11 novembre : messe et Te Deum à la cathédrale

Ce dimanche 11 novembre 2018, à l’occasion du centenaire de l’armistice de 1918, une messe solennelle et un Te Deum ont été célébré à la cathédrale Saint-Étienne, sous le présidence de Mgr Jean-Christophe Lagleize, en présence de Mgr Karl-Heinz Wiesemann, évêque de Spire et du père abbé de l’abbaye de Beuron.

A 11h, les cloches de la cathédrale et de toutes les églises de Moselle ont sonné pour annoncer la bonne nouvelle de la fin de la grande guerre, comme il y a 100 ans. Puis la messe a commencé avec les porte-drapeaux des régiments militaires ainsi qu’avec des autorités civiles. Le peuple mosellan était bien présent, puisque toute la cathédrale était pleine.

Dans son homélie, Mgr Lagleize a voulu mettre en exergue deux figures qui ont compté pour la Moselle et pour la réconciliation européenne. Il a d’abord évoqué le souvenir de Monseigneur Willibrord Benzler, qui fut l’évêque de Metz il y a cent ans, un pasteur au service de tous ses diocésains. Il a rappelé combien, malgré son appartenance à la nation allemande, il a su se réjouir avec son peuple de la fin du conflit. Il a aussi mis en exergue la figure du serviteur de Dieu Robert Schuman, acteur infatigable de la réconciliation franco-allemande et fondateur de l’Europe réconciliée, montrant que l’audace de la paix était le fruit de sa foi.

La présence du jeune père abbé de l’abbaye bénédictine de Beuron, en souvenir de l’origine bénédictine de Mgr Benzler et celle de Mgr Wiesemann, évêque de Spire, montre le souci constant de vivre dans un esprit de confraternité entre Eglises particulières de cette partie de l’Europe.

Le 11 novembre est aussi la fête de saint Martin, patron des militaires. C’est le diacre Hubert-Marie Taute, aumônier militaire, qui a lu les intentions de prière universelle, pour les artisans de paix, pour les militaires, pour les victimes des conflits, pour les gouvernants.

A la fin de la messe, l’assemblée a chanté le traditionnel chant du Te Deum, tandis que les cloches de la tour de la Mute répondaient à l’hommage rendu.

 

L’Eglise et les relations franco-allemandes

 par Gregory Dufour, Vice-Président de RCF Jérico Moselle

spécialiste des questions franco-allemandes et transfrontalières

A l’occasion du 100ème anniversaire de l’Armistice de 1918, une concélébration franco-allemande suivie d’un Te Deum aura lieu ce 11 novembre 2018 en la cathédrale Saint-Etienne de Metz sur l’initiative du Diocèse de Metz et en présence de Monseigneur Jean-Christophe Lagleize, Evêque de Metz, de Monseigneur Karl-Heinz Wiesemann, Evêque de Spire (Rhénanie-Palatinat) et du Père-Abbé Tutilo Burger de l’abbaye de Beuron (Bade-Wurtemberg).

 Cette initiative transfrontalière nous donne l’occasion de revenir sur quelques aspects méconnus de la relation entre l’Eglise et le franco-allemand.

La relation franco-allemande, nous l’avons peut-être oubliée, s’inscrit bien dans l’Histoire de l’Eglise et ce bien avant la signature du Traité de l’Elysée initiée par le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer le 22 janvier 1963, un Traité qui reste le socle de la coopération institutionnelle entre Paris et Berlin et dont bénéficient grandement les territoires situés sur la frontière franco-allemande.

Si les médias ou manuels d’Histoire retiennent surtout les événements franco-allemands d’ordre politique ou culturel, l’action particulièrement importante menée depuis de très nombreuses années par l’Eglise en faveur de la relation franco-allemande mérite incontestablement de ne pas être oubliée.

L’Eglise catholique a en effet été la véritable pionnière de la relation « franco-allemande » et ce dès le IXème siècle avec le partenariat initié entre le diocèse du Mans et celui, naissant, de Paderborn[1]. Un « jumelage » annonciateur de ceux qui allaient voir le jour à partir des années 50 entre villes françaises et villes allemandes et qui subsiste encore.

Depuis des siècles donc, l’Eglise française entretient des relations étroites avec l’Allemagne et œuvre à une meilleure compréhension aujourd’hui encore avec nos amis allemands. Dans notre Histoire plus récente, elle a contribué par elle-même ou par ses fidèles à sceller les bases de la réconciliation franco-allemande.

