Editos

8 Mars 2020 – 2ème Dimanche de Carême

Le peuple Syrien est doublement pris en otage

D’abord massacrés à Idlib : « n’oubliez pas IDLIB » il y a là 4 millions de Syriens qu’on a affamés et bombardé écoles et hôpitaux pour qu’ils se rendent. Il pleut, il neige, la nuit il fait – 4 °, tous n’ont même pas une tente. Le Docteur Pitti résume : « C’est une véritable catastrophe humanitaire, un massacre et personne n’intervient. Personne ne condamne … ou laisse faire ! … »

Ensuite, venant de Turquie, les réfugiés sont instrumentalisés par Erdogan pour obliger l’Union européenne à le soutenir dans l’imbroglio syrien. Il menace de « les lâcher sur l’Europe », enterrant l’accord passé entre l’Union et la Turquie il y a juste 4 ans.

Les 27 ne vont pas aider les réfugiés, en contradiction totale avec le droit international et les valeurs européennes. Ils vont seulement aider financièrement la Grèce à renforcer ses frontières.

Et nous autres ?

Nous sommes successivement occupés par l’affaire Griveaux à Paris, les césars à Polanski, le 49-3 à l’Assemblée et le Coronavirus dont on dit la désastreuse progression d’heure en heure !

Le Carême pourrait nous aider à revoir nos priorités :

En 550 avant Jésus-Christ, le 3ème IsaÏe disait, de la part de Dieu :

« Sais-tu le jeûne que je préfère ?

Renvoyer libres les opprimés, briser tous les jougs,

partager ton pain avec l’affamé, héberger le pauvre sans abri,

vêtir celui qui est nu et ne pas te dérober devant ton semblable.

Alors si tu cries, le Seigneur répondra : me voici ! » Isaïe 55 8-9

Denis Velfert


1er mars 2020 – 1er Dimanche de Carême

Être baptisé c’est participer à la Résurrection de Jésus Christ

Le Carême est un temps de préparation à la grande fête de Pâques, célébration de la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est aussi pour les catéchumènes qui seront baptisés pendant la nuit de Pâques un temps particulier de conversion. Les prochains dimanches seront marqués par des étapes vers leur Baptême. Pensons en particulier à Myriam de notre communauté de paroisses, qui ce dimanche, va vivre l’Appel décisif à la cathédrale à 15 heures.
Toutes les communautés chrétiennes sont invitées à se joindre à ces célébrations, occasion pour chacun, de se rappeler de son propre baptême pour pouvoir le vivre quotidiennement.
Chaque dimanche est une instruction progressive vers les éléments constitutifs de la célébration du Baptême :
– Le thème de la conversion vient en premier, avec le récit des quarante jours de Jésus au désert et les tentations du démon. Au baptême nous sommes invités à renoncer au mal, faire profession de foi, pour marcher à la suite du Christ.
– Le thème de la lumière est illustré par le récit de la Transfiguration où Jésus apparaît dans une clarté éblouissante à ses disciples Pierre, Jacques et Jean. Le Christ est la lumière du monde et à sa suite nous devons être lumière pour nos frères.
– Le thème de l’eau avec le récit de l’Exode où du rocher coule l’eau qui abreuve le peuple, et celui de la Samaritaine avec le don de l’eau vive, source jaillissante pour la vie éternelle.
– Le thème de notre nouvelle naissance comme prêtre, prophète et roi, illustré avec le récit du choix de David comme roi d’Israël avec l’onction que lui donne le prophète Samuel. Jésus, lui, avec le récit de l’aveugle-né, nous invite à voir les autres avec les yeux de Dieu.
– Le thème de la vie avec la résurrection de Lazare. Au baptême nous passons de la mort à la vie. La vie éternelle nous est donnée comme un cadeau de la part de Dieu. Le thème de toute cette pédagogie de la liturgie aboutit à la nuit de Pâques où tous les chrétiens fêtent la Résurrection du Christ, se rappellent de leur Baptême et profitent déjà du Salut qui leur est offert par la grâce.

Alors pourra éclater l’exultet de Pâques ! Bon temps du Carême.

Jean-Luc, diacre


23 février 2020 – 7e Dimanche du Temps de l’Eglise

 

« Chemins de fraternité » ou « murs de séparation » ?

Cette semaine, la question migratoire a réuni pour la première fois de nombreux évêques de tout le pourtour méditerranéen à Bari. Ils ont manifesté la volonté commune de se rencontrer, de dialoguer, pour œuvrer ensemble, pour trouver des solutions au drame humain de ces milliers de migrants qui traversent la mer en y laissant parfois leur vie. La démarche se calque sur le groupe Euregio qui rassemble depuis quinze ans les évêques de nos régions frontalières, notamment Metz, pour contribuer à la construction d’une Europe plus fraternelle.

La réunion s’inspire d’un discours du pape, prononcé en juin à Naples, où il engageait à « prendre soin les uns des autres au sein de l’unique famille humaine ». « Comment les religions peuvent-elles être des chemins de fraternité au lieu de murs de séparation ? », interrogeait-il.

Les murs sont une tentation des états, depuis la Grande Muraille de Chine jusqu’à la clôture mexicaine. Mais cette tentation est aussi celle des religions, dès lors qu’elles mettent en avant leurs particularités, héritage de l’histoire et de la culture. Jésus, dans l’Evangile de ce jour, nous demande de renverser les logiques humaines, si « raisonnables » à nos yeux, pour entrer dans le dessein de Dieu, et pour habiter son amour, sans proportion ni mesure.

Les « chemins de fraternité », expérimentés cette semaine par les évêques à Bari, chacun peut les suivre dans son quotidien, pour resserrer les liens, trop souvent distendus, de la grande famille humaine, « afin d’être vraiment les fils de [n]otre Père qui est aux cieux » (Mt 5 45).

Nicolas Brucker


16 février 2020 – 6e Dimanche du Temps de l’Eglise

« L’amitié, l’amour, la grâce et le pardon : les piliers de la loi »

Jésus ne fait pas dans la demi-mesure. Sa radicalité peut nous surprendre, éventuellement nous rebuter. Ses paroles sont parfois crues et violentes : « Si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le », idem pour ton bras.

Dans ces paroles apparemment âpres et rugueuses, il y a comme un appel à un mieux-vivre. Et mieux vivre passe par notre capacité à choisir. Ben Sirac le Sage écrit ces quelques mots : « Vivre, c’est choisir ».

Etre capable de choisir, c’est gagner en liberté.

Alors être libre, « oui », mais pas pour faire n’importe quoi. La liberté ne veut pas dire absence de toute règle. Au contraire. Telle la loi de Dieu transmise au peuple Hébreu par Moïse. Elle n’est pas une loi arbitraire, mais une pédagogie de la vie. Telle une balise qui nous indique le chemin. Encore faut-il parcourir ce chemin et ce n’est pas la balise qui le fera à notre place. La loi seule, toute la loi et rien que la loi ne suffit pas. C’est ici que se décide la liberté : choisir un chemin, avec l’aide de la loi, qui sera celui du bonheur. C’est toute l’importance du choix auquel on ne peut pas se soustraire. Mais pour cela, il ne suffit pas d’enfiler des préceptes, des codes et des lois comme le font les scribes et les pharisiens. Il ne suffit pas d’être en règle. Je traduis cela en parabole pour aujourd’hui : « avoir tous mes points sur mon permis ne prouve pas que je ne dépasse jamais le 110 km/h entre les radars, de Metz et Thionville ! »….

En fait, ce que Jésus demande, c’est une conversion du cœur et pas seulement une religion de façade. Nous le savons pertinemment : le mal n’est pas dans les yeux ni le bras, mais d’abord dans notre esprit et dans notre cœur !

Philippe BOISSE, curé


9 février 2020 – 5e Dimanche du Temps de l’Eglise

Ta nuit sera lumière

       L’évangile du dimanche 9 février, Mt 5 13-16, nous dit : « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde ». Ce jour est également le dimanche de la santé 2020, dont le thème, cette année, est : « Ta nuit sera lumière ».
Nuit et lumière, deux mots totalement opposés s’il en est !

Pouvons-nous faire de la nuit une lumière ?

     Lorsqu’une personne est malade physiquement ou moralement, âgée ou encore démunie devant les évènements de la vie, elle est dans la souffrance et le doute. Sa foi peut devenir chancelante ou disparaître. Pourquoi moi ? Pourquoi lui ? Ce n’est pas juste… C’est alors la nuit et une grande solitude en découle. Comment faire éclore de ces épreuves la lumière ? Lisons l’évangile. Il nous parle aussi de sel. Le sel, c’est tout petit et pourtant si important, si puissant. Chacun de nous est un de ses grains. Chacun, à sa manière, peut aider à redonner du goût, à faire jaillir la lumière. Il ne s’agit pas de changer le monde. Mais par de petits gestes, nous pouvons nous engager envers notre prochain, en fonction de notre charisme et de nos compétences : visite aux malades, aide aux devoirs, accompagnement de réfugiés, s’intéresser à son voisin, etc. Il y a mille manières de servir, il suffit de trouver la sienne.

     Pour ma part, pour revenir au thème de ce dimanche, depuis que je suis aumônier d’hôpital et que je fréquente les EHPAD, je perçois cette nuit qui, souvent, tombe sur les patients et les résidents. Je me sens à court d’arguments pour redonner un peu d’espoir. Alors, après avoir prié, j’ose un regard, un geste, une écoute attentive, une parole simple et sans jugement. J’observe chez mon vis-à-vis qu’une étincelle de lumière est réapparue quand il esquisse un sourire, quand ses yeux sont plus pétillants ou qu’il dit un « merci ». Il faut du temps pour que le jour paraisse (surtout l’hiver) ; il en est de même dans la vie de quelqu’un qui souffre. Je me fais sel, alors, avec toutes les personnes qui gravitent dans le parcours de soin pour que la nuit puisse redevenir lumière.

     Je vous laisse méditer cette prière de Chantal Lavoillotte écrite pour ce jour :
« Mon chemin, Seigneur, est parfois bien sombre. Il m’arrive de marcher dans la nuit. Nuit de la souffrance ou de la maladie, nuit du doute ou du deuil. Et je ne sais plus où j’en suis… Toi, sans Te lasser, Tu m’appelles à la Vie. Tu me dis que je suis lumière. Tu m’invites à faire jaillir la lumière, par mes mains, mes regards de tendresse et mes actes solidaires. Permets que mon chemin de nuit s’éclaire, et que pour d’autres, je sois lumière ».

Sœur Catherine STREB


2 février 2020 – Dimanche de la Présentation du Seigneur au Temple

Jésus est la lumière envoyée pour le salut du monde

 Que vous inspire l’Evangile de ce jour ?

Le 2 février, connu par tous les enfants comme la fête gourmande de la Chandeleur, est une tradition du IV° siècle. Les chrétiens célèbrent la Présentation au Temple de l’Enfant-Jésus, 40 jours après sa naissance. Syméon reconnaît la nature divine de Jésus qui représente le Messie tant attendu : « lumière des nations » et « gloire d’Israël ». Le Sacrifice de la Croix est déjà annoncé. Il donnera le Salut que Dieu a « préparé à la face de tous les peuples ». On célèbre ainsi la Lumière apportée sur la Terre. Les chrétiens honorent cette fête des chandelles, c’est un symbole de renouvellement de la Foi.

Le cantique de Syméon, repris tous les jours à Complies, est le dernier office avant le silence de la nuit. Il provient de l’Evangile de ce jour. Il signifie qu’on se retire, la satisfaction du devoir accompli ou pour reconnaître que la relève est assurée.

La Présentation de Jésus au Temple est encore la journée mondiale de la vie consacrée : religieux et personnes consacrées. Les vocations sont en perte de vitesse dans notre Occident alors que nous en avons grand besoin. Nous pouvons être reconnaissants envers ces personnes qui prient pour le monde, pour nous et qui se sont engagées à marcher derrière le Christ.

« Syméon reçut l’Enfant dans ses bras ». Quel moment ! Ne serait que l’imaginer pour soi est littéralement sidérant : serrer Jésus sur son cœur, le laisser y reposer, le regarder, l’aimer, lui parler simplement comme une mère ou un père à son nourrisson sans lui faire de grands discours. Jésus est là dans mes bras. Il m’habite et sa présence me fortifie et m’unifie. C’est une inspiration pour redécouvrir l’oraison. OUI, c’est une pub pour l’oraison : essayer, c’est l’adopter !

