Noël, un (re)commencement !

Héloïse ! C’est le dernier bébé dont on m’a annoncé la naissance. C’était lundi, il y a 4 jours ! La nouvelle est tombée sur un groupe WhatsApp, sur mon téléphone portable. Avec 51 autres personnes, nous avons été informés de la naissance de cette petite fille. Et quelques heures plus tard, la première photo est arrivée. Un joli visage, avec un petit bonnet blanc ! Parfois la nouvelle d’une naissance arrive plus tard, avec une carte. Et alors vous avez l’ensemble des données, qui sont systématiques aujourd’hui : le poids du bébé, sa taille, la date et l’heure précise de sa naissance. On nous rappelle au passage, s’il y en a, le nom des frères et sœurs !

Rien de tel dans l’évangile de ce jour ! Un demi-verset, une simple phrase pour nous dire que Jésus est né ! Et encore, St Luc ne nous donne pas son prénom : « elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » La moitié de la phrase sert à nous dire pourquoi l’enfant se retrouve dans une mangeoire ! Personne n’est là, à part les parents. Pas de famille qui attend pour féliciter la mère, pas de photos, de flash, ni même de personnel soignant ! Avec St Luc, on va à l’essentiel !

L’essentiel, justement, on en a beaucoup parlé ces derniers temps. Avec cette question dont nous nous souvenons tous : qu’est ce qui est essentiel ? Dans les commerces ? Dans ce qu’on a besoin pour vivre ? La culture et les librairies, est-ce que c’est essentiel ? Les vêtements ? un pyjama oui, des chaussettes non ! Nos vacances d’hiver, avec du ski et autres réjouissances, est-ce que c’est essentiel ? La crise du coronavirus nous a obligé, au fond, à nous poser la question de ce qui était central dans nos vies. Aujourd’hui, dans l’évangile, en célébrant la venue au monde d’un enfant il y a plus de 2000 ans, Dieu nous dit ce qui est essentiel : c’est la Vie, et l’amour qui la porte ! Tout le reste, on peut s’en passer, même si, reconnaissons-le, c’est dur !

Et puis, tant qu’à parler de ces mots qu’on a redécouverts à l’occasion de la pandémie, prenons-en d’autres. Les “confinement”, “déconfinement”, “reconfinement”. Nombreux sont ceux qui ont dit avoir vécu le premier confinement comme une “retraite”, un moment hors du temps, où ils ont pris le temps de jouer avec leurs enfants, de téléphoner à des amis, à leurs parents… Avec la sidération de ce premier confinement, tout le monde a dû se poser la question de ce qui comptait le plus, de ce qui était essentiel. Quand tout s’arrête, reste ce qui est au cœur de nos vies… avec l’espérance de pouvoir prolonger ces découvertes dans “l’après” ! Le déconfinement a douché nombre de ces attentes malheureusement, et le reconfinement n’a pas permis de retrouver ce que nombre d’entre nous espérait ! Cette quiétude, malgré l’inquiétude, ce temps offert, malgré les devoirs des enfants et le télétravail. Jésus a été, au début de sa vie, relégué dans une étable. Seul avec ses parents, avec les bergers et les mages plus tard. Et pour Marie et Joseph, pour Dieu, voilà l’essentiel : qu’il soit là !

On a parlé aussi, cette année, de rencontres ou d’école en présentiel et en distanciel. Lequel est le mieux ? Tout le monde dira que le présentiel est plus facile à gérer ! On comprend mieux, dès lors, pourquoi Dieu a voulu se rendre présent dans notre monde. Lui qui était “au ciel”, avec une relation à distance, le voilà près de nous, pouvant vivre avec nous ! capable de nous parler directement, de manger avec nous, de nous toucher pour nous guérir ! Frères et sœurs, le mystère de l’incarnation, nous l’avons tous expérimenté cette année, en partageant un moment “en vrai” avec ceux que nous aimons, alors qu’à un moment seule la voix ou l’image nous les rendait présent, à distance. Oui, Notre nDieu a choisi le présentiel pour se dire à nous !

On peut aussi parler des gestes barrières, de la distanciation sociale qui nous ont été imposées, ou alors de manière plus positive de la hausse de ces relations sociales avec les voisins. Si certains se sont refermés par peur du virus, d’autres se sont découvert un vrai rôle en allant faire les courses pour les personnes âgées de leur immeuble, pour les personnes malades du quartier. Voilà que ce virus qui semble nous anéantir a permis de retrouver une vraie solidarité. Comme à l’époque de la naissance de Jésus, où ce sont les plus proches, physiquement, qui ont accueilli l’enfant : les bergers ! La famille élargie de Joseph, qui pourtant était originaire de Bethléem, et devait aussi être là pour le recensement, est absente de ce récit ! Les plus proches, ce sont ceux que l’on n’attendait pas, qui sont venus, qui se sont proposés, au temps de la naissance de Jésus, comme cette année.

On pourrait parler de la disparition du goût, de la redécouverte du goût des aliments pour les personnes malades, et se dire que cet enfant, couché dans une mangeoire, au sein d’un village, Bethléem, nom qui signifie « la maison du pain », cet enfant est celui qui vient donner un goût nouveau à notre pain, qui vient le transformer en pain de vie ! L’hostie consacrée que nous mangeons n’a pas de goût, et pourtant, la voilà qui vient aussi nous transformer, nous donner la vie divine !

On pourrait parler des chœurs unanimes qui ont applaudi les soignants lors du premier confinement, et les comparer au chœur des anges qui ont annoncé la nouvelle de la naissance ! Quand on s’y met tous, qu’on remercie, c’est un peu la voix des anges qui résonne à nouveau dans notre monde. Il y a tant de bien à dire, à partager, à annoncer, tant de monde à remercier !

On pourrait parler des innovations qui ont vu le jour dans les paroisses, dans les groupes divers, pour permettre de garder le contact, et les comparer à ce Dieu qui innove en venant dans notre monde, en devenant homme !

Oui, finalement, cette crise nous révèle ce qui est essentiel pour nous. Comme Jésus nous l’a révélé en venant dans le monde. Il est venu faire de nous ses frères, il est venu changer notre vie. A nous de poursuivre, à notre niveau, ce qu’il a initié… Bonne fête de Noël, sans Covid, mais avec tout ce que cette maladie nous a permis de redécouvrir !