Ainsi, durant l’entre-deux-guerres, les aumôniers militaires présents dans les garnisons françaises dans une Rhénanie occupée jouèrent un rôle primordial dans le rapprochement franco-allemand au quotidien.

Lors de la Libération, différentes initiatives purent être mises en place par des hommes d’Eglise et par des laïcs. Le Père Jean du Riveau, fondateur de la revue franco-allemande Documents/Dokumente[2] ou Robert Schuman furent de ceux-là.

Que dire de l’Abbé Franz Stock[3][4], prêtre allemand originaire de Paderborn, aumônier des prisons parisiennes de Fresnes, du Cherche-Midi et de la Santé qui joua un rôle important dans le rapprochement franco-allemand durant les années 30 et après la Libération notamment en tant que Supérieur du séminaire  des prisonniers allemands à Chartres davantage connu comme « séminaire des Barbelés ».

D’autres initiatives eurent lieu dans les années 50. En 1956 par exemple, la création de l’aumônerie militaire allemande au sein de la Bundeswehr permettra des rencontres fructueuses entre Georg Werthmann[5][6], aumônier militaire allemand et son collègue français, le Père Xavier Louis, chef de l’aumônerie militaire catholique des Forces françaises en Allemagne[7] (FFA). Leurs échanges aboutirent à l’organisation en juin 1958 du premier pèlerinage militaire international à Lourdes à l’occasion du centième anniversaire des Apparitions de la Vierge[8].

Comment ne pas citer le Très Saint Père Benoit XVI, de nationalité allemande, qui a toujours manifesté un grand intérêt pour la relation franco-allemande. Il a notamment été élu en 1992[9] membre associé étranger au sein de la prestigieuse Académie de Sciences Morales et Politiques[10] à Paris. Une fonction temporelle qu’il a souhaité garder lors de son élection en 2005 à la fonction de Pape.

Dans une déclaration[11] commune publiée en 2013 à l’occasion du 50ème anniversaire du Traité de l’Elysée, le Cardinal André Vingt-Trois et l’Archevêque de Fribourg, Robert Zollitsch, affirmaient que « la réconciliation franco-allemande n’est pas un vain mot mais un chemin réel que nos pays ont déjà emprunté dans l’histoire qui reste ouvert aux hommes de bonne volonté. »

Les hommes de bonne volonté, qu’ils soient des hommes d’Eglise ou des laïcs, et tout particulièrement ceux vivant ici en Moselle, terre française passionnante pétrie d’Histoire franco-allemande, restent précieux pour l’entretien de cette relation franco-allemande qui contribue également à l’entretien de la Paix et à la Fraternité entre Européens. Ils sont sans doute plus indispensables que jamais dans une Europe qui doute et dans un monde incertain.

[1] http://www.sarthe.catholique.fr/La-Fraternite-saint-Liboire,1280

[2] http://www.dokumente-documents.info/

[3] http://www.franz-stock.org/index.php?lang=fr

[4] L’aumônier allemand fait l’objet d’un procès en béatification engagé depuis 2009.

[5] http://www.kmba.militaerseelsorge.bundeswehr.de/resource/resource/UlRvcjZYSW1RcEVHaUd4cklzQU4yMzFYNnl6UGxhbm1vNGx0VVVuZlIvZ2tPNFR2QUltZUlxVm0vc3kxMzdOOVpDQkZhdFFZbE1OQnhCanlONHJLSGZ4V3BYMkpBa3Y0U25wNGJkVVZ3Zkk9/Archiv%20Lourdes.pdf

[6] http://www.katholische-archive.de/Di%C3%B6zesanarchive/KathMilit%C3%A4rseelsorge/tabid/98/Default.aspx

[7] Les Forces françaises en Allemagne seront considérées en 1998 par le Président fédéral allemand, Roman Herzog, comme « le mastic entre nos deux peuples ».

[8] Notons que trois mois après ce pèlerinage, le Chancelier Adenauer rendait visite pour la première fois au Général de Gaulle à Colombey-les-deux-Eglises. Ce pèlerinage militaire international qui trouve sa source dans la relation franco-allemande se poursuit toujours aujourd’hui en rassemblant chaque année plusieurs dizaines de milliers de participants venus de toute l’Europe mais aussi d’ailleurs.

[9] http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/textacad/ratzinger/installation_ratzinger.pdf

[10] http://www.asmp.fr

[11] http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/366005-declaration-des-conferences-episcopales-francaise-et-allemande-a-loccasion-de-lanniversaire-de-la-signature-du-traite-de-cooperation-franco-allemande/