Beau dimanche de fête

Jean-Marie BIEVELEZ


26 janvier 2020 – 3e Dimanche du Temps de l’Eglise

« Viens, suis-moi »

Chers amis, comme il y a 2000 ans sur les rives du lac de Galilée, Jésus appelle encore sur les rives de nos vies. Comme pour les quatre premiers disciples, Jésus adresse à chacun de nous ces mêmes paroles : « Viens, suis-moi. »

Jésus appelle ses premiers apôtres alors qu’ils font leur humble travail de pêcheurs. Jésus rejoint toujours ceux qu’il appelle dans leur vie de tous les jours. Il n’appelle pas forcément des « grosses têtes », des « forts en thème », mais des simples, des pauvres, souvent plus disponibles. N’utilisons donc pas trop vite l’alibi de notre incompétence pour ne pas répondre à l’appel du Seigneur et aux besoins de nos frères. Dieu saura nous transformer et suppléer à nos manques. Jésus appelle avant tout des êtres de désir, qui ont ce brin de folie qui va les amener à renoncer à beaucoup parfois.

Pour répondre à l’appel du Seigneur, il nous faut : 1) une confiance spontanée : ne pas tergiverser ; 2) un certain détachement : quitter les filets qui nous retiennent et nous enchaînent parfois. Il n’y a pas d’appel sans renoncement ; 3) une prise de risque : les disciples n’ont pas laissé que leurs filets, ils ont laissé leur vie sur les routes du monde ; 4) un témoignage : les apôtres sont partis avec le Christ porter la Bonne Nouvelle. Aujourd’hui encore, il faut que se continue l’annonce de l’Evangile dans nos sociétés. Soyons disciples missionnaires pour notre 21e siècle.

Pour terminer, je vous propose cette méditation :

Notre Dieu n’a pas de mains, il n’a que nos mains pour construire le monde d’aujourd’hui.

Notre Dieu n’a pas de pieds, il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin.

Notre Dieu n’a pas de voix, il n’a que nos voix pour parler de Lui aux hommes.

Notre Dieu n’a pas de forces, il n’a que nos forces pour mettre les hommes à ses côtés.

Nous sommes la seule Bible que les hommes lisent encore.

Nous sommes la dernière parole de Dieu, l’Evangile qui s’écrit aujourd’hui. »

(Anonyme du XIVe siècle)

Jean-Luc, diacre


19 janvier 2020 – 2e Dimanche du Temps de l’Eglise

« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »

Après avoir fêté le baptême de Jésus dans le Jourdain en fin du temps de Noël, la liturgie du dimanche de la première semaine du Temps ordinaire nous donne aujourd’hui à méditer à nouveau l’évangile du baptême de Jésus selon saint Matthieu qui fait dire à Jean-Baptiste: « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Les mots « Agneau » et « péché » sont porteurs de toute une théologie, de toute une vision de l’histoire et de l’homme.

Dans l’Ancien Testament, chaque jour on immolait un agneau au Temple de Jérusalem pour la purification des péchés du peuple et, chaque année, à l’occasion du repas pascal, les juifs marquaient la porte de leur maison du sang de l’agneau pascal, en souvenir de leur libération d’Egypte, ce qui permettait aux habitants de la maison d’échapper au fléau destructeur. Un rôle était bien attribué dans la tradition d’Israël à l’agneau immolé pour purifier et sauver le peuple.

Aujourd’hui, le monde cherche un « sauveur » à travers la science, le progrès des techniques, les luttes sociales et politiques, mais l’homme reste sur sa faim d’une libération, d’un salut radical. Les structures extérieures manifestent une autre force, celle-ci intérieure : le mal est surtout au-dedans de l’homme, c’est le péché de l’homme, c’est-à-dire une rupture d’Alliance avec Dieu. Comme le peuple d’Israël, le monde a besoin d’être libéré, purifié de ses péchés pour être sauvé.

Et « voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché de l’homme, nous dit Jean-Baptiste ». Le « voici » pour les contemporains de Jésus, mais aussi pour nous aujourd’hui, celui qui porte sur lui la totalité du « mal » du monde. Il verse tout son sang de victime sur la croix pour nous sauver du péché. Et ce n’est pas par la violence, mais en se faisant solidaire de tous les hommes, surtout les pauvres et les exclus.

Il nous invite à le suivre sur le chemin de son Évangile en accueillant dans notre cœur la grâce de la réconciliation avec l’Alliance éternelle dans la fidélité à notre baptême, à aller vers Lui dans son Eucharistie avec un cœur purifié avec tous nos frères chrétiens. Après avoir entendu le ministre nous dire « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » au moment de la communion nous sommes invités à répondre dans la foi : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ».

Ainsi réconciliés et guéris par l’Amour de Dieu et du prochain, soyons de vrais disciples missionnaires pour annoncer les merveilles de Dieu et l’évangile du salut à tous les hommes. Et notre première mission est de travailler à l’unité des chrétiens comme nous y invite la semaine missionnaire du 18 au 25 janvier : « Qu’ils soient Un afin que le monde croie ! » (Jn 17 20-21)

F. Jean-François Jacq


12 janvier 2020 – Fête du Baptême du Seigneur

 Jetez-vous à l’eau : c’est la fête du baptême !

Nous célébrons ce dimanche 12 janvier la fête du baptême, une occasion de rappeler que ce sacrement n’est pas l’affaire d’un jour mais un engagement de toute une vie. Comme nous y invite le Pape François, le premier conseil est de retenir la date anniversaire de notre baptême au même titre que celle de notre naissance. Mais la démarche à laquelle nous sommes invités ce dimanche nous portera peut-être plus loin sur le chemin vers la source du baptême.

Prenons d’abord conscience que le baptême est un sacrement demandé et reçu pour son enfant ou soi-même : comme le rappelle le Saint Père, « personne ne peut se baptiser soi-même ». L’évangile de ce jour nous montre que ce sujet fait déjà débat entre Jean le Baptiste et Jésus. La réaction de Jean ne semble pourtant pas surprenante : il ne comprend pas comment lui pourrait baptiser le fils de Dieu ! Ce à quoi Jésus répond : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice ». « Laisser faire », c’est la posture du bébé baptisé à quelques semaines ou mois, qui n’a d’autre choix que de s’en remettre à celui de ses parents. Quant aux parents qui se diraient qu’ils laisseront leur enfant choisir à l’âge de conscience, leur choix est tout aussi respectable. A condition qu’ils laissent toute la place au dessein de Dieu, celui qui nous invite aussi à « laisser faire » et qui s’offre à nous comme une évidence, sans que nous puissions l’expliquer. Normal, il s’agit du choix de Dieu pour nous !

Rappelons-nous aussi qu’il n’y a pas de baptême sans eau. Jean baptise dans le Jourdain et c’est pour cela que Jésus fait le déplacement depuis la Galilée. Les changements climatiques en cours nous rappellent chaque jour un peu plus combien l’eau est précieuse à la vie. A l’origine de la création du monde, l’eau est certes nécessaire à la croissance de tout être vivant sur terre. Mais l’eau est aussi le milieu dans lequel nous avons grandi avant notre naissance. Le passage par l’eau est donc indissociable d’une naissance ou d’une renaissance, bref d’une résurrection. Résurrection du peuple hébreu après le passage de la mer Rouge à la sortie d’Egypte ou résurrection de la Samaritaine après la découverte de l’eau proposée par Jésus. Si cet élément si commun, si répandu (rappelons-nous les multiples sources du quartier à l’origine du nom de notre communauté de paroisses), devient source de résurrection, c’est que la résurrection elle-même doit être facilement accessible pour chacun des baptisés. Le baptême est donc une belle occasion de se jeter à l’eau pour mourir à la vie ancienne, celle des héritages trop lourds à porter, de nos préjugés ou des chaînes qui nous emprisonnent dans nos habitudes et renaître à la vie nouvelle, celle où Dieu peut enfin prendre toute sa place et réaliser son projet en nous, un projet de vie éternelle.

Björn DESMET


C’est la fête de l’Epiphanie !

« La promesse d’un avenir »

Les mages ont-ils pleinement compris ce qui se passe réellement ? Il est difficile de le dire. Mais une chose est certaine : à l’instant où ils finissent par trouver la mère et l’enfant, l’évangile décrit la scène en peu de mots : « tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui » « ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent l’or, l’encens et la myrrhe » puis « regagnèrent leur pays par un autre chemin ». Dans ces quelques versets, aucun discours, aucun débat, aucune question. Ils viennent puis ils repartent. Et pour cause ! L’enfant est, par excellence, celui qui ne parle pas, celui qui n’a rien à dire et rien à expliquer. Mais en même temps, un enfant c’est un univers ouvert sur de multiples possibilités, un avenir dont on ne sait rien et dont il faudra défricher progressivement le chemin.

Cette rencontre avec Jésus n’est donc pas un point d’arrivée, mais un nouveau départ. Chacun repartira : les mages vers leur pays, le Christ vers son destin. Toutefois un déplacement essentiel se sera produit. Quelques hommes venus d’horizons divers, accepteront de « repartir à zéro ». Quelques années plus tard, Jésus en parlera même à ses disciples en les invitant à redevenir, « comme des petits enfants »,… autre manière de « repartir à zéro » « Les sages et les prudents, tout leur est caché », dira-t-il, « ils savent et ils sont enlisés dans leur connaissance. Par contre ceux qui, à l’exemple des mages, ont accepté de tout laisser pour me rejoindre, ceux-là ont bien de la chance ».

En cette fête de l’Epiphanie, nous sommes sans doute venus à la messe les bras chargés de plein de connaissances sur Dieu et sur la religion. Prions pour que ces multiples certitudes ne viennent pas occulter l’essentiel. La Vérité ne se réduira jamais à nos certitudes. Spirituellement, pour chacun d’entre nous, l’essentiel est peut-être encore à découvrir !

Philippe BOISSÉ


29 décembre 2019 – Dimanche de la Sainte Famille

« Un plaidoyer pour la simplicité »

Ces jours derniers, l’Enfant est né. Chacun y a été de son commentaire. Les anges eux-mêmes ont chanté le Gloria. Marie a serré les dents. L’enfant a poussé son premier cri parmi les bêtes et les bergers. Un homme s’est gardé de tout bavardage. C’est Joseph, l’homme du silence, le veilleur aux songes. Face au Verbe de Dieu, il ne s’est pas dispersé en de vaines et superficielles logorrhées.
Avec Marie, qu’ont-ils bien pu se dire? Fallait-il s’expliquer? On peut penser qu’ils ont dû « se taire ensemble », avec beaucoup d’amour et de respect l’un pour l’autre. Et dans ce silence énorme, Joseph, n’a dit que ceci : « Son nom est Jésus (Dieu sauve) ».

C’est aussi simple que cela, à l’image du nouveau logo de notre communauté de paroisses, Notre Dame des Sources : la silhouette de la Vierge Marie et sa main qui nous offre dans une goutte d’eau les contours d’une colombe qui nous rappelle tout à la fois l’Esprit du Seigneur et notre baptême. Tout aussi simple que la finale du Salve Regina : « O Clemens, O Pia, O Dulcis Virgo Maria. » (Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie !), trois invocations que l’on attribue à St Bernard de Clairvaux.
A l’image de cette parcimonie de mots avec lesquelles Notre Dame révèle son identité à la petite Bernadette Soubirous au creux de la grotte de Massabielle : « Que soy era immaculada councepciou » (« Je suis l’Immaculée Conception »).

Notre monde est de plus en plus éclaté. Nos contemporains sont souvent égarés et désorientés. Ils gardent pourtant au cœur le désir toujours plus fort de pouvoir expérimenter et cultiver des rapports plus fraternels et plus humains. Cela nous oblige à promouvoir une annonce de l’Evangile qui soit audible et compréhensible pour le plus grand nombre : moins de bavardages inutiles au profit d’une plus grande clarté. Promouvoir plus de simplicité, sans que cela nous contraigne pour autant à surfer à « la surface des apparences ».

Or il n’est pas de mystère plus simple et plus profond que celui de Noël. C’est en cela que la simplicité de la Nativité et de la Sainte Famille demeure un appel renouvelé à la contemplation.

Philippe BOISSÉ


22 décembre 2019 – 4e Dimanche de l’Avent

Chers amis,

Avouons que, bien souvent, nous n’aimons pas beaucoup être dérangés. Nous avons notre univers familier fait d’habitudes et de points de repère sécurisants. Nous avons des projets et nous désirons que les choses se passent comme nous les avons pensées et voulues. Nous demandons à Dieu de veiller sur ce cadre protecteur que nous nous sommes donné et, quand nous disons à Dieu dans la prière du Notre Père : « Que ta volonté soit faite », nous pensons souvent : « Seigneur protège-nous. Fais que ma volonté soit faite ». Tout compte fait, une vie bien calme et sans soucis.

Or, quand Dieu vient s’immiscer dans la vie d’un homme ou d’une femme tout peut soudain être chamboulé.

