Communiqué de l’Espace chrétien d’éthique de la Santé (ECES) du diocèse de Metz

Les revendications individuelles et sociétales ne se sont pas apaisées malgré la pandémie liée au Covid-19. Celle-ci a fait émerger ses propres questionnements éthiques notamment la dimension de l’accès au soin, de l’équité en matière de vaccinations et de traitements, ou encore d’accompagnements des personnes âgées, handicapées ou en fin de vie. Le Parlement a été saisi, à plusieurs reprises, en vue d’examiner des projets de loi aussi divers que récurrents : allongement du délai légal d’accès à l’Interruption volontaire de grossesse (IVG), recherche sur l’embryon, conditions d’accès à l’Assistance médicale à la procréation (AMP), droits des personnes à choisir librement les modalités liées à la fin de leur vie. L’étude des différents articles des projets de loi pose des questions essentielles en matière de rapport au corps, à la vie et à la dignité. Ils nous paraissent en contradiction avec la déontologie médicale heureusement inspirée par le serment d’Hippocrate. Les revendications sous-jacentes expriment une volonté de plus en plus pressante de s’arroger des droits au regard du contexte dans lequel se trouve chaque personne. Cet état de fait confirme ce que la psychologue américaine Jean M. Twegen appelait la génération “Moi” confortant un mode relationnel narcissique là où la vie en société nécessite une éducation longue à l’altérité. “Nous vivons pour nous-mêmes, sans nous soucier de nos traditions et notre postérité1, avait anticipé le philosophe Gilles Lipovetski. La diversité de ces revendications envisage dès lors ce que nous pouvons appeler le minimalisme éthique et qui, selon le philosophe Ruwen Ogien, “nous demande d’éviter de juger “moral” ou “immoral” tout ce qui, dans nos façons de vivre ou nos actions, ne concerne que nous-mêmes2. Instituer juridiquement des relations déliées des traditions et des interdépendances entre personnes revient à vouloir fonder la société sur des bases psychiquement très archaïques.

Il en résulte une société d’individus soucieux avant tout de leur bien individuel au détriment du bien collectif. Une personne ou un groupe de personnes, sous couvert d’une approche victimaire, peut aller jusqu’à revendiquer un “droit à” en faisant croire que tout ce qui est faisable en l’état actuel de la science et des techniques doit nécessairement être réalisé : “droit à avoir un enfant quand je veux, si je veux” ; “droit à mener la vie comme je l’entends sans rendre des comptes à quiconque” ; “droit à quitter ce monde selon les conditions que je pose“. Cette façon de penser, allant parfois jusqu’à l’imposer à tous à travers une législation de plus en plus permissive, ne peut que nous interroger, voire nous blesser.

Chrétiens, nous reconnaissons que certaines situations inquiètent, déstabilisent, dérangent. Les problématiques liées à certains choix de vie, à la recherche scientifique, à des fins de vie marquées par une agonie ne nous laissent pas indifférents. Chacune de ces situations, aussi complexe soit-elle, nous oblige à vivre la présence et l’écoute. Elles manifestent notre sens de l’humain et de la dignité propre à chacun. Elles valorisent notre souci constant de compassion et de sollicitude. Nous ne pouvons nous féliciter des orientations que le législateur tend à donner progressivement, que ce soit aux situations liées au début de la vie comme à la fin de celle-ci. Habités par le goût de l’Évangile, bonne nouvelle pour tous, nous portons en nous ce devoir d’honorer l’humanité de chacun, particulièrement dans ses phases les plus fragiles et les plus complexes. De même, nous devons rappeler l’intérêt d’une déontologie et d’une pratique honorant celles et ceux qui s’en font les gardiens et les serviteurs. Dans une société qui peine à trouver un sens capable de la réenchanter, nous avons à répondre présent aux sollicitations qui peuvent nous être faites. Elles expriment toujours un grand oui à la vie, tout en œuvrant avec et pour d’autres à l’accomplissement de celle-ci au sein d’un réseau humanisant les relations et combattant toutes les formes de morts.

Nous avons tout à gagner à rappeler, avec humilité et conscience, que “Notre engagement ne consiste pas exclusivement en des actions ou des programmes de promotion et d’assistance ; ce que l’Esprit suscite n’est pas un débordement d’activisme, mais avant tout une attention à l’autre qu’il “considère comme un avec lui”. Cette attention aimante est le début d’une véritable préoccupation pour sa personne, à partir de laquelle je désire chercher effectivement son bien“. Servir l’autre, dans le souci du bien commun, témoigne de l’Évangile et de l’action de l’Esprit de Dieu au milieu de nous.

Espace chrétien d’Éthique de la Santé
Diocèse de Metz


1 Gilles LIPOVETSKY, L’ère du vide. Essais sur l’individualisme contemporain, Paris, Gallimard, Coll. Folio essais, 2009², p. 72.
2 Ruwen OGIEN, L’éthique aujourd’hui. Maximalistes et minimalistes, Paris, Gallimard, 2007, p. 197.

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