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Benoît XVI est entré dans la Vie

Ce samedi 31 décembre, le Saint Siège a annoncé le décès du pape émérite Benoît XVI à 9h34.

Au delà de l’œuvre du théologien, qui a participé de manière fort active au concile Vatican II, et qui a poursuivi sa réflexion notamment sur l’Église, le pape émérite a marqué les esprits de ceux qui le rencontraient.

Présent à Rome de 2005 à 2011, j’ai été témoin du rayonnement de ce grand homme. Son intelligence n’empêchait nullement le pape de dialoguer avec tous, y compris les plus petits. Pour exemple, ce dialogue avec un petit garçon qui venait de faire sa communion en 2005, lors d’une rencontre avec les enfants sur la place Saint-Pierre :

Andrea: « Ma catéchiste, en me préparant au jour de ma Première Communion, m’a dit que Jésus est présent dans l’Eucharistie. Mais comment? Je ne le vois pas! »

En effet, nous ne le voyons pas, mais il y a tant de choses que nous ne voyons pas et qui existent et sont essentielles. Par exemple, nous ne voyons pas notre raison, toutefois, nous avons la raison. Nous ne voyons pas notre intelligence, et pourtant nous l’avons. En un mot, nous ne voyons pas notre âme et toutefois, elle existe et nous en voyons les effets, car nous pouvons parler, penser,  décider, etc. De même, nous ne voyons pas, par exemple, le courant électrique; toutefois, nous voyons qu’il existe, nous voyons que ce micro fonctionne, nous voyons les lumières. En un mot, ce sont précisément les choses les plus profondes, qui soutiennent réellement la vie et le monde, que nous ne voyons pas, mais nous pouvons en voir, en ressentir les effets. Nous ne voyons pas l’électricité, le courant, mais nous voyons la lumière. Et ainsi de suite. Nous ne voyons donc pas non plus le Seigneur ressuscité avec nos yeux, mais nous voyons que là où est Jésus, les hommes changent, deviennent meilleurs. Il se crée une plus grande capacité de paix, de réconciliation, etc. Nous ne voyons donc pas le Seigneur  lui-même,  mais  nous   en voyons les effets:  c’est ainsi que nous pouvons comprendre que Jésus est présent; comme je l’ai dit, les choses invisibles sont précisément les plus profondes et les plus importantes. Allons donc à la rencontre de ce Seigneur invisible, mais fort, qui nous aide à bien vivre.

Il me revient aussi ma première rencontre visuelle proche avec le pape Benoît XVI, en 2006, où j’ai réussi à le faire sourire à mes dépends… Seul dans une rue avec un confrère, en revenant de la procession de la fête Dieu, un jeudi soir (en Italie c’est un jeudi), je vois les gendarmes passer et bloquer la rue. Nous comprenons que le pape va passer, je dégaine mon appareil photo, et mitraille la première voiture noire aux vitre fumées… avant de voir du coin de l’œil le pape amusé me regarder depuis la seconde voiture, fenêtre ouverte. Benoît XVI est un grand théologien, mais c’est aussi, aux dire de tous ceux qui l’ont rencontré, un homme attentif, qui reconnaissait ceux qu’on lui avait présenté. Et pourtant, il devait y en avoir du monde. Être attentif à chacun, c’est certainement une des plus belles preuve d’amour qui soit.

Et je n’oublierai pas non plus, travaillant à l’époque à Radio Vatican, ces rencontres populaires lors de ses voyages. Notamment en Angleterre, où le pape a pris une heure de retard en allant à la veillée de béatification du cardinal John Henry Newman. En effet, traversant Hyde Park, il faisait arrêter la voiture à chaque instant pour bénir les enfants, pour aller à la rencontre des personnes handicapées… Un moment hors du temps, où seuls le pape et ceux qu’il rencontrait comptaient ! J’en profite pour vous proposer deux extraits de cette superbe veillée :

Dans l’une des méditations préférées du Cardinal se trouvent ces mots : « Dieu m’a créé pour un service précis. Il m’a confié un travail qu’il n’a confié à personne d’autre » (Méditations sur la Doctrine chrétienne). Nous voyons là la fine pointe du réalisme chrétien de Newman, le lieu où la foi et la vie se rencontrent inévitablement. La foi nous est donnée pour transformer le monde et lui faire porter du fruit par la puissance de l’Esprit Saint qui agit dans la vie et l’activité des croyants. Pour qui regarde avec réalisme notre monde d’aujourd’hui, il est manifeste que les chrétiens ne peuvent plus se permettre de mener leurs affaires comme avant. Ils ne peuvent ignorer la profonde crise de la foi qui a ébranlé notre société, ni même être sûrs que le patrimoine des valeurs transmises par des siècles de chrétienté, va continuer d’inspirer et de modeler l’avenir de notre société. Nous savons qu’en des temps de crise et de bouleversement, Dieu a suscité de grands saints et prophètes pour le renouveau de l’Église et de la société chrétienne ; nous comptons sur sa Providence et nous prions pour qu’il continue de nous guider. Mais chacun de nous, selon son propre état de vie, est appelé à œuvrer pour l’avènement du Royaume de Dieu en imprégnant la vie temporelle des valeurs de l’Évangile. Chacun de nous a une mission, chacun de nous est appelé à changer le monde, à travailler pour une culture de la vie, une culture façonnée par l’amour et le respect de la dignité de toute personne humaine. Comme notre Seigneur nous le dit dans l’Évangile que nous venons d’entendre, notre lumière doit briller aux yeux de tous, pour que, en voyant nos bonnes œuvres, ils rendent gloire à notre Père qui est dans les cieux (Cf. Mt 5, 16).

Et s’adressant plus particulièrement aux jeunes, le pape leur déclarait :

Chers jeunes amis : seul Jésus sait quel « service précis » il a pensé pour vous. Soyez ouverts à sa voix qui résonne au fond de votre cœur : maintenant encore son cœur parle à votre cœur. Le Christ a besoin de familles qui rappellent au monde la dignité de l’amour humain et la beauté de la vie de famille. Il a besoin d’hommes et de femmes qui consacrent leur vie à la noble tâche de l’éducation, veillant sur les jeunes et les entraînant sur les chemins de l’Évangile. Il a besoin de personnes qui consacrent leur vie à s’efforcer de vivre la charité parfaite, en le suivant dans la chasteté, la pauvreté et l’obéissance, et en le servant dans le plus petit de nos frères et sœurs. Il a besoin de la force de l’amour des religieux contemplatifs qui soutiennent le témoignage et l’activité de l’Église par leur prière constante. Et il a besoin de prêtres, de bons et saints prêtres, d’hommes prêts à offrir leur vie pour leurs brebis. Demandez au Seigneur ce qu’il a désiré pour vous ! Demandez-lui la générosité pour dire oui ! N’ayez pas peur de vous donner totalement à Jésus. Il vous donnera la grâce dont vous avez besoin pour réaliser votre vocation.

Comment ne pas nous souvenir de la tempête qui soufflait sur Madrid pendant les JMJ en 2011, et qui a interrompu la veillée. Benoît XVI est resté stoïque, avec calme et foi, attendant la reprise de l’adoration eucharistique.

Comment ne pas rendre grâce pour la lucidité de Benoît XVI qui a posé sa renonciation, voyant la masse de travail qu’il avait à faire, et les limites qui étaient les siennes pour l’accomplir.

 

Pour tout cela, personnellement, je vous dis merci cher Benoît XVI… Vous étiez et resterez, comme vous le vouliez, un « humble serviteur dans la vigne du Seigneur » !

Stéphane Jourdain