S’il y en a deux qui ont eu leur vie constamment bouleversée, c’est bien Marie et Joseph. Tout était déjà prêt, les fiançailles avaient eu lieu et le mariage se précisait. Tout semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’à ce que Dieu vienne mettre son grain de sel ou plutôt son grain de sable dans cette vie de couple.

Chers amis, vous êtes-vous déjà posé la question suivante : Et si Marie avait dit non à l’annonce de l’ange, que se serait-il passé ? Et que serait-il arrivé si Joseph avait dit non au projet de Dieu, fêterions-nous Noël aujourd’hui, l’Emmanuel en notre histoire ?

Oui, chers amis, il a fallu le « oui » de Marie et le « oui » de Joseph pour que Jésus, l’Emmanuel, le Fils de Dieu, vienne planter sa tente en notre humanité. C’est par ces deux « oui » que Jésus a été accueilli en notre humanité. Deux « oui » qui ont changé le déroulé de l’histoire du monde.

A quelques jours de Noël, sachons nous mettre à l’école de Marie, l’humble servante du Seigneur, et de Joseph, « le juste » qui, tout au long de leur vie, ont su s’ajuster à la volonté de Dieu. Laissons-nous convertir par leur exemple pour vivre notre relation à Dieu de manière moins intéressée mais davantage évangélique.

Joyeux Noël à tous !

Jean-Luc, diacre


15 Décembre 2019 – 3e Dimanche de l’Avent

Après les événements que chaque Français a vécu depuis le 5 décembre, les dimanches de l’Avent peuvent nous interroger :

« Et si Jésus revenait ?

Quelle société « des nations » trouverait-il ?

Comment sera-t-il possible qu’une nouvelle solidarité s’installe entre les êtres humains ? »

Ce troisième dimanche de l’Avent, dont les textes nous rappellent que Jésus est le salut annoncé par tous les prophètes, doit nous inviter à nous dire : qu’avec le Christ, l’espérance du Royaume a un visage car Il vient accomplir les promesses de l’Alliance.

Comme Jean le Baptiste, osons, nous aussi, aller à la rencontre de Jésus. Quels que soient nos enfermements, nos sentiments que « tout va mal », réjouissons-nous car le Royaume des Cieux fait irruption dans notre histoire et le Seigneur sèmera, quoi qu’on puisse en penser, les germes de ce Royaume qui nous semble invisible et Il nous libérera de nos entraves.

Seigneur, en ce temps de l’Avent, c’est dans mon cœur que tu renais et dans ma vie que tu grandis.

Olivier JONCQUEZ


8 décembre 2019 – 2e Dimanche de l’Avent

Solennité de l’Immaculée Conception

Le Baptême donné par Jean-Baptiste est un Baptême de pénitence préparant le Baptême par le Christ, le seul qui pardonne les pêchés. « Préparez les chemins du Seigneur, rendez droit ses sentiers ». Celui qui prêche la Foi droite et de bonnes œuvres que fait-il sinon préparer la route pour le Seigneur ?

Pour nous, le baptême est le plus souvent une tradition familiale. Pour avoir préparé, il y a quelques années, des parents au Baptême de leur enfant, les demandes recueillies lors de ces soirées étaient : faire plaisir à la famille, proposer une morale chrétienne, donner le début d’une éducation religieuse, offrir ce qu’il y a de mieux aux enfants, les faire entrer dans une communauté paroissiale.

Rappelons-nous que le Baptême est un sacrement. C’est le sacrement de la Foi. La nouvelle naissance dans le baptême a pour but de nous libérer des ténèbres et d’être transférés dans le domaine de la liberté des enfants de Dieu. Quel plus beau cadeau existe-t-il ? Le Baptême ne purifie pas seulement de tous les péchés originel ou personnels, il fait aussi du néophyte « une création nouvelle, un fils adoptif de Dieu qui est devenu participant de la nature divine, membre du Christ et cohéritier avec Lui, temple de l’Esprit Saint ». La Très Sainte Trinité donne au baptisé la grâce sanctifiante, la grâce de justification qui le rend capable de croire en Dieu, le pouvoir de vivre et d’agir avec les dons du Saint-Esprit et lui permet de croître dans le bien. Le Baptême constitue également le fondement de la communion entre tous les chrétiens mais aussi avec ceux qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Eglise. Le Baptême représente aussi le sceau de la vie éternelle. L’Esprit Saint nous marque pour le jour de la Rédemption.

Le 8 décembre représente de plus une fête lyonnaise dédiée à la Vierge Marie, la ville et ses notables se sont mis sous sa protection en 1643 pour faire cesser l’épidémie de peste qui ravageait le sud de la France. Ils firent le vœu de lui rendre hommage si leur demande était exaucée. La fête des lumières ainsi expliquée reprend un aspect chrétien assez éloigné des festivités actuelles.

Plus près et plus loin de nous, c’est aussi l’anniversaire de la béatification des martyrs d’Algérie, dont les bienheureux moines de Thibirine. Le Saint-Père dira « en contemplant ces nouveaux bienheureux, nous sommes invités à dépasser toute étroitesse d’esprit et à nous réjouir… Ils continuent ainsi cette mission prophétique de la miséricorde et du pardon ».

Et, bien sûr, c’est aussi et surtout la fête de l’Immaculée Conception, et la fête de notre paroisse.

Jean-Marie BIEVELEZ


1er décembre 2019 – 1er Dimanche de l’Avent

Le DÉSIR de l’AVENT

Le temps de l’Avent s’ouvre. L’Évangile de ce jour nous propose de veiller. Veiller est non seulement attendre. C’est avoir un désir au cœur. L’âme de l’attente, c’est le désir. L’Avent est le temps du désir.

Il ne s’agit pas d’un désir quelconque, superficiel, fugitif ou centré sur nous car « Voici le temps du long désir où l’homme apprend son indigence » (cantique E 201). Mais comment ressentir ce désir de l’Avent dans notre monde qui résiste à la foi chrétienne. Résistance de la science liée au vérifiable. Résistance de notre intelligence face à la multiplicité des sagesses, face à l’étrangeté de la foi et de son langage. Résistance de notre humanité tentée, devant la radicalité de l’Évangile, par le bien vivre présent.

Oui, « si tu ne viens dans notre nuit, comment, Seigneur, attendre l’aube ? » (cantique E 252). Mais, malgré objections et doutes, pour le chercheur de Dieu, ce qui compte, c’est le désir qu’il a au cœur. C’est un désir qui a des hauts et des bas mais qui ne cesse de revenir, un désir inextinguible qui étonne et dépasse le croyant lui-même. C’est un désir à la fois fragile et mystérieusement tenace. C’est un désir qui vient des profondeurs, qui touche ce qu’il y a de plus profond en l’homme. C’est un désir immense qui concerne toute la vie et son sens, le temps et l’éternité : « Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore » (Ps 130 6). « Mon âme a soif de Toi » (Ps 63 2).

Esprit-Saint, abreuve et avive notre soif intérieure.

Creuse notre désir à la mesure du désir de Dieu.

Ouvre notre prière, habite nos silences.

En cet Avent, entraîne-nous chaque jour un peu plus loin, vers la terre des vivants.

Frère Fernand BECRET


24 novembre 2019 – Dimanche du Christ Roi de l’Univers

« Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume.
– Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. »

Bien joué, le bon larron ! En effet, il fut le premier saint canonisé par l’église, lui, le prisonnier, le condamné à mort. Le Pape François l’a rappelé dès le début de son pontificat, en visite dans un établissement pénitentiaire de Naples. Et les chrétiens devraient apprendre de cette parole et de cet exemple du Christ. Vivre suppose parfois pour nous, pèlerins de ce Monde, de nous salir les pieds sur les chemins poussiéreux de la vie.

Jésus l’affirme sur la croix : ce criminel à ses côtés est déjà entré dans la joie du Royaume, dans la joie de la vie éternelle, dans la joie de l’Amour de Dieu. Jésus a aussi lavé nos pieds avant que nous passions à la table du banquet heureux, auquel nous sommes tous invités. Dieu, son Père, est puissant. Il a deux mains. L’une pour protéger et empêcher la chute de certains et l’autre pour relever ceux qui sont tombés afin que, tous, nous goûtions à la joie du Royaume, à la joie de son Amour. Croire en cette joie offerte à tous, c’est croire que, pour Dieu, tous les saints ont un passé et que chaque pécheur a un avenir.

Le frère Jean-Joseph LATASTE, dominicain et apôtre des prisons, disait : « Dieu ne regarde pas, pour nous ouvrir les portes du Royaume, ce que nous avons été. Il n’est touché que de ce que nous sommes. »

Anne-Elisabeth


17 novembre 2019 – 33e Dimanche du Temps de l’Eglise

Après les douleurs de l’enfantement, quelle merveille que d’accueillir une vie nouvelle !

L’évangile de ce dimanche nous parle de l’apocalypse, c’est-à-dire tout à la fois de la fin des temps et de la « révélation », sens premier du grec apocalupsis.

Pour ce qui est de la fin des temps, voici la prophétie des experts du GIEC : elle se rapproche chaque jour un peu plus vite. L’actualité écologique nous plonge en effet dans une inquiétante réalité où la disparition progressive des conditions de vie humaine sur terre n’est plus relayée à un avenir incertain ou trop éloigné pour ne pas faire partie de nos préoccupations actuelles.

Pour ce qui est de la « révélation », au sens donné par Jésus (« je vous donnerai un langage et une sagesse » – Lc 21,15), notre monde semble en avoir oublié les clés de lecture.

A l’invitation du pape François, nous sommes, en tant que chrétiens, responsables et acteurs de la Création et devons à ce titre choisir en toutes circonstances la vie, sous toutes ses formes, et non la mort. Agir, oui, mais comment ? L’évangile nous rappelle que viendront d’abord des temps où nous serons arrachés à nos habitudes, parfois de façon violente (par des guerres, des catastrophes naturelles ou des maladies), parfois dans les lieux communs de notre vie comme au sein de nos familles. Mais Jésus nous rappelle aussi que notre salut reste toujours accessible grâce à notre foi. Plus exactement, nous serons sauvés par ce que François de Garagnon appelle « la force de l’abandon ». Il ne s’agit ni du « yes, we can ! » de notre société qui a érigé la performance en valeur fondamentale, ni du fatalisme ou du lâcher prise. La « force de l’abandon » nécessite en effet un effort de confiance permettant de faire suffisamment de place pour laisser Dieu agir dans nos vies. Et cette force est accessible à tous : à tous, il nous est arrivé de rendre grâce à Dieu pour les merveilles qu’il nous offre chaque jour, qu’elles soient modestes ou grandioses. C’est un début. Maintenant, Dieu nous propose d’aller jusqu’au bout et de faire le vide de nos repères, de nos habitudes. Car ce n’est qu’après avoir subi les douleurs et les cris de l’enfantement, que nous pourrons accéder au don parfait de Dieu : la naissance d’une vie nouvelle.

Björn DESMET


10 novembre 2019 – 32e Dimanche du Temps de l’Eglise

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Lc 20, 27-38)

Nous sommes touchés par la mort autour de nous : la mort d’un proche, la mort sous toutes ses formes (accidents, cancers, …), les morts innocentes. Nous venons de célébrer la fête des défunts et allons commémorer, le 11 novembre, l’anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale pendant laquelle il y a eu plusieurs millions de morts… Comment ne pas se révolter devant la mort ? Y avait-il un Dieu à Auschwitz ? Dieu est-il le Dieu des morts ?

Il s’agit là de la mort physique, mais il y a aussi la mort spirituelle. L’Esprit dit à l’Eglise de Sardes : « Voici, tu passes pour vivant, mais tu es mort. Réveille-toi, ranime ce qui te reste de vie défaillante ! Non, je n’ai pas trouvé ta vie bien pleine aux yeux de mon Dieu. Allons ! rappelle-toi comment tu accueillis la Parole ; garde-la et repens-toi » (Ap 3 2-3). Cette mort-là est causée par le péché. Le remède pour le pécheur est de se convertir et de vivre de son baptême. Saint Paul nous le rappelle : « Ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 6 3).

D’une part, il ne faut pas fuir la mort que le Fils de Dieu n’a pas dédaignée et n’a pas voulu fuir en mourant pour nous sauver. D’autre part, il faut lui donner un sens en vivant pour Lui, comme saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2 19-20). C’est la grâce de Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui nous confère l’adoption filiale : « Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! » (Ga 4 5-6).

L’accueil du don de l’Esprit Saint nous introduit dans l’intimité avec le Christ. Celle-ci se fortifie dans la prière et l’écoute de la Parole de Dieu. Alors, le Dieu des vivants nous purifie par son sang répandu et partage nos épreuves. Il nous nourrit de ses sacrements, en particulier le baptême, la réconciliation et l’Eucharistie, et nous envoie en mission pour annoncer la Bonne Nouvelle du Salut. Répondons à son appel en devenant de vrais disciples-missionnaires. Vivons et témoignons du Dieu vivant, aujourd’hui, ici et maintenant, en nous mettant au service de Dieu et de nos frères. Dieu est le Dieu des vivants !

