Editos

3 Décembre 2017 – Premier Dimanche de l’Avent

Bienvenue au pays d’Albert

Le temps et l’espace ne sont pas ce que vous croyez. L’espace tel que vous l’imaginez, peut en fait s’étirer, se contracter, se tordre sous l’effet gravitationnel d’une masse ou d’une énergie. De même, si vous pouviez rester sur le quai de la gare et en même temps observer la montre d’un passager dans un train en chemin, vous verriez alors ses aiguilles tourner moins vite que celles de votre propre montre : son temps n’est pas le vôtre. Surprenant non ? C’est une question de référentiel : le temps du quai n’est pas celui du train. C’est l’univers selon Albert EINSTEIN. On parle alors de relativité. C’est peut-être ce qui a caractérisé l’entrée dans le 20ème siècle et marquera le 21ème.

Cette année, le temps de l’Avent débute le 03 décembre pour nous conduire à Noël qui est encore fêté le 25 décembre. Toutefois, l’effet gravitationnel du business a tendance à déformer l’espace-temps. Les décorations de Noël ont été posées dès le mois d’octobre et le marché de Noël accompagné de ses illuminations inauguré à Metz le 18 novembre. Le temps de l’Avent, ce sont trois semaines encadrées par quatre dimanches. Le Marché de Noël ce sont sept semaines de vin chaud, de pain d’épices et de boutiques en tous genres. Le temps du marché n’est pas celui du clocher.

La société de consommation propose un nouveau référentiel qui, tout en se réclamant de Noël, met à mal le message même de la fête. Alors à quoi bon le temps de l’Avent ! Si l’on brouille les cartes du temps, le sens de l’histoire devient rapidement illisible. C’est ainsi, par exemple, que la fête mariale des lumières à Lyon est devenue pour certains journalistes la fête des frères Louis et Auguste LUMIERE qui ont joué un rôle important dans l’histoire du cinéma !

Alors un jour, au marché de Noël, peut-être verrons-nous apparaître les premiers maillots de bain nécessaires aux vacances d’été. Un jour, peut-être fêterons-nous St Nicolas le 14 juillet, quoi qu’au nom de la laïcité, certains auront sans doute leur mot à dire. En attendant, pour ceux qui resteraient encore attachés au rapport théologique que les chrétiens entretiennent au temps, à l’histoire et à la culture, je vous renvoie à l’excellent ouvrage du Cardinal Henri De LUBAC « Dieu se dit dans l’histoire » publié au Cerf en 1976.

A tous et toutes, un bon temps de l’Avent et spirituellement faites en un bon usage.

Père Philippe BOISSE


26 novembre 2017 – Dimanche du Christ Roi de l’Univers

C’est le geste qui compte !

En cette fête du Christ Roi de l’univers, je ne peux m’empêcher de penser à l’avenue de Blida à Metz. Voici un lieu que le Roi aurait pu citer en réponse à la question de ceux qui avaient besoin de se remémorer un exemple concret où ils avaient côtoyé ceux qui avaient faim et soif, qui étaient nus, étrangers, malades ou prisonniers. Jetez un œil sur la carte : cette avenue est certes un axe d’entrée de l’agglomération messine emprunté par bon nombre de travailleurs matin et soir, mais elle ne débouche en réalité que sur une impasse donnant sur un cimetière ! Et si vous vous êtes un jour aventurés jusqu’au bout de cette avenue, vous avez peut-être remarqué ce parking face à l’usine de traitement des ordures ménagères où s’amassent des tentes de fortune qui abritent des centaines de migrants dans des conditions d’hygiène inhumaines. Je pense à ces enfants qui, faute de disposer de sanitaires fonctionnels, attendent impatiemment de rejoindre l’école du quartier. Je pense aussi à cette dizaine de femmes enceintes couchées à même le sol dans la boue qui n’arrivent à tenir que grâce à l’espérance que leurs enfants auront un avenir meilleur. Et que dire de ces femmes et hommes épuisés par le périple de la migration que le froid et l’humidité du camp ont définitivement cloué dans la maladie. Sans l’implication inlassable de plusieurs dizaines de bénévoles d’associations caritatives, combien de drames humains supplémentaires dans ce camp à deux pas de notre quartier aurions-nous à porter sur la conscience ? Et voici que les autorités administratives ont décidé de fermer le camp de Blida au moment où j’écris cet édito. En quelques heures, ces personnes sont arrachées de leurs abris de fortune et transférées dans des bus : les uns seront dispersés aux quatre coins de la France pour bénéficier enfin d’un toit chauffé ; les autres, en situation irrégulière, seront reconduits à la frontière. Une sorte de grand soir comme au jugement dernier, me direz-vous… en espérant que les structures d’hébergement locales puissent absorber le flux des nouveaux migrants de demain et que ne soit recréé un nouveau camp en cette période hivernale si éprouvante. Une chose demeure certaine : le jugement dernier portera bien sur l’essentiel de nos vies : le franchissement ou non des points de rupture comme la faim, la soif, la nudité, la santé ou la liberté. Et en la matière, ce ne sont pas les débats et les grandes idées qui sauveront l’humanité, mais seulement nos gestes et nos actes !

