononce une brève allocution autour de l’importance de mettre de la verticalité dans nos vies et d’alerter sur la nécessité d’une conversion devant la grave crise écologique et ses conséquences en termes d’immigration (cf. texte intégral ci-dessous).

Après la prière du Notre-Père, la procession refait le chemin inverse pour le salut du Saint-Sacrement dans la cathédrale Saint-Etienne.

A l’issue de la célébration, un concert à l’orgue du Triforium est proposé pour les amateurs de belle musique avec une alternance entre la Schola du petit chœur de Forbach et l’orgue renaissance perché dans les hauteurs de la cathédrale, sous les doigts de Thierry Ferré.

 

Texte de l’allocution de Mgr Jean-Christophe Lagleize, place St Jacques – 15 août 2018

Chers amis,

Il y a cent ans, la grande Guerre allait prendre fin. Conformément au vœu fait par Mgr Benzler si Metz était préservée, cette statue de la Vierge Marie était érigée. Et nous voici comme chaque année à ses pieds pour la remercier de cette sérénité dont nous pouvons bénéficier et de cette paix avec nos voisins.

Ces derniers mois, des événements nous ont permis de vivre des moments de fraternité (par exemple la Coupe du monde de football). Mais dans ce mouvement d’horizontalité où chacun pour un bref moment est redevenu le frère de l’autre, n’oublions pas toute la volatilité de ces instants.Car si nous y regardons de façon approfondie, notre monde est plus désuni que ces fêtes sportives ne le laissent croire. Je vous invite à rechercher à mettre de la verticalité dans notre existence.

En effet, en ce jour du 15 août, dans l’Apocalypse de St Jean, les auteurs chrétiens ont vu en Marie la vivante entrant dans un ciel nouveau et une terre nouvelle.

« Un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte et elle criait, torturée par les douleurs de l’enfantement. » et le passage se termine ainsi « Alors j’entendis dans le ciel une voix puissante, qui proclamait : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ !» « Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle » Ap 21.

Je crois qu’il est important de bien comprendre l’interdépendance des phénomènes qui bousculent nos sociétés et qui en réalité concernent toute l’humanité.

L’homme a réalisé ces dernières décennies de grands progrès techniques. Mais l’écueil est double. Car ces avancées doivent profiter à tous et non provoquer de plus grandes disparités de richesse entre les êtres humains. Elles ne doivent pas non plus endommager la création qui a été confiée à l’homme. Voici déjà ce qu’en 1970 le pape Paul VI disait devant la FAO (Association pour les Nations Unies pour l’Alimentation) :;« En cette heure décisive de son histoire, l’humanité oscille, incertaine, entre la crainte et l’espoir. Qui ne le voit désormais ? Les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les prouesses techniques les plus étonnantes, la croissance économique la plus prodigieuse, si elles ne s’accompagnent d’un authentique progrès social et moral, se retournent en définitive contre l’homme » 

L’intelligence de l’homme doit servir à faire grandir l’humanité, et non faire grandir la misère d’une partie de l’humanité. Sinon, le progrès détruit l’humain au lieu de le faire grandir.

Et si l’homme abîme la création, non seulement c’est l’œuvre parfaite de Dieu qui est endommagée, mais c’est aussi la propre survie de l’homme qui est remise en cause. Ainsi, l’être humain a pour devoir de respecter et protéger la création qui lui a été confiée.

Tant d’hommes et de femmes sont contraints de quitter leur pays pour trouver refuge sur des terres plus hospitalières. Certains rapports de l’ONU expliquent que des conflits actuels violents au Proche et au Moyen Orient sont en bonne partie dus à la sécheresse récente de ces dernières années. De même, en Afrique, la difficulté croissante à trouver de l’eau et des pâturages verts est génératrice de conflit et de migrations. Enfin, certains pays risquent de disparaître avec la montée des eaux…

Voici comment s’exprime le pape François dans Laudato Si’ : « les changements du climat provoquent des migrations d’animaux et de végétaux qui ne peuvent pas toujours s’adapter, et cela affecte à leur tour les moyens de production des plus pauvres, qui se voient aussi obligés d’émigrer avec une grande incertitude pour leur avenir et pour l’avenir de leurs enfants. L’augmentation du nombre de migrants fuyant la misère, accrue par la dégradation environnementale, est tragique ; ces migrants ne sont pas reconnus comme réfugiés par les conventions internationales et ils portent le poids de leurs vies à la dérive, sans aucune protection légale. » Laudato Si’ N° 25

Le pape François, on le sait, est sensible à cette question migratoire. Il insiste sur les conséquences humaines de cette crise écologique. Il nous fait bien voir que ces sujets que l’on traite souvent séparément sont en fait liés. Nos gouvernants, celles et ceux qui exercent un mandat électif, les institutions internationales ont le devoir de prendre en compte la globalité et la complexité des enjeux humains et environnementaux. Ainsi, les responsables politiques doivent prendre leurs responsabilités plutôt que de se défausser sur les ONG, les Eglises, et les associations, qui sont aussi des partenaires publics efficaces.

Je crois qu’aujourd’hui les chrétiens, -protestants, orthodoxes, catholiques- sont conscients de cette crise écologique. La déclaration de Venise prononcée conjointement par le pape Jean Paul II et le patriarche de Constantinople Bartholomée en 2002 peut en témoigner :

« Une conversion authentique dans le Christ nous permettra de changer notre façon de penser et d’agir. Nous devons tout d’abord retrouver l’humilité et reconnaître les limites de nos pouvoirs, et, ce qui est plus important, les limites de nos connaissances et de notre jugement. Nous avons pris des décisions, accompli des actions, et établi des valeurs qui nous ont détournés du monde tel qu’il devrait être, détournés du dessein de Dieu sur la création, et de tout ce qui est essentiel à une planète saine et à une communauté saine de personnes. » déclaration de Venise.

C’est donc un changement radical auquel il nous faut procéder. Respecter la création, c’est respecter l’humanité, et, pour les croyants, c’est respecter Dieu et reconnaître notre humilité vis à vis du Seigneur.

Tentons de vivre vraiment cette fraternité en Christ, avec toute l’humanité soutenue par la prière et la présence de la Vierge Marie, ici appelée Notre-Dame de Metz.

+Jean-Christophe Lagleize, Evêque de Metz