Prions en ce mois de novembre avec toute l’Eglise, dans la communion des saints, avec la Vierge Marie, pour nos frères qui sont morts. Qu’ils partagent le sort des saints.

F. Jean-François JACQ


3 novembre 2019 – 31e Dimanche du Temps de l’Eglise

« Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison. »

Le pape François commence l’exhortation apostolique ‘Evangelii Gaudium’ par ces mots :     « La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus, la joie naît et renaît toujours. » C’est de cette joie-là qu’est rempli Zachée, dans l’évangile de ce dimanche, quand Jésus s’invite chez lui.

Zachée fait partie de ‘ceux qui rencontrent Jésus’ et cela change sa vision du monde. L’homme est appelé à mieux qu’une réussite matérielle, l’argent qu’il amasse ne saurait lui donner satisfaction. Partant de cette constatation, Zachée est convaincu de ne plus considérer ses contemporains comme une source de profit dont il peut user et abuser mais comme d’autres hommes qu’il doit respecter et aider.

Une vraie rencontre avec Jésus provoque toujours un changement intérieur, cette joie dont parle le pape François.

Il en est de même pour nous. A chaque Eucharistie, comme Zachée, nous nous déplaçons pour voir Jésus, le rencontrer et l’écouter. Il vient dire à chacun et à chacune : « Il faut que j’aille demeurer chez toi. » Non seulement il nous le dit, mais il le fait. Rappelons-nous ses paroles : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (Jn 6 56). Alors, ouvrons-lui toute grande la porte de notre cœur, là sera notre joie. Et nous pourrons nous entendre dire : « Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison. ».

Jean-Luc, diacre


27 octobre 2019 – 30e Dimanche du Temps de l’Eglise

« Monsieur « Je-ne-suis-pas » et Monsieur « Moi-le-pécheur » sont au temple… »

Monsieur « Je-ne-suis-pas » : c’est le pharisien. Il appartient au peuple élu. Il est arc bouté sur cet avantage acquis. Il a bien commencé sa prière. C’est un merci qu’il adresse à Dieu : « Je te rends grâce » dit-il. Toutefois, il poursuit en indiquant le motif de sa reconnaissance : « Je ne suis pas COMME le reste des hommes. » Sur ce point, il fait fausse route. Pourquoi ? Parce qu’il se juge, il se compare, il se mesure. Pour lui, les autres ne sont qu’un faire-valoir et l’objet de son mépris. Alors que Dieu pardonne, le pharisien, lui, accuse. Sa prière est faussée car en rejetant le péché, il rejette aussi le pécheur.
Monsieur « Moi-le-pécheur » : c’est le publicain. C’est un homme détesté de tous à cause de sa collaboration avec l’occupant romain. Ses turpitudes sont nombreuses et il les connaît. Il ne perd pas de temps à les détailler. Il va droit au but. Il se montre à Dieu tel qu’il est et demande simplement son pardon. Il sait pertinemment qu’on n’achète pas Dieu, même par une vie vertueuse. Car Dieu est miséricordieux. D’ailleurs, Il a une préférence pour les pauvres, notamment pour ceux et celles qui sont pauvres en « mérites » et en vertus. C’est un Dieu pour lequel nos pauvretés peuvent devenir la matière première avec laquelle Il peut réaliser de grandes choses.
Le pharisien et le publicain, deux personnages de fiction inventés par Jésus pour nous révéler une bonne nouvelle : Dieu est pardon et son amour est un cadeau offert à celui qui est humble et sincère. C’est bien pour cela que les grands témoins de la foi sont toujours des pécheurs pardonnés, à commencer par St Pierre.
« Qui s’élève, sera abaissé ; qui s’abaisse, sera élevé. » Ce propos est valable pour tous les pécheurs et, sur ce point, nous sommes bien « COMME » tous les autres.

Philippe BOISSÉ – Curé


20 octobre 2019 – 29e Dimanche du Temps de l’Eglise

 

UNE HYPOTHÈSE : « IL EST SOURD À SON GRAND ÂGE ! »

« J’ai beau Le prier, rien n’y fait ! ». C’est le constat amer d’une vieille femme, partagé lors d’un temps d’échange fraternel et confiant. Son canard de mari d’ajouter : « Le Bon Dieu est bien vieux : Il n’entend plus… ».

Peut-être vous reviennent-ils en mémoire nos parents qui ne répondaient simplement pas à nos sollicitations d’enfants… parce qu’ils trouvaient nos demandes déplacées. Nous devinions alors qu’il ne fallait point insister. Sans aller à nous dire cependant : « Peut-être que ma demande est injustifiée ! ».

L’évêque orthodoxe Antoine BLOOM raconte : « Je me rappelle ce vieil homme me contant que, lorsqu’il était enfant, il croyait que son oncle possédait un don miraculeux : chaque soir, il pouvait ôter les dents de sa bouche et les mettre dans un verre d’eau… Pendant plusieurs mois, le petit pria Dieu de bien vouloir lui accorder ce même don. Il fut plus tard bien aise que Dieu lui ait refusé cette faveur ! ».

Un jour, Jésus raconte une parabole pour montrer qu’il faut « prier sans cesse et sans jamais se décourager » (Lc 18 1-8, l’évangile entendu ce jour). Les personnages mis en scène sont un peu caricaturaux, mais nous font comprendre qu’on ne doit pas craindre de « casser la tête » à Dieu par nos prières insistantes. La difficulté serait plutôt là : sommes-nous sûrs de savoir ce dont nous avons besoin pour notre vie qui s’ouvre sans cesse sur l’éternité ? Sommes-nous sûrs que nos prières nous ouvrent le cœur pour accueillir ce que Dieu veut nous donner ? Il y a bien sûr nos désirs qui demandent, mais il y a surtout ce que Dieu-Père veut nous donner. Quand nous récitons le « Notre Père », nous disons à juste titre : « Donne-nous notre pain de ce jour », « ce que Tu veux nous donner pour que nous vivions selon le don reçu de Toi, non pas une vie à partir de nous et de nos demandes toujours trop étriquées, mais à partir de Toi, Sauveur : la vie éternelle ».

La prière chrétienne ne doit aucunement chercher à convertir Dieu, mais à convertir sans cesse le priant dans ses demandes qui sont : la foi, l’espérance, la charité, en un mot : la sainteté sur le chemin d’éternité qui conduit à Dieu lui-même.

Demandons cela à Dieu, avec ardeur, avec obstination.

Jean-Claude DREHER

 


13 Octobre 2019 – 28e Dimanche du Temps de l’Eglise

Pourquoi nous priver de dire merci ?

L’évangile de ce jour nous parle du lépreux qui rend gloire à Dieu. Savoir dire merci était autrefois le premier pas de l’éducation de l’enfant dans sa relation aux autres car tout n’est pas un dû, tout n’est pas un droit. L’autre se fait une obligation par amour, par amitié, par devoir de s’occuper de son prochain. Disons-nous merci à Dieu pour tous les dons qu’il nous offre en abondance ?

La grâce est la faveur que Dieu nous donne par l’Esprit Saint pour répondre à son appel. Dieu nous donne la Foi, c’est une grâce. Cet appel nous entraîne à la reconnaissance étonnée de sa tendresse, de sa grandeur et de sa toute-puissance d’Amour. C’est aussi ce don gratuit que Dieu nous fait pour la guérison du péché et notre sanctification. N’oublions pas que l’Eucharistie est sacrifice de louange et d’action de grâce rendue au Père par le Fils dans l’Esprit. Comme dans la prière de demande, tout événement, toute joie, toute peine, tout besoin peut devenir offrande d’action de grâces. Les périodes de maladie peuvent être spirituellement fécondes. Elles sont un temps possible de confiance renouvelée et d’abandon au Père. La Paix reçue se transforme alors en action de grâce.

La libre initiative de Dieu réclame en retour la libre réponse de l’homme.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4,7). Pour saint Bernard « l’ingratitude est l’ennemie de l’âme, la ruine des mérites, la perte des vertus et des bienfaits. L’ingratitude est un vent brûlant qui met à sec les sources de piété, la rosée de la miséricorde, les fleuves de la grâce ».

Sur un plan purement psychologique la gratitude est un sentiment positif qui nous fait le plus grand bien. C’est un plaisir qui entretient une vision optimiste de la vie. Ses bienfaits sont reconnus en psychologie positive.

Alors pourquoi nous en priver ? C’est un autre trésor à partager, bien sûr !

Jean-Marie BIEVELEZ


6 octobre 2019 – 27e Dimanche du Temps de l’Eglise

« Si vous aviez de la foi ! » (Lc 17 5-10)

« Si vous aviez de la foi ! » Nous pensons tout de suite à la foi d’Abraham : « Espérant contre toute espérance, Abraham crut et devint ainsi père d’une multitude de peuples. Sa foi nous visait également, nous qui croyons en celui qui ressuscita d’entre les morts Jésus Notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre sanctification » (Rm 4 18). Voilà annoncé le kérygme qui est au cœur de notre foi chrétienne.

La foi est une vertu théologale. Nous savons que la foi n’est pas suffisante : « Quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1 Co 13 2). Elle est cependant fondamentale, nécessaire, mais en lien avec les deux autres vertus théologales, la charité et l’espérance. Abraham crut, « espérant contre toute espérance ».

L’Esprit saint se manifeste au plus profond de la vie de l’Eglise en proposant la foi, qui est puissance de salut. Saint Jean de la Croix présente avec fermeté la foi, la foi pure, la foi vive, informée par la charité et opérant par elle, comme moyen unique et proportionné pour atteindre l’union avec Dieu, dans la participation à la vie trinitaire. Mais, pour grandir, la foi a besoin de l’amour de Dieu, comme la plante a besoin d’eau et de lumière, et aussi que nous en prenions soin, en priant et en nous mettant au service des autres, en Eglise. « Si la foi n’a pas les œuvres, nous dit saint Jacques, elle est morte.» (Jc 2 17).

Avec la fête de Notre-Dame du Rosaire demain, nous sommes invités, en ce mois du Rosaire, à la contemplation des mystères de Jésus et de Marie, et à imiter la foi de la Vierge Marie dans son OUI à Dieu, à l’Annonciation. Nous pouvons faire nôtre la prière de l’angélus. Comme Marie, répondant à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur », soyons de simples serviteurs, accomplissant la volonté de Dieu au service de l’Eglise et de nos frères.

Il y a de nombreux aréopages pour le service et la mission. Prions pour le synode des évêques, du 6 au 26 octobre à Rome, qui va réfléchir sur la mission de l’Eglise auprès des indigènes et la recherche d’une écologie intégrale. Avec nos évêques, défendons l’homme intégral dans le débat au sujet de la PMA. Octobre 2019 est décrété mois missionnaire extraordinaire par le pape François. Il nous invite à « reprendre avec un nouvel élan la transformation missionnaire de la vie et la pastorale » et à développer l’amour pour la mission. Soyons de vrais disciples-missionnaires par notre prière et notre service de l’Eglise pour transmettre la foi : « Qu’ils soient un, afin que le monde croie ! » (Jn 17 20-21).

F. Jean-François JACQ


29 septembre 2019 – 26e Dimanche du Temps de l’Eglise

Ce dimanche, notre pape François nous invite à célébrer, dans la prière et l’animation de la liturgie dominicale, un temps de sensibilisation à la cause des migrants et des réfugiés.

« Celui qui a faim, qui a soif, l’étranger, celui qui n’a rien pour se vêtir, le malade, le prisonnier qui frappe à notre porte, c’est Jésus lui-même qui demande qu’on le rencontre et qu’on lui vienne en aide, même si nos yeux ont du mal à le reconnaître » dit le pape François.

En même temps, cela nous pose la question : « Quel type de société sommes-nous en train de préparer pour ceux qui viendront après nous ? »

Il ne s’agit pas de nous substituer à nos responsables politiques mais, d’une part, de prier pour ceux qui doivent prendre des décisions pour leur assurer un accueil, sans oublier qu’ils doivent assurer la cohésion sociale, et, d’autre part, de faire savoir qu’au niveau paroissial des personnes travaillent dans divers services et de façon différente :
– pour assurer un accueil provisoire et un accompagnement administratif à travers un programme de « Jesuit Refugee Service » soit « Welcome » ;
– pour sensibiliser à ce qui se passe dans le monde et aider les personnes à se prendre en charge à travers la structure « CCFD » ;
– pour aider à l’apprentissage du français et permettre à ces migrants et réfugiés d’accéder à notre culture à travers les organisations mises en place par la Pastorale des Migrants du diocèse de Metz ou le Secours Catholique ou, pour les femmes, les Equipes Saint Vincent.