Björn DESMET


19 novembre 2017- 33ème Dimanche du Temps Ordinaire

“Les talents…”

Le premier de nos talents à nous chrétiens, c’est notre Foi, notre confiance en Dieu. Notre Foi ne peut pas rester enfouie, notre confiance en Dieu ne peut pas être gardée pour elle-même, notre prière ne peut pas ignorer le reste du monde. Faire travailler le premier de nos talents c’est agir de telle sorte que notre Foi s’exprime dans le quotidien de nos vies : elle se risque, elle se conforte et se partage en communauté.

· Risquer sa Foi c’est prendre des responsabilités, c’est vivre ses convictions profondes dans notre quartier, notre travail, notre famille. C’est la partager en Église.

· Risquer sa Foi c’est accepter d’agir avec d’autres qui ne pensent pas forcément comme nous.

· Risquer sa Foi, la faire fructifier, c’est tout donner de soi pour que ce monde se construise et devienne de plus en plus le monde de Dieu. En ce dimanche du Secours Catholique, rendons grâce pour tous ceux qui font grandir les talents, souvent cachés, des pauvres et des petits. A eux aussi le Seigneur adresse cette parole : « Entre dans la joie de ton maître ».

Jean-Luc, diacre


12 novembre 2017 – 32ème Dimanche du Temps de l’Eglise

Huile ou électricité ?

Aujourd’hui l’énergie vient à tous à tout moment avec une profusion déconcertante. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Je me souviens qu’autrefois les coupures de courant étaient fréquentes, et qu’elles pouvaient durer quelques heures. L’enfant que j’étais goûtait la magie de ces moments. Car au lieu des ampoules à incandescence et des tubes néon bourdonnants, nous avions droit, pour nous éclairer, à des bougies et des lampes à huile. La soirée se changeait en une veillée festive. Tous groupés dans la même pièce, nous profitions de cette lumière parcimonieuse, tremblotante et aux tons mordorés. L’occasion de se parler, de rire, d’être ensemble. Nos ombres s’étiraient démesurément le long des murs. Plus rien n’avait l’apparence ordinaire. Et les ténèbres dont nous sentions la proximité enveloppante semblaient détenir un secret vaguement inquiétant. Viendrait bientôt le moment où les ampoules éclaireraient à nouveau la maison de leur éclat impersonnel, et où chacun regagnerait son espace.

Cette expérience me donne une petite idée du quotidien de mes grands-parents quand ils étaient enfants, quotidien qui sur le fond n’était pas si différent de celui des habitants de la Palestine d’il y a deux mille ans. Le prix élevé de l’huile explique qu’on ne veillait pas à moins d’avoir de sérieuses raisons, mais aussi qu’il fallait précisément évaluer ses besoins. Sans lampe, impossible de mettre un pas devant l’autre. Un ciel sans lune ne laissait aucun espoir de trouver son chemin. On comprend mieux dès lors que les jeunes filles de la parabole, les plus raisonnables du moins, tiennent tant à leur lampe et qu’elles en gèrent l’usage avec autant de soin.

Que serait-il arrivé si ces jeunes filles avaient disposé, comme nous, d’une énergie bon marché, accessible en permanence, et de moyens techniques d’éclairage performants ? Les dix seraient-elles alors entrées avec l’époux dans la salle des noces ? Cela aurait mieux convenu à notre époque, si soucieuse d’égalité et si avide de dénouement en forme de « happy end ». Mais il est à parier que la parabole eût perdu beaucoup de son intérêt…

Nicolas Brucker


5 novembre 2017 – 31ème Dimanche du Temps de l’Eglise

« Les yeux de Dieu »

     Il y a ces regards de douceur où s’exprime plein d’amour. Il y a également des regards qui traduisent la complicité entre deux êtres ou encore la compréhension, voire de la compassion à ce qui se vit ou à ce qui vient d’être dit. Il y a ces regards de confiance où tant de choses ont pu se partager sans qu’aucun mot n’ait été prononcé. De tels regards nous font grandir en humanité. Ils sont nécessaires.

Mais à côté de ces regards bienveillants, il y également des regards qui nous glacent à jamais tellement ils expriment la froideur de ce que l’autre ressent à notre égard. Rien de pire alors que d’être confronté à ces regards de jugement, ces regards de condamnation comme si l’autre avait la prétention de croire qu’il nous connaissait mieux que nous-mêmes.

Un regard n’est jamais neutre. Certains aiment regarder. D’autres aiment être regardés. Il y a l’image que l’on donne et celle que l’on perçoit. Regards et images sont intimement liés.

