Cléricalisme et laïcalisme.

Deux pieds bien campés, une main contre le mur : sur trois appuis, l’enfant tient ferme. Ses parents l’encouragent : « Viens ! ». Difficile, pour le petit enfant, de se suspendre à un appel, de croire qu’une voix, simple bruissement d’air, portera ses pas. Difficile d’entrer dans ce déséquilibre sans cesse rattrapé qu’on appelle la marche. L’Eglise aussi se fige si elle ne quitte ses points d’appui. Aussi le Pape nous exhorte-t-il, ces temps-ci, à refuser le cléricalisme.

Je vois un autre point d’appui tout aussi sclérosant : croire que nous n’avons pas besoin de point d’appui. Cette attitude, qui se croit contre le cléricalisme en étant en réalité « tout contre » lui, je l’appellerais le « laïcalisme ». Je la connais parce que, jeune converti, je voulais le Christ sans les chrétiens. Et quand j’acceptai les chrétiens, j’ai d’abord méprisé l’institution qui les rendait possibles. Qu’avais-je à faire des prêtres et du catéchisme de l’Eglise catholique ? Je voulais apprendre une langue dont j’aurais moi-même choisi le sens des mots. Or pour parler une langue, il faut écouter. Il faut consentir à se laisser parler par elle. L’institution, quelle qu’elle soit (une langue, des mœurs, la famille…), est un « déjà-là » symbolique dont la richesse ne se révèle que de l’intérieur. J’ai donc un jour accepté de demander conseil à tel ou tel prêtre et reconnu qu’ils en savaient souvent plus que moi. N’ont-ils pas, eux, donné toute leur vie à l’Eglise ? Celle-ci n’a-t-elle pas exigé d’eux que, pour nous, ils étudient six ou sept ans ? A tout faire par moi-même, je m’agitais à côté d’un trésor.

Nous, laïcs, engagés, bénévoles, sommes aussi tentés par l’autosuffisance. De plus en plus de messes, « animées » par des laïcs, s’achèvent dans les applaudissements et l’auto-congratulation. La place que le clergé doit céder ne nous appartient pas : elle est au Christ et à ceux qu’ils nous envoient.

Martin Steffens