Aussi, que cette journée nous aide à oser la rencontre de l’autre et voir en chacun d’eux la figure du Christ.

Olivier JONCQUEZ


22 septembre 2019 – 25e Dimanche du Temps de l’Eglise

« L’intendance chrétienne »

Il n’est pas défendu d’être intelligent pour préparer notre avenir. Mais quel est notre avenir? Où est l’essentiel? La réponse nous la connaissons. Le seul bon placement, le seul investissement qui soit vraiment rentable à long terme, c’est le Royaume de Dieu. Sans Dieu, nous sommes sans avenir.
Conjointement, nous oublions trop souvent qu’il existe un rapport entre ce que nous voulons être et ce que nous possédons. Nous souhaitons être des disciples de Jésus. Mais les actes que nous posons contreviennent à ce désir. Jésus le déplore. L’enseignement évangélique est clair. Si nous sommes disciples du Christ, ce qui doit finaliser notre vie, ce n’est pas une politique de l’avidité, de la possession, mais c’est l’entrée dans le Royaume de Dieu. Et si l’argent est, par excellence, le symbole du désir de posséder, on comprend alors facilement cette affirmation à l’emporte-pièce :
« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent ».
« Alors de grâce, faute d’être des saints, soyez au moins des malins ».
Voilà ce que Jésus nous enseigne.
« Ayez autant d’ingéniosité, pour crier au monde la Bonne Nouvelle, que d’autres en ont pour manipuler l’argent.
En mettant votre intelligence au service de votre vie chrétienne :
– Un : vous éviterez de vous faire posséder
– Deux : vous gagnerez en liberté
– Trois : vous serez fidèles à ce que vous êtes
– Et quatre, de surcroît, un vrai trésor vous sera offert ».
Ce qui veut dire, concrètement, qu’à un moment donné, il convient de taire les sempiternelles lamentations et les interminables «mea culpa» que nous tenons pour nous dédouaner de nos insuffisances. Si nous passons notre temps à contempler ce qui ne va pas, à contempler uniquement les difficultés auxquelles l’Eglise est confrontée, il sera difficile d’envisager l’avenir. Arrêtons de pleurer sur ce qui nous manque. Nous avons déjà tout ce qu’il nous faut pour réussir. A condition d’agir comme Jésus nous y invite.

Philippe BOISSÉ


15 septembre 2019 – 24e Dimanche du Temps de l’Eglise

Message du Saint-Père pour la sauvegarde de la Création

Le Saint-Père nous convie, dans une démarche œcuménique, à vivre, du 1er septembre au 4 octobre, une période de prière plus intense et d’action au profit de la Création. C’est l’occasion dit le pape François de se sentir encore plus unis aux frères et sœurs des différentes confessions chrétiennes. En réponse à cette invitation du pape, chrétiens catholiques, orthodoxes et protestants célèbreront la Création pour la deuxième fois à Metz. Ce sera le 28 septembre 2019. La rencontre débutera à 10h dans le jardin des Petites Sœurs des Pauvres à Metz-Bellecroix (2 rue Jeanne Jugan).

« Dieu vit que cela était bon » (Gn 1 25). Le regard de Dieu, au début de la Bible, se pose doucement sur la Création. De la terre à habiter jusqu’aux eaux qui entretiennent la vie, des arbres qui portent du fruit aux animaux qui peuplent la maison de Dieu, tout est cher aux yeux de Dieu qui offre à l’homme la Création comme un don précieux à garder.

Tragiquement, la réponse humaine à ce don a été marquée par le péché, par la cupidité de posséder et d’exploiter. Égoïsmes et intérêts ont fait de la Création, lieu de rencontre et de partage, un théâtre de rivalités et de conflits. Au point que nous avons créé une urgence climatique qui menace gravement la nature et la vie, y compris la nôtre.

A la racine, nous avons oublié qui nous sommes : des créatures à l’image de Dieu, appelées à habiter comme des frères et des sœurs la même maison commune. L’heure est donc venue de redécouvrir notre vocation d’enfants de Dieu, de frères entre nous, de gardiens de la Création. La Création, réseau de la vie, lieu de rencontre avec le Seigneur et entre nous, est «le réseau social de Dieu».

Choisissons de changer, d’adopter des styles de vie plus simples et plus respectueux ! Il est venu le temps d’entreprendre des actions prophétiques. Beaucoup de jeunes haussent la voix dans le monde entier, en appelant à des choix courageux. Nous leur devons des réponses vraies, non pas des paroles vides ; des faits, et non des illusions.

Ne cédons pas aux logiques perverses des gains faciles. Pensons à l’avenir de tous !

Que Dieu, « qui aime la vie » (Sg 11 26), nous donne le courage de faire du bien sans attendre que d’autres commencent, sans attendre qu’il soit trop tard.

 

Du Vatican, le 1er septembre 2019


8 septembre 2019 – 23e Dimanche du Temps de l’Eglise

« Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple » (Lc 14 25-33)

C’est déjà beaucoup d’être croyant. Jésus admirait le jeune homme riche parce qu’il respectait la loi, mais il lui dit : « Une seule chose te manque, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, tu auras un trésor dans le ciel, puis viens et suis-moi. » (Mt 19 21-22). Ce qui manque au jeune homme riche, c’est la charité qui se manifeste en plénitude dans le don de soi. C’est qu’en fait, il s’agit pour l’homme de passer de l’état de croyant à celui de disciple.

Nous fêtons également aujourd’hui dans l’Eglise la Nativité de la Vierge Marie. Celle qui engendrera Jésus est vraiment l’aurore du Salut. Elle est le modèle du croyant et du disciple. Sa foi s’accompagne d’un abandon à la volonté de Dieu, dans l’acte de se donner pour qu’adviennent l’Incarnation et la Rédemption. Et Marie nous montre son Fils. A Cana, elle nous dit : «Tout ce qu’il vous dira, faites-le ! »

Nous pouvons suivre Marie sur ce chemin de l’abandon et du renoncement en consacrant à Dieu toute notre vie, tous nos biens par les mains de Marie, comme nous le recommande S.L.M.G. de Montfort. La Vierge Marie nous conduit à Jésus, mieux, elle génère Jésus en nous depuis la mort de Jésus sur la croix, si nous la prenons chez nous, comme Saint-Jean : «Voici ta mère ! » (Jn 19 27). Nous sommes alors libres pour suivre Jésus et servir nos frères, en devenant ses disciples.

Et Jésus a un appel particulier pour chacun de nous. Le dépouillement authentique n’est pas un appel à la misère, mais il est toujours une demande exigeante pour posséder comme si on ne possédait pas. Il se manifeste dans le bonheur de se donner de façon désintéressée. Dieu est amour, Il veut notre bien, et ne nous demande rien qui nous soit impossible. C’est de Lui seul que vient la force du dépouillement.

Par ailleurs, nous ne sommes pas tous appelés au dépouillement de Saint-François d’Assise. Mais nous sommes tous appelés à la sainteté, chacun selon son état et sa vocation, laïc, religieux ou prêtre, en devenant les disciples de Jésus, dans la fidélité à notre baptême. Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin, appelés à partager la mission du Christ et à former, avec tous nos frères chrétiens, une Eglise de vrais disciples missionnaires.

F. Jean-François JACQ


1er septembre 2019 – 22e dimanche du Temps de l’Eglise

Quelle sera ma place cette année ?

Après les vacances et ces quelques semaines de saison estivale qui ont permis à certains de se ressourcer, de faire le point, à d’autres de prendre un repos bien mérité, début septembre, nous reprenons peu à peu nos activités de toutes sortes : travail, associations diverses, réunions scolaires, paroissiales, etc. et pour les jeunes, école, collège, lycée, université ou entrée dans la vie active.

Chaque début d’année est une occasion de re-départ.

Que chacun de nous se demande, avec un cœur neuf, comment il va servir cette année. La cité humaine, comme l’Eglise, demandent de nombreux bras actifs et intelligents, qui s’engagent pour les autres, comme de bons serviteurs.

Parce que Dieu est amour, parce que Dieu est service, les disciples de Jésus, devraient être les premiers à se mettre humblement à la disposition de tant d’engagements dont les autres ont besoin.

Ne serait-ce pas le sens profond de l’évangile de ce dimanche où Jésus nous demande, paradoxalement, de prendre la “dernière place”, c’est à dire la place du service ? Oui, quelle place vais-je faire à Dieu et aux autres tout au long de cette nouvelle année pastorale ?

Peu importe la place, l’essentiel est de nous mettre au service avec les talents et les qualités que nous avons. Et si c’est la dernière place qu’il nous est demandé de prendre, c’est peut-être pour que mon prochain ait toute la place. Celui qui sait ce que c’est que d’aimer, comprend cela. Qui ne sait aimer, ne comprendra jamais. Celui qui est le plus serviteur –le dernier-, c’est celui qui est le plus amour ! Dieu, s’est fait serviteur, a pris la dernière place, pour que nous, nous soyons élevés.

Bonne rentrée à tous, et bon chemin avec Jésus et avec nos frères et sœurs.

Jean-Luc, diacre


1er septembre 2019 – 22ème Dimanche du Temps de l’Eglise

Quelle sera ma place cette année ?

 Après les vacances et ces quelques semaines de saison estivale qui ont permis à certains de se ressourcer, de faire le point, à d’autres de prendre un repos bien mérité, début septembre, nous reprenons peu à peu nos activités de toutes sortes : travail, associations diverses, réunions scolaires, paroissiales, etc. et pour les jeunes, école, collège, lycée, université ou entrée dans la vie active.

Chaque début d’année est une occasion de re-départ.

Que chacun de nous se demande, avec un cœur neuf, comment il va servir cette année. La cité humaine, comme l’Eglise, demandent de nombreux bras actifs et intelligents, qui s’engagent pour les autres, comme de bons serviteurs.

Parce que Dieu est amour, parce que Dieu est service, les disciples de Jésus devraient être les premiers à se mettre humblement à la disposition de tant d’engagements dont les autres ont besoin.

Ne serait-ce pas le sens profond de l’évangile de ce dimanche où Jésus nous demande, paradoxalement, de prendre la “dernière place”,c’est-à-dire la place du service ? Oui, quelle place vais-je faire à Dieu et aux autres tout au long de cette nouvelle année pastorale ?

Peu importe la place, l’essentiel est de nous mettre au service avec les talents et les qualités que nous avons. Et si c’est la dernière place qu’il nous est demandé de prendre, c’est peut-être pour que notre prochain ait toute la place. Celui qui sait ce que c’est que d’aimer, comprend cela. Qui ne sait aimer, ne comprendra jamais. Celui qui est le plus serviteur –le dernier-, c’est celui qui est le plus amour ! Dieu, s’est fait serviteur, a pris la dernière place, pour que nous, nous soyons élevés.

Bonne rentrée à tous, et bon chemin avec Jésus et avec nos frères et sœurs.

Jean-Luc, diacre


30 juin 2019 – 13ème Dimanche du Temps de l’Eglise

Les vacances d’été sont bientôt là. La paroisse va se vider et une certaine torpeur s’installer. Pourtant chacun attend avec impatience ce moment. C’est l’occasion de voyages, de visites, de réunions familiales. On retrouve les grands parents, les cousins et cousines, oncles et tantes souvent éloignés géographiquement. Le repos, les activités de loisirs et de détente sont souvent et à juste titre le centre de nos préoccupations. N’oublions pas que la joie est ce que souhaite pour nous le Seigneur. Au milieu de tout cela, il est possible d’oublier un peu notre Foi et notre pratique des sacrements. Ceci est peut-être nécessaire et rejoint le terme de vacance au sens de dispense, d’espace vide.

Pour d’autres ce temps vacant est l’occasion de découvrir une autre paroisse sur leur lieu de villégiature ou de retrouver la paroisse de leur enfance, ou encore de découvrir d’autres formes de pratique en Eglise comme des rassemblements de mouvements chrétiens, des retraites. En comparant, nous pourrons nous rendre compte du caractère extraordinairement riche de la vie de notre paroisse. Nous pourrons également nous inspirer des initiatives prises ailleurs. Et le plus important, à mon sens, c’est l’occasion de rendre Grâce pour notre paroisse.