Toutefois, n’oublions jamais que le tréfonds de notre âme n’est offert qu’au regard bienveillant de Dieu. Dieu et lui seul peut nous connaître dans le plus intime de notre cœur là où aucun être humain ne pourra jamais prétendre avoir la connaissance de l’être que nous sommes. Le regard divin ne nous enferme jamais lorsque nous trébuchons. Il nous reprend à notre rythme. Il nous relève pour que nous nous détournions de ce qui nous empêche de devenir nous-mêmes.

Puissions-nous alors apprendre à nous regarder les uns les autres avec les yeux de Dieu.

Philippe BOISSE

 


Trentième Dimanche du Temps de l’Eglise

Allez à l’essentiel ! 

   Curieuse réponse que celle de Jésus à ces pharisiens qui l’interrogent sur le plus grand des commandements ! Comment, en effet, l’amour pourrait-il être un commandement ? L’amour est d’abord une liberté, sinon ce ne serait plus de l’amour. La liberté est l’un des piliers du sacrement de mariage et nous savons tous que lorsque l’amour commence à être contraint par l’argent, les codes sociaux, l’apparence physique, les appartenances familiales, voire même par la religion, il meurt. C’est peut-être justement ce que recherchent ces pharisiens : faire mourir la liberté de Jésus en l’enfermant dans un commandement. Mais les pharisiens ne se doutent pas encore que, non seulement ils ne parviendront pas à enfermer Jésus par (ou dans) un commandement, mais que Jésus les entraînera vers l’essentiel de leur vie ; les physiciens diraient leur centre de gravité ! Jésus nous invite ici à rechercher ce point d’équilibre où se concentrent toutes nos forces pour nous porter en plénitude. Jésus nous dit que ce point ne peut être atteint que par l’amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de soi.

   Cet équilibre parfait me fait penser à ce tabouret à trois pieds que les agriculteurs utilisaient jadis pour traire leurs vaches. Trois pieds, c’est en effet le nombre minimum d’appuis nécessaires à un objet pour tenir debout sans appui extérieur. Et pour que l’assise soit stable et solide, les trois pieds doivent avoir la même longueur, le même diamètre et le même ancrage. Ainsi en est-il de nos vies : aimer Dieu en oubliant les autres et soi-même, c’est vivre une foi désincarnée et risquer de tomber dans le fanatisme ; s’aimer soi-même plus que tout, c’est un mal bien connu de notre société, celui de l’égoïsme facilité par l’argent et le pouvoir ; aimer les autres en oubliant Dieu et soi-même, c’est au contraire perdre le sens de nos vies et risquer de ne plus savoir qui nous sommes vraiment. Tourner sa vie vers Dieu en lui offrant un amour sans faille, en témoigner auprès de nos prochains, sans oublier celle ou celui que nous sommes vraiment, c’est grandir en vérité … pardon en sainteté ! Oui, nous sommes bien tous appelés à la sainteté, celle que Dieu a déjà placé en nous depuis qu’il nous a créés, tel un centre de gravité que Jésus nous invite à rechercher dès aujourd’hui. Bonne fête de la Toussaint à toutes et tous.

Björn DESMET


Chacun sa place !

Dans les dîners, j’aime être placé. Je me dis qu’on a réfléchi à la place qu’on m’attribue, et que dans ces conditions c’est forcément la bonne. Dans les cas où il faut se placer soi-même, au restaurant par exemple, je ne m’installe pas avec la même confiance : trop aléatoire, trop incertain.

La vie est un peu à l’image d’un grand repas. Autrefois votre place était marquée : le fils de l’horloger devenait horloger, et épousait la fille du graveur. Les jeunes époux allaient vivre dans la maison familiale avant de se trouver un appartement voisin. Leur vie entière se déroulerait dans le même quartier, au milieu des mêmes gens. Aujourd’hui la place est à choisir ; aucune n’est réservée. Le même fils d’horloger devient, s’il le veut, chercheur en biochimie, officier de gendarmerie ou kinésithérapeute. Il peut changer de région, et même de continent. Il peut épouser la fille du marquis, et même vivre avec elle sans l’épouser. Et depuis quelques années, il peut devenir « elle ». Une telle liberté de choix a de quoi donner le vertige. La vie d’avant était-elle pour autant plus facile ? Rendait-elle plus heureux ? Rien n’est moins sûr. Mais un jeune qui en 2017 se dit qu’il peut virtuellement tout faire et tout être, pourra se sentir désemparé devant des choix dont il craindra de devoir assumer seul les conséquences.

Les invités à la noce avaient chacun leur place. Mais ils ne le savaient pas. Aussi ne sont-ils pas venus. A l’inverse, ils sont restés là où leur présence n’était pas nécessaire. Le drame de l’homme est peut-être là : ne pas entendre l’invitation qui lui est faite de gagner la place qui lui est réservée, et d’occuper pendant sa vie une place qui ne lui convient pas. Et ce n’est pas seulement affaire de convenance personnelle, mais d’ordre du monde…ou de plan de table !

Nicolas Brucker