La crise de croissance dans le couple

Lorsqu’un homme et une femme décident de se marier, ils ont le désir de se donner pour toujours, surtout s’ils demandent à l’Église de bénir leurs consentements. Ils entrent dans une alliance inconditionnelle et indissoluble. Cependant il sera parfois difficile de vivre cette alliance dans la durée quotidienne et ça leur semblera relever de l’utopie ! Chaque fois qu’un épisode de leur vie conjugale les laissera insatisfaits, ils reviendront à la logique du contrat qui exige le “donnant / donnant” : « J’attends ceci, ceci et encore cela, sinon rien n’ira plus !… Si tu ne fais pas l’effort que je te demande, notre engagement ne tient plus ! »

Lorsque l’un des deux fait une fixation sur ses contrariétés, doute de la capacité du couple à durer et envisage la possibilité d’une séparation, le couple entre dans la crise : Qu’il crie son mal-être ou rumine en silence, celui qui s’enferme dans son problème, crée une solitude affective. En fait, ni râler ni bouder n’aident à communiquer : ce sont des réactions émotionnelles que le conjoint va interpréter à sa guise : « C’est son caractère, il ne changera pas ! Son rythme de travail l’épuise ! Il ne supporte pas l’agitation des enfants ! » Ces interprétations simplistes du mal-être de notre conjoint nous évitent de voir que la vraie cause réside dans une mauvaise relation de couple et la crise ira en s’aggravant.

Il est inévitable, et même souhaitable, que le couple passe par des crises, comme un enfant fait ses crises de croissance. Mis alors au pied du mur, les époux constatent les points faibles de leur vie conjugale et se demandent comment y remédier. L’incontournable remède relève d’un effort réciproque pour améliorer la communication. Non pas en nous envoyant à la figure des insultes et des accusations, mais en prenant le temps de dialoguer sereinement, face à face, dans de bons fauteuils : un climat de bienveillance, une écoute attentive et une explication aussi claire que possible de ce que nous ressentons, voilà le seul moyen de nous comprendre. L’essentiel est de ne pas juger, pour ne pas offenser la susceptibilité qui tue le dialogue. Je ne dis pas que les problèmes trouveront aussitôt leur solution, je dis que lorsqu’on se sent écouté dans ses difficultés, on retrouve déjà la confiance. Sinon, il peut s’avérer nécessaire de rencontrer une conseillère conjugale.

En vérité la qualité de la vie du couple ne dépend pas de la perfection supposée des conjoints ; elle se fonde sur la volonté d’aimer encore, attisée dans notre cœur par le Saint-Esprit qui nous met en capacité de donner et de pardonner. Une relation de prière avec Dieu s’avère donc nécessaire pour affermir le couple ; c’est la clé pour passer du rêve à la réalité.

Jean-Louis Paccoud