Le temps des vacances est aussi un espace où l’on peut privilégier la réconciliation avec soi-même. L’homme pécheur est un homme intérieurement divisé, désuni, tiraillé voire déchiré par des passions contradictoires. Cette réconciliation avec soi-même est nécessaire à une réconciliation avec Dieu. Le principe de ces deux réconciliations est également posé sur la Croix. Cette réconciliation est synonyme de paix intérieure, de sérénité. Quels en sont les moyens concrets ? Il est possible de faire le bilan de l’année écoulée à la fois des points négatifs, mais surtout des points positifs et des points à améliorer ou changer. C’est une forme de relecture de vie qui permet de ne pas se leurrer et de repérer la distance qui sépare nos objectifs de la réalité vécue. Il ne s’agit pas de se culpabiliser, il est seulement utile de réajuster ses objectifs par rapport à ce que nous avons vécu et ce que la vérité de ce vécu nous a renvoyé. Il est tout aussi important de se féliciter soi-même afin de ne pas oublier tout l’aspect positif, aspect le plus souvent minimisé.

N’oublions pas non plus d’avoir une pensée pour ceux qui ne peuvent partir se reposer ou se divertir en raison de difficultés pécuniaires ou de santé. Belles vacances et retrouvons-nous à la rentrée avec plaisir et le désir de faire communauté.

Jean-Marie BIEVELEZ


23 juin 2019 – Dimanche du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ ~ Solennité

Grand coup de vent à la cathédrale

Dimanche 9 juin un grand vent s’est levé, dans la cathédrale, où près de 100 confirmands ont reçu l’effusion de l’Esprit Saint. L’assemblée, qui remplissait la nef jusqu’au dernier rang, retint son souffle quand l’évêque et la vingtaine de prêtres qui l’entouraient levèrent les mains pour appeler l’Esprit à faire demeure dans les cœurs de tous ces jeunes chrétiens (et certains moins jeunes !) venus se présenter au terme d’une année d’intense préparation. Les dons descendirent sur eux, comme sur les apôtres dix jours après l’Ascension. Puis ce fut le rite de l’onction de l’huile sainte : chaque confirmand se présenta devant le célébrant pour recevoir cette dignité, plus précieuse que tous les emplois, charges ou honneurs que le monde peut offrir. Munis de cette force, ils pourront, dans toutes les situations de la vie, rendre témoignage à la vérité, dénoncer le mal, réparer les injustices. Ces artisans de paix ont tant de travail : pas une minute à perdre !

Mgr Vuillemin a lu des extraits des lettres qu’il a reçues. Plusieurs d’entre elles expliquaient la demande par un besoin de retour au Père après des années d’errance morale. La foi chrétienne offre un cadre de vie, dans des communautés solidaires ; elle ouvre à nos existences une perspective riche de joie et d’espérance ; elle est une inépuisable source de grâce. L’évêque a réaffirmé l’importance de la lecture assidue des Ecritures, nourriture quotidienne de notre foi et moyen de mieux comprendre notre temps. Il a mis en garde contre la tentation, toujours présente, et peut-être aujourd’hui plus que
jamais, de se faire une religion selon nos goûts, et un Dieu à notre mesure. Dieu est plus grand que tout, le psaume de ce jour nous le rappelle. Nous-mêmes ne sommes justifiés dans notre existence que par l’acte de louange que nous faisons monter vers Lui.

Au supermarché des croyances, on trouve de tout. Il n’y a qu’à voir les publications qui fleurissent dans nos librairies, aux rayons «développement personnel» ou «spiritualités». Des jeunes peuvent être tentés par ces marchands d’imposture, et chercher hors des grandes traditions religieuses à se frayer leur propre chemin. Ce dédain des confessions traditionnelles est une des nombreuses manifestations de l’orgueil moderne, qui atteint des sommets en matière de bioéthique, comme les récentes déclarations du gouvernement nous le font voir. Il en est de même du mariage, de la famille, de la sexualité : chacun érige ses désirs en norme, et fait de son bon plaisir un droit. Dans ce monde déboussolé, la centaine de confirmés de Metz porte la responsabilité de dire et de vivre la vérité ; avec l’aide de l’Esprit, la croix deviendra légère et la mission exaltante.

Nicolas Brucker


16 juin 2019 – Dimanche de la Sainte Trinité

Allez hop : je dessine ! Le thème de ce jour : la Trinité, un seul Dieu en trois personnes… un en trois : bigre !

Allez, je commence par le plus facile : Jésus. A vrai dire, je n’ai pas fait mon service militaire avec lui, mais je l’imagine bien : avec une djellaba, une barbe, un teint basané.

Jusque-là, ça va. Jésus nous parle de « son Père et notre Père ». Je pourrais peut-être dessiner maintenant un père avec des cheveux blancs, père que Jésus appelle « Abba », « Papa ». Mais comment le dessiner lui qui aussi est le créateur du monde ? Je ne vais tout de même pas le dessiner à l’image d’un homme, sa créature ! Si ? Et le Saint-Esprit, comment le dessiner ? Il est « souffle », et donc impalpable… Ouah ! comment faire ?

La Trinité : faut-il alors que je dessine trois personnages, qui se ressemblent pour montrer qu’est Dieu chacun ? Trois dieux alors ? Non : un seul Dieu proclamons-nous dans le Credo ! Mais comment dessiner leur trinité-une ? Impossible !

Cela est très bien ainsi : Dieu n’est-il pas plus grand que nous, plus large, plus profond que notre intelligence limitée à notre humanité ? J’aime bien ce casse-tête, non pas parce qu’il y a un calcul de « maths modernes » dingue à faire : 1 + 1 + 1 = 1, mais parce que cela nous conduit à penser que Dieu n’a pas été inventé par les hommes. Ne disons jamais trop vite : je sais ! Qui prétend enfermer de la lumière n’emmagasine que de l’ombre. Qui aurait pu inventer un dieu pareil ? Ne disons donc jamais : « Moi, je sais ! ». Nous sommes toujours aux marches du palais. Qui prétend enfermer de la lumière n’emmagasine que de l’ombre.

Dieu-Trinité ? Il s’est révélé ainsi au long de la Révélation : Père et Fils et Saint-Esprit.

Non pas que ce soit là trois modes de présentation de Dieu : un Dieu d’abord en habits de Père, puis en habits de Fils, enfin en habits d’Esprit. Dans l’Ancien Testament est révélé le Créateur-Père qu’accompagnent « une sagesse », le Fils, et un Souffle qui donne souffle divin à l’histoire des hommes. En Jésus est révélé le Fils éternel de Dieu, Sauveur et non guérisseur, dont l’Esprit fait de nous des enfants du Père à son image. En l’Esprit est révélé qu’il est l’Esprit d’Amour du Père et du Fils, Amour divin surabondant « qui nous est donné par l’Esprit répandu en nos cœurs. »

P. Jean-Claude DREHER


9 juin 2019 – Dimanche de Pentecôte

« Il y eut comme un grand coup de vent »

Si au matin de Pâques, quand Jésus surgit du tombeau, il y eut un tremblement de terre, je dirais qu’au jour de la Pentecôte ce ne fut pas simplement un grand coup de vent, mais un véritable tsunami qui ébranla les disciples, qui les fit sortir de leur torpeur et les poussa à aller, pas simplement vers les gens qui étaient à Jérusalem ce jour-là, mais jusqu’aux limites du monde, pour arriver jusqu’à nous aujourd’hui. Pour annoncer : Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Alléluia.

Ce jour-là, à Jérusalem, l’Esprit-Saint n’avait pas pris l’apparence d’une brise légère comme au temps du prophète Elie ! A la Pentecôte, c’est un ouragan qui survient, propageant un feu insaisissable que rien ne pourra éteindre, jusqu’à aujourd’hui encore. Il est le mystère de l’amour plus fort que la mort, plus fort que la peur. A la Pentecôte, ce vent est une force clairement visible par ses effets. L’Esprit de Pentecôte est un vent fort, telle une audace incroyable, qui pousse au loin les craintes, celles surtout qui empêchent d’aimer ou de s’engager.

L’Esprit est audace. C’est lui qui poussa Pierre à parler, lui l’homme craintif qu’il était. L’Esprit est le risque que Dieu prend de nous faire confiance. Il est l’audace de Dieu qui ose nous confier l’Evangile afin que nous en vivions et le proposions à d’autres comme un feu qui ne s’éteint pas.

Par nous, à travers nous, partout où l’on étouffe l’Amour, le Souffle de Dieu tente de redonner vie. Il suffit pour cela d’écouter, à l’intime de nous-mêmes, une langue aux mots brûlants. Ce n’est pas une langue morte, elle nous vient de Dieu lui-même, toujours à l’œuvre dans notre monde.

Jean-Luc, diacre


2 juin 2019–7ème Dimanche de Pâques

Ne cherchons pas l’unité dans la nostalgie du passé

mais dans le défi que Jésus nous lance pour aujourd’hui et demain !

L’évangile de ce dimanche nous plonge une fois de plus dans un moment d’une intensité saisissante : Jésus formule sans doute l’une de ses dernières prières avant d’être livré sur la croix. Son ultime demande au Père semble être celle de l’unité. Celles et ceux qui ont fait un parcours Zachée ou se sont intéressés à la doctrine sociale de l’Église, savent que l’unité est le ciment de notre société, car l’unité est tout simplement la vie. N’est-ce pas dans l’unité que forment une femme et un homme que naît la vie ? A l’inverse, ne dit-on pas d’un cadavre qu’il se décompose ? Et que dire du diviseur, « diabolos » (signifiant « qui désunit » en grec byzantin) qui cherche à nous éloigner de Dieu ?

Alors oui, notre mission de baptisé est bien de reconquérir cette unité que les forces du mal n’ont de cesse de persécuter dans le monde qui nous entoure : œuvrer pour une société au service de chacun et où chacun contribue au rapprochement avec les autres. Quel idéal me direz-vous ! Mais est-il pour autant inatteignable ? Sur ce point, l’enseignement de Valérie Le Chevalier m’a plutôt rassuré. Elle nous a fait découvrir que Jésus n’avait pas pour mission de bâtir une grande communauté universelle et unie (celle que nous portons peut-être encore dans nos rêves), mais plutôt de diffuser la Bonne Nouvelle à partir du témoignage de quelques disciples sur le fondement de la confiance en l’Homme. Je le traduirais par une unité à construire chaque jour plutôt qu’une unité reçue et à « mettre sous cloche ». La prière de Jésus dans l’évangile de ce dimanche ne dit pas autre chose : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui […] croiront en moi » (Jn 17, 20). L’unité n’est pas l’héritage que Jésus nous laisserait à la veille de sa mort, mais le défi qu’il nous lance pour demain et en toute confiance, puisque l’amour de Dieu sera toujours à l’origine de ce projet fou : « Je le ferai connaître [Ton Nom], pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux » (Jn 17, 26).

Björn DESMET


26 mai 2019 – 6ème Dimanche de Pâques

« Une église pour tous »

Nous sommes à Antioche, en l’an 50 après Jésus-Christ. Il y a des chrétiens d’origine juive et des chrétiens d’origine païenne ; mais peu à peu, entre eux, la cohabitation devient de plus en plus difficile : leurs modes de vie sont trop différents.

Et voilà qu’un jour des chrétiens d’origine juive sont venus tout exprès de Jérusalem pour envenimer la querelle en expliquant qu’on ne doit admettre au baptême chrétien que des juifs. Concrètement, les païens sont priés de se faire juifs d’abord (circoncision comprise), avant de devenir chrétiens.

Derrière cette querelle, il y a au moins trois enjeux :

  • Premièrement, faut-il viser l’uniformité ? Pour vivre l’unité, la communion, faut-il avoir les mêmes idées, les même rites, les mêmes pratiques ? La réponse est non.
  • Deuxièmement, tous ces chrétiens, de toutes origines, souhaitent rester fidèles à Jésus-Christ, c’est évident !… Mais concrètement, en quoi consiste la fidélité à Jésus-Christ ? Réponse : la fidélité n’est pas la reproduction d’un modèle figé dans le temps. C’est la volonté de témoigner à chaque époque d’un visage contemporain du Christ. Aujourd’hui, qui est Jésus ?
  • Enfin, il y a un troisième enjeu, plus grave encore : le salut est-il donné par Dieu sans conditions, oui ou non ? « Si vous ne recevez pas la circoncision, vous ne pouvez pas être sauvés », c’est ce qu’on commence à entendre à Antioche. Cela voudrait dire que Dieu lui-même ne peut pas sauver des non-Juifs. C’est impensable. Le Salut est offert à tous, sans distinction.

