Pourquoi une paroisse ?

La question se pose en effet. Quel est encore le sens de la paroisse dans une métropole où les déplacements sont facilités, dans un monde où le numérique prend de plus en plus de place (avec la possibilité de choisir ce qu’on veut où l’on veut sans bouger de chez soi), où chacun choisit ses engagements en pleine liberté et conscience ? La paroisse actuelle, modelée sur ce qui a existé au cours des siècles, voire du millénaire passé, n’est-elle pas totalement désuète ?

Vous imaginez bien que je ne vais pas vous dire que oui, que la paroisse ne sert plus à rien, qu’elle est dépassée. Quoique… La société actuelle nous invite à bouger, à évoluer, rapidement parfois, trop vite même à certains égards. Et elle oblige chaque paroisse à se réinventer, à ne pas en rester simplement à ses habitudes, mais au contraire, tout en respectant son histoire, à se mettre au service des habitants qui la composent.

Peut-être êtes-vous surpris de ce terme « habitants qui la composent ». Et pourtant c’est là que réside le nœud de nos paroisses : Elles ne sont pas faites que pour les chrétiens pratiquants habituels. Preuves en sont les mariages, communions, funérailles qui y sont célébrés. Tant de monde qu’on voit si peu à nos assemblées dominicales, mais qui pourtant forme aussi nos paroisses.

La richesse d’une paroisse n’est pas (seulement) dans le nombre des pratiquants ou des personnes engagées au service de la liturgie, des pauvres, des jeunes,… Elle n’est pas dans le décorum d’un bâtiment, aussi majestueux soit-il. Le richesse d’une paroisse, c’est cet ensemble d’habitants qui forment l’Église, qui nous rappellent, à travers leur pratique ou leur absence, à travers leurs engagements plus ou moins distants avec la communauté, que celle-ci n’est pas un ensemble fermé.

La paroisse nous invite à découvrir la diversité du Corps du Christ, elle nous décentre de nos groupes habituels, elle nous ouvre à notre frère ou notre sœur qui ne comprend rien à nos rites mais qui cherche à se rapprocher du Seigneur.

La paroisse, c’est cette portion de terre où le Christ se rend présent à travers son Église, c’est l’ensemble des dons et charismes qui sont mis en œuvre pour annoncer sa Bonne Nouvelle, pour dire à tous l’amour miséricordieux du Père pour ses enfants.

La paroisse, c’est finalement un appel à vivre, à la fois, les dimensions missionnaire et communautaire de l’Église. À accueillir, au-delà de notre cercle de confort, ceux qui sont autour de nous. À nous laisser interpeller par l’action de Dieu visible à travers les hommes et les femmes de bonne volonté. À nous laisser convertir par le Christ, vivant auprès de nous.

Je pourrais continuer longtemps. Les prophètes de malheur annoncent de manière récurrente la mort de la paroisse, proclamant une « Église-liquide » – en copiant les études sociologiques récentes – c’est-à-dire une Église diluée dans le monde, sans apparence, sans centre, sans Christ finalement. D’autres, plus technophiles, parlent d’une « Église hub », à la manière de ces ports sur les ordinateurs où l’on viendrait se brancher, changeant de place constamment, sans plus aucune racine pourrait-on croire…

Pourtant je crois que la paroisse, ou la communauté de paroisses qui en est la version étendue, a un avenir, parce qu’elle nous interpelle au plus près de notre existence de chaque jour. À travers nos voisins, à travers cette liturgie qui malgré ses limites nous met en relation avec Dieu, à travers les groupes de réflexion qui s’y retrouvent, à travers ces catéchumènes qui cheminent vers le baptême

La paroisse, c’est le lieu de l’inattendu, si j’ouvre mon regard et mon cœur. Certes, c’est le curé qui parle, allez-vous me rétorquer. Et si vous osiez essayer ? Si vous osiez vous lancer pour voir, pour sentir cette portion du Peuple de Dieu ? Si vous décidiez, cette année, d’essayer la paroisse ? Allez, en guise conclusion, je vous laisse méditer cet aphorisme : « Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient »…

                                               Stéphane Jourdain, curé de vos paroisses