Les familles, entre nature et esprit

Aux temps où sévissait la famine, Charles Perrault raconte dans Le Petit Poucet que les sept frères représentaient un tel poids pour leurs parents qu’ils se résolurent, la mort dans l’âme, à les abandonner dans la forêt. Aujourd’hui c’est sur les trottoirs des villes que se trouvent des jeunes abandonnés. Entre ces deux extrêmes que sont la nature sauvage et les cités artificielles, les familles gèrent à la fois la vie biologique, corporelle et la vie civilisée, culturelle. Elles assument les déterminismes qui nous affectent depuis la naissance jusqu’à la vieillesse, et s’efforcent de les intégrer par la parole, la mémoire, l’hygiène et toute l’éducation. Ce sont des lieux d’identification : chacun y reconnaît son origine, soigne son corps, construit sa personnalité, participe à la vie commune, en devient responsable. Faite de chair et d’esprit, la personne s’unifie grâce à la proximité, la confiance, la durée et l’interdépendance qui rassemblent parents et enfants dans une même communauté de biens.

Pour revenir à Charles Perrault, le Petit Poucet, sans complexe, symbolise la sagesse qui permit aux parents et aux sept frères de reconstruire deux fois la famille après sa décomposition ; car la vie passe toujours par des difficultés, des crises, des erreurs et des réconciliations confirmées par le pardon. Les parents redoutant de souffrir devant la faim de leurs enfants préférèrent s’en séparer, oubliant leur devoir de les aimer. La suite de l’histoire montre que la famille ne manquait pas de ressources et qu’ils auraient dû garder confiance. Quelle confiance ? La pauvreté, les maladies, la délinquance et les accidents nous menacent ! Qui nous en protège ? L’État joue ce rôle, mais il ne peut pas veiller à tout, ni partout. Les familles subsistent aussi par des nourritures spirituelles : la foi nous dit que Dieu, lui-même foyer d’amour, nous a créés pour notre bien. L’espérance nous assure que, malgré nos fautes et nos échecs, rien n’est perdu à la suite du Christ mort puis ressuscité. La charité nous incite à vouloir chaque jour le bonheur de nos proches, même lorsque notre sentiment tourne court. Les chrétiens savent que ces vertus sont données pour la joie des familles.

Centre Catholique de Consultation et d’Information Familiale