Nous connaissons la finale de cette histoire : les Apôtres n’imposeront à la communauté chrétienne que les règles qui permettent de maintenir la communion fraternelle. C’est sûrement la meilleure manière d’être vraiment fidèle à Jésus-Christ, lui qui a dit : « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». Jn 13, 35

Philippe BOISSE

 

 


19 mai 2019 – 5 ème Dimanche de Pâques

Nous vivons une crise de l’Eglise dans un monde en crise. L’une tient aussi à l’autre. Comment le monde ne serait-il pas en recherche de sens si l’Eglise perd ses repères? Comment la barque de Pierre pourrait-elle naviguer sans craintes et tremblements dans un monde chaviré?
Depuis 20 siècles, les crises n’ont jamais cessé. Plus ou moins graves. Dans le monde comme dans l’Eglise, le livre de l’Apocalypse nous laisse les traces de la crise majeure, de la « grande épreuve » vécue à l’époque de sa rédaction. Paul et Barnabé qui fondent l’Eglise en Turquie, en désignant des « Anciens » mettent en place les structures de base indispensables à la pérennité de l’Annonce de la Bonne Nouvelle : nous sommes aimés de Dieu, nous vivons dans un monde aimé par Dieu. Dieu a tant aimé ce monde qu’il lui a donné son fils unique (Saint Jean,chapitre 3 verset 16).
Mais Paul et Barnabé savent que les structures ne suffisent pas : ils prient, jeûnent et confient ces Anciens au Seigneur pour qu’ils soient, comme eux, « remis à la grâce de Dieu ». Chrétiens baptisés, disciples de Jésus notre Maître, nous savons que pour aider ce monde à se convertir à l’amour, à la justice et au partage, nous n’avons pas d’autre chemin à suivre que celui d’aimer COMME lui.
Pour que notre foi soit rayonnante, il nous faut entrer de toutes nos forces en dialogue fraternel avec ce monde difficile, qui nous déboussole souvent, qui ne cesse de nous nourrir et pour lequel notre baptême nous a fait prophètes.
« Aimez-vous les uns les autres » nous demande Jésus. Mais comment? Après le lavement des pieds, Jésus dit aux disciples « Comprenez-vous ce que je vous ai fait? … Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné l’exemple pour que vous agissiez COMME j’ai agi envers vous. » (Saint Jean chapitre 13 verset 12 à 15)

Jean Vanier, qui vient de nous quitter, lui qui nous a appris à regarder autrement les petits, les pauvres, les personnes handicapées, a montré à notre monde ce qu’est l’Eglise de Jésus-Christ mieux que beaucoup de grands théologiens.
Au moment où nous entamons en archiprêtré ces « 24 heures pour Dieu », nous nous souvenons que l’unité avec le Seigneur ce n’est pas seulement les mains jointes mais les mains ouvertes !

Denis VELFERT


12 mai 2019 – 4 ème Dimanche de Pâques

« L’âme » de la foi

Je suis frappé de constater, dans les milieux que je fréquente, l’intérêt que suscite le christianisme, et en même temps la méfiance qu’inspire toute espèce de pratique religieuse. Jamais sans doute on n’aura été aussi loin dans l’écart entre la connaissance et la mise en pratique. Or une religion est, de l’avis même des anthropologues, d’abord une pratique. certes faire ne dispense pas de comprendre – et en la matière le christianisme a, dès ses origines, favorisé l’instruction des croyants – mais, dans l’autre sens, comprendre ne dispense pas de faire.

La pratique est au cœur d’une vie de foi. Elle en est « l’âme ». Comme on parle de l’âme d’un violon : cette petite tige d’épicéa qui, placée entre la table et le fond, assure au violon sa solidité et en même temps transmet les vibrations dans l’instrument. La pièce la plus modeste, la plus pauvre, et pourtant la plus essentielle. La pratique religieuse a aussi une pauvreté qui en fait, aux yeux des savants et des puissants, une bien négligeable chose. Pourtant d’elle dépend l’accès aux trésors de la vie spirituelle. Marie est pour nous le modèle d’une foi en pratique. Aussi doit-elle occuper dans nos existences une place centrale. Elle est ce pilier caché au cœur de nos vies,qui donne à chacune d’elles ce qui lui est propre : son timbre inimitable, sa couleur sans pareil, cette nuance unique et parfaite.

Beaucoup de chrétiens de France se tiennent aujourd’hui à la périphérie de l’Eglise. Qui seront les Paul et les Barnabé capables de les rejoindre? de leur parler? de les écouter? Et au-delà; comment rejoindre nos frères des autres traditions religieuses? Il est sûr que, là encore, Marie est notre meilleur guide. Aimée et honorée dans tout le Proche-Orient, elle fait déjà le lien entre chrétiens et musulmans. Quelle meilleure ambassadrice? Modèle de fidélité en Dieu, c’est par elle que doit advenir le renouveau spirituel dont l’occident a besoin et la paix entre les nations dont rêve l’humanité.

Nicolas Brucker


5 mai 2019 – 3 ème Dimanche de Pâques

Ce dimanche la lecture du livre des actes des apôtres montre que des apôtres, interrogés par le Conseil suprême, répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. En effet, nous sommes témoins avec l’Esprit Saint, que Dieu a élevé Jésus pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. »

En ces périodes troublées pour l’église catholique, cette réponse des apôtres peut nous sembler difficile à entendre, surtout si nous considérons que certains clercs voudraient ainsi se soustraire à la justice humaine au nom de Dieu.

Mais, en écoutant le pape François dans ses paroles après par exemple, sa rencontre avec les responsables marocains, je comprends la réponse des apôtres comme un appel à user de notre « conscience » qui est nécessaire pour ne pas s’en tenir uniquement aux injonctions données, afin qu’avec l’Esprit Saint qui nous éclaire, nous sachions voir dans les autres nations la possibilité du mieux « vivre ensemble » et prier pour pouvoir
pardonner, même à nos ennemis qui veulent nier la miséricorde de Dieu.

Certes l’église des hommes peut nous sembler ne pas correspondre à nos attentes mais l’Eglise est d’abord communion, nous sommes tous membres du corps du Christ, et c’est à lui que nous devons nous référer pour que nos actes soient en conformité avec nos paroles.

Olivier JONCQUEZ


28 avril 2019 – 2ème Dimanche de Pâques Dimanche de la Miséricorde

« Une béatitude et non pas une hébétude »

 Saint Thomas voulait voir et toucher Jésus. En fait c’est Jésus qui nous prend dans ses mains. C’est Jésus qui façonne notre cœur à l’image du sien. C’est le défi de la confiance.

Saint  Thomas voulait des preuves et s’en tenir tranquillement à ces dernières, sans nul autre souci d’avenir. En fait, il sera toujours difficile de vivre l’Evangile au quotidien. Il nous faudra, chaque matin, reprendre la lutte, reprendre le combat. C’est le défi de la persévérance.

Saint Thomas voulait voir et toucher Jésus, c’est-à-dire obtenir la preuve scientifique du Christ ressuscité. Vers quelle liberté cette preuve l’aurait-elle conduit ? C’est le défi de la liberté. La foi ne s’impose pas mais elle se propose et se reçoit.

 « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » nous dit le Christ.

C’est une béatitude.

Si nous sommes croyants sans avoir vu le Seigneur… à moins que je ne sois le seul à ne pas l’avoir vu…. se pose donc, pour chacun de nous, cette question : « suis-je heureux ? ». Car il ne s’agit pas simplement de « croire sans avoir vu », mais bien avant tout, d’« être heureux » en croyant sans avoir vu. En d’autres termes, la foi au Christ ressuscité me rend-t-elle heureux ?

La confiance, la persévérance et la liberté sont trois critères, trois points de repères,  qui nous rappellent que le bonheur n’est pas un but que l’on poursuit, mais avant tout un fruit que l’on recueille sur les chemins de la foi.

Philippe BOISSE


21 avril 2019 – Pâques, Dimanche de la Résurrection

« L’expérience du tombeau vide… »

Les siècles ont passé. Aujourd’hui, le monde contemporain se reconnaît difficilement dans les valeurs chrétiennes. La foi ne joue plus un rôle central dans la vie de nos sociétés. Pour vivre, nombre de nos contemporains déclarent ne pas avoir besoin de Dieu. Ils préfèrent le bonheur de ce monde à la vie éternelle. Mais voilà, quel goût prend la fête quand on festoie sur le fond d’une existence qui partirait du hasard pour rejoindre le néant ? C’est aujourd’hui toute l’ambiguïté de notre monde moderne qui possède apparemment tout ce qu’il lui faut pour être heureux. Alors d’où vient ce malaise ?

Pour divers motifs, beaucoup de philosophes ont opposé la raison et la foi. Certains ont même annoncé la mort de Dieu. Certes, il y a un temps pour douter. Le doute est nécessaire. Mais à trop douter, nous risquons le malaise. Ainsi à quoi sert le doute quand il s’identifie à l’entêtement ? L’entêtement aboutit à une impasse. Il enferme l’humanité dans une prison. Or comment vivre si, au départ, nous condamnons la vie en jugeant qu’elle mène au néant ?  Pourquoi penser et se mettre en quête de vérité, si nous supposons qu’il n’y a aucune lumière à trouver parce que le fond des choses est néant ? Pire encore, pourquoi aimer si la vie n’est pas fondamentalement aimable, car rien ni personne ne l’aime dans l’infini ? Il faut se rendre à l’évidence, quand il n’a pour seul horizon que le néant (ontologique), l’homme moderne a du mal à penser, à vivre  et aimer.

Il y a deux mille ans, à travers l’expérience du tombeau vide, les premiers disciples nous ont partagé un chemin qui peut nous conduire hors des impasses de l’absurde de la mort et du néant. En ce matin de Pâque, l’ouverture du tombeau de Jésus est venu interpeller le vide de toutes les certitudes closes et définitives sur lesquelles nous bâtissons trop facilement notre vie.

Philippe BOISSE


14 Avril 2019 – Dimanche des Rameaux et de la Passion

Chemin de conversion ou chemin de croix ?

Nous voici maintenant engagés avec Jésus sur la dernière étape de la route vers Jérusalem. Cette route de tous les possibles passe par Béthanie et Bethphagé pour se terminer au Golgotha. Cette route commence dans la joie et les acclamations d’une foule en liesse pour se terminer sous les cris d’une foule révoltée cherchant à tout prix en Jésus son bouc émissaire, dont la seule issue devient la mort. Que s’est-il passé en si peu de temps, à si peu de distance pour engendrer un tel retournement de situation ? Reprenons les choses au début : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » : tels sont les mots qui ont accompagné notre entrée en carême, mots que nous avons été invités à approfondir lors des « samedis du carême à Plantières ». Alors où en sommes-nous sur notre chemin de conversion en ce début de semaine sainte ? : encore sous les palmes de « l’arbre vert » ou déjà sur le bois en croix de « l’arbre sec » ? (Lc 23, 31). Il me semble que notre conversion ne pourra réellement trouver son aboutissement qu’au lieu-dit du Crâne, sous la croix du Seigneur offrant sa vie pour nous. Car, ne faut-il pas mourir pour vivre ? Rappelons-nous ces paroles de Jésus prononcées un peu plus tôt sur la route : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Notre chemin de conversion ne pourra donc se poursuivre qu’en chemin de croix pour devenir réellement chemin de foi. N’ayons donc pas peur de nous engager sur la route qui va de Gethsémani au Golgotha : quant à la direction à prendre, seul l’Esprit Saint pourra nous guider. Certains auront peut-être la chance de prendre un raccourci comme Simon de Cyrène à qui la croix fut confiée au retour du travail. D’autres y consacreront un projet de vie. Peu importe puisqu’une chose est sûre : Dieu nous conduira au tombeau vide. Belle semaine sainte à toutes et tous.

Björn DESMET


7 avril 2019 – 5ème Dimanche de Carême

« Voici que je fais une chose nouvelle, elle germe déjà … »

Au début de la 1ère lecture le prophète Isaïe retrace en quelques mots « la sortie d’Egypte ». Dans l’Ancien Testament cet événement est sûrement l’action de Dieu la plus importante pour les hébreux. Les prophètes n’auront de cesse de rappeler à Israël cette libération éclatante.
Mais curieusement ici le Seigneur appelle à ne plus s’accrocher aux actes passés, aussi grandioses soient-ils, mais à croire que Lui est le même, toujours aussi puissant et glorieux que par le passé : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? » (1ère lect)

Et le psaume confirme cette action actuelle du Seigneur : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur. » (Ps)

Dans une même démarche Paul s’adresse aux Philippiens en leur disant : « oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours … » (2e lect)

Certes on ne peut oublier totalement le passé, mais il faut avancer dans sa foi et Jésus nous le montre bien à propos de la femme adultère. Les scribes et les pharisiens condamnent la femme à la lapidation en ne s’appuyant que sur la loi (ancienne) de Moïse. Ils n’ont pas compris que Jésus, sans abroger cette loi, apporte une loi nouvelle : celle de la tendresse, de l’amour, du pardon : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va … » (Evang). Mais cela fait moins de bruit ; c’est moins spectaculaire qu’une lapidation.

En ce temps de carême la Parole de ce jour nous invite à regarder l’œuvre de Dieu aujourd’hui. Certes autour de nous, nous voyons tous les problèmes du monde et de l’Eglise.
Nous avons l’impression que le Seigneur nous oublie et cela n’est pas nouveau. De nombreuses fois dans l’Ancien Testament le peuple crie son désarroi en disant : « Le Seigneur m’a oublié ; la droite du Très Haut a changé. » (Ps 77) Mais comme au Buisson Ardent, encore aujourd’hui, Dieu nous dit : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple. » (Ex3)

Soyons sûrs que, maintenant, le Seigneur agit encore avec force et puissance, non pas comme nous le désirons mais selon ce qu’il sait bon pour nous. Demandons-Lui, dans ce temps qui nous sépare de Pâques, de voir, au-delà de tout le tintamarre qui nous entoure, ces choses nouvelles qui germent déjà.

Peut-être sommes-nous inquiets ou éprouvés. Avançons avec cette certitude que la parole du psalmiste est vraie : « Il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence ; il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes. » (Ps)

Guy NOEL


31 Mars 2019 – 4ème Dimanche de Carême

Le temps d’un trajet

Un célèbre roman de Michel Butor décrit le voyage d’un homme qui se rend de Paris à Rome : il doit y retrouver sa maîtresse et lui annoncer qu’il quitte sa femme. Le temps du trajet lui fait modifier son intention première. Il décide finalement de rester avec sa femme. Il en est sans doute ainsi du Fils prodigue : on peut imaginer que sa première intention, en revenant chez son père, était d’abord de retrouver une vie décente, loin de la misère épouvantable qu’il endurait alors. Et puis, en cheminant il s’est souvenu de ce père qu’il avait si brusquement quitté, en réclamant son bien, sans désir de le revoir jamais. Il s’est souvenu de son enfance, du bonheur du foyer, de la tendresse paternelle, jamais lassée par un fils dont on peut supposer le caractère indocile. Ce visage du père aimant a cheminé à ses côtés pendant tous ces kilomètres, et ce qui n’était qu’un voyage de retour s’est transformé en une montée, un pèlerinage, véritable chemin de conversion. Les mots qu’il a alors prévus de lui dire ont jailli de son cœur repentant comme un cri d’amour : nul calcul, nulle ruse, mais l’élan retrouvé de l’enfant qui court au-devant des bras paternels, sûr que pour lui ils seront toujours ouverts.

Les trajets, pour peu que leur lenteur le permette (21h pour le Paris-Rome en 1957 !), sont le moyen d’un retour sur soi. L’incroyable succès de la route de Compostelle depuis une vingtaine d’années est sans doute à mettre au compte d’un besoin pour chacun d’entre nous de faire le point, loin de l’agitation des grandes villes, du rythme trépidant du quotidien, de l’inflation de communication que nous vivons en ce moment. Les grands pèlerinages ont repris vie. En partant, chacun espère subir cette radicale transformation qu’on appelle la conversion, et qui est souvent plus intérieure et moins spectaculaire qu’on ne le dit, mais qui advient comme le fruit d’un patient effort pour laisser entrer la lumière en soi, dissiper les ombres, faire régner la justice et la vérité.

Comme le Prodigue, chacun aspire à rentrer à la casa, cette demeure d’un Père prodigue de son amour, et d’y goûter la joie pure et simple d’être à nouveau ensemble.

Nicolas Brucker


24 mars 2019 – 3ème Dimanche de Carême

La prière d’ouverture, lue juste avant que les fidèles s’assoient pour écouter les lectures, passe souvent inaperçue, pourtant cette prière donne, en général, l’accent principal des lectures et l’orientation spirituelle du dimanche. Lisons-la avec attention :

« Tu es la source de toute bonté, Seigneur, et toute miséricorde vient de toi ; tu as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage ; écoute l’aveu de notre faiblesse : nous avons conscience de nos fautes, patiemment, relève-nous avec amour. Par Jésus Christ… »

Ainsi celle de ce dimanche rappelle le déroulement du Carême mais aussi la patience de Dieu comme l’indique l’évangile avec l’intercession faite par le vigneron en faveur du figuier.

La patience du vigneron n’en ressort que mieux, cela fait trois ans que ce figuier ne donne pas de fruit, mais cela n’est pas une raison pour abandonner… au contraire, il faut lui donner de nouveaux nutriments. Jésus, comme ce serviteur, ajoute un enseignement à la Parole de Dieu qui a été donnée au cours des âges. Cet enseignement nouveau est prodigué dans l’espoir que la Parole entre enfin dans le cœur des hommes, et pour cela Jésus intercède auprès du Père afin qu’il montre sa miséricorde.

Chaque croyant est ce figuier car la Parole est en nous : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. » (Deutéronome 30,14) mais nous avons besoin du fertilisant de l’Esprit que le Fils a promis d’envoyer lorsqu’il serait retourné auprès du Père : « il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. » (Jean 16,7). Ainsi lorsqu’il reviendra, il nous trouvera portant du fruit : « Et il y a ceux qui ont reçu la semence dans la bonne terre : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent, et ils portent du fruit : trente, soixante, cent, pour un. » (Marc 4,20)

Le Carême est un temps favorable pour accueillir la Parole et la mette en pratique !

Jean-Luc, diacre


17 mars 2019 – 2ème Dimanche de Carême

Pourquoi s’en priver ?

Le pardon est lié à la Foi et au Baptême, qui est le premier et principal pardon des péchés. L’Eglise est le lieu où se fait la rémission des péchés par le sang du Christ et l’action de l’Esprit Saint. Le sacrement de Pénitence et de Réconciliation est la seconde planche de salut après le naufrage qu’est la perte de la grâce baptismale. En effet la vie nouvelle reçue par le Baptême n’a pas supprimé la fragilité et la faiblesse de la nature humaine, ni l’inclination au péché. « Le Fils de l’Homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre », Marc 2,10. Jésus donne ce pouvoir aux hommes pour qu’ils l’exercent en son nom. Il l’a confié au ministère apostolique. Le pénitent pose les actes de contrition, de confession des péchés, d’expiation et de réparation exigée par la simple justice. Le sacrement de Pénitence est aussi un sacrement de conversion, démarche de retour vers le Père. Il n’y a ni limite ni mesure à ce pardon essentiellement divin. Cependant et c’est redoutable, cette miséricorde ne peut pénétrer notre cœur tant que nous n’avons pas pardonné à ceux qui nous ont offensés. L’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire.

En psychologie, le pardon fait partie par exemple des stratégies cognitives de prise en charge de la colère. Il s’agit d’abandonner le ressentiment vis-à-vis de l’autre plutôt que de se venger. Le « non pardon » pousse vers les ruminations sur le passé, la répétition des pensées et des émotions, la reviviscence des injustices. Il alimente la rancune, le désir de vengeance et de réparation. Le pardon, lui, nécessite de l’empathie pour l’agresseur, c’est-à-dire le considérer comme un autre être humain entier aux multiples facettes. Il ne requiert pas d’oublier, de minimiser, d’excuser, de se réconcilier avec l’agresseur, de lui dire qu’on lui pardonne, ni même de renoncer à la compensation et à la justice. On pardonne aussi pour soi, cela a un effet bénéfique sur la santé et des bienfaits psychologiques. Le pardon permet de tourner la page et de consacrer son énergie à des choses plus constructives. Il évite tous les pièges du « non pardon ». Il manque au pardon laïc toute la dimension de la Foi. Donc pourquoi s’en priver ? Le pardon est bon pour nous sur le plan spirituel, il plaît à Dieu, et il est bénéfique sur le plan psychologique.

Jean-Marie BIEVELEZ


3 mars 2019 – 8ème Dimanche du Temps de l’Eglise

« Qui jette des orties chez son voisin les verra pousser dans son jardin »

S’il est un respect de la vie privée il suppose celui du droit et du bien commun. Les seules turpitudes du clergé ne suffiront donc jamais à exonérer chaque français d’assumer, face à la nation, la responsabilité de ses mœurs.

Pour qu’un juste équilibre soit tenable, il faudra veiller à ce que la médisance et la calomnie ne puissent prendre le pas sur la justice et que les bavardages inutiles ne viennent pas occulter la nécessité du discernement.

Je pense ici aux propos de St Paul dans l’épître aux Colossiens : « Maintenant, renoncez à toutes ces choses, à la colère, à l’animosité, à la méchanceté, à la calomnie, aux paroles déshonnêtes qui pourraient sortir de votre bouche ».

Et je pense également aux propos tenus par Jésus : « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. »

De fait, les médisants sont des gens tristes. Ils ressemblent aux malheureux qui n’ont pas eu leur part d’évènements et doivent mener aux dépens de leurs voisins une existence parasitaire. Quant à celui qui fait ses délices voire même son commerce de leurs mauvais mots, s’il écoute ces médisances, il est encore plus coupable que celui qui les rapporte. Des médisances qu’il répètera, bien évidemment en citant leurs auteurs, mais uniquement pour s’en donner le plaisir sans danger. Comme le rappelle le bon sens populaire, les  » On dit  » et autres  » peut-être  » sont les deux huissiers de la médisance. Quant à la médisance elle-même, elle reste l’ennemi le plus mortel de la charité.

Philippe BOISSE


24 février 2019 – 7ème Dimanche du Temps de l’Eglise

Une joue… puis l’autre

             L’actualité de ces derniers jours nous donne, hélas, une ample matière pour méditer l’évangile de ce dimanche. Ce ne sont pas des poèmes qui ont fleuri dans les cortèges qui chaque samedi battent le pavé de nos villes, mais des insultes ; pas des preuves de générosité, mais des violences gratuites ; pas des signes d’intelligence, mais de la bêtise, et de la pire espèce. La haine s’exerce sur tout ce qui a visage humain. Emmanuel Lévinas a situé dans le visage le siège de l’humain, pour le meilleur et pour le pire. Nous n’accédons à l’autre que par son visage : son regard nous arrête, il nous oppose une résistance. C’est aussi pourquoi nous pouvons souhaiter l’anéantir. Le meurtre d’Abel est dans cet œil que ne peut soutenir son frère Caïn.

Le même visage qui inspire la haine doit aussi inspirer l’amour. C’est en somme ce que nous dit Jésus. Nous ne devons pas désespérer de l’homme. Sous la brute la plus épaisse sommeille l’enfant, fait à l’image du Père. Certaines des victimes d’actes antisémites n’ont pas souhaité porter plainte, de façon, argumentent-elles, à ne pas mettre d’huile sur le feu. Peut-être leur attitude sera-t-elle comprise comme un acte de générosité et d’amour ? Peut-être sera-t-elle au contraire interprétée comme de la lâcheté, et comme un encouragement à poursuivre dans la voie de la haine ?

Car il n’est pas d’amour sans justice. C’est tout le drame d’une époque où dans l’éducation, la société, la diplomatie, on confond tolérance et laxisme, bienveillance et indifférence, cool-attitude et individualisme. Quel avenir l’humanité se prépare-t-elle quand chacun, un casque ou des écouteurs sur les oreilles, va son chemin, bien à l’abri dans sa bulle, et hermétique au monde extérieur ? quand on préfère twitter plutôt que de se parler, regarder des photos plutôt que regarder des visages ?

            Si la communication moderne, soumise à l’injonction du tout économique, a supplanté l’échange humain, alors tendre l’autre joue a-t-il encore un sens ? Ne faut-il pas d’abord revenir à la réalité matérielle du face-à-face ? Ne faut-il pas prendre le temps de la rencontre ? Si l’amour est comme un levain dans la pâte, il lui faut plus que le temps d’un débat télévisé ou d’une manif pour porter du fruit. Mon visage ne désarmera celui qui me frappe que si l’humanité enfouie en lui a quelque chance de resurgir. C’est à ce prix que nous pouvons espérer devenir ce que nous sommes : l’image du fils bien-aimé de Dieu.

Nicolas Brucker

 


17 février 2019 – 6ème Dimanche du Temps de l’Eglise

« Il est où le bonheur ? »

Il ne suffit pas de ressentir un bref contentement pour être heureux. Une joie intense n’est pas le bonheur. Un plaisir éphémère non plus. Que dois-je désirer pour être vraiment heureux ?

A cette question, Jésus propose une réponse. Il nous rappelle que le bonheur, est un droit pour tous. En disant aux pauvres « Heureux êtes-vous », il ne leur demande pas de se résigner. Il leur rappelle simplement qu’ils sont capables de se dépasser vers des richesses plus élevées. De même, en disant aux riches « malheur à vous », ce n’est pas une condamnation ou une menace. C’est un constat éclairant : « De grâce, ouvrez les yeux et secouez-vous ». Sa volonté est d’arracher ces derniers aux bonheurs de pacotille pour les conduire, eux aussi sur les chemins du vrai bonheur.

Au-delà des apparences, Jésus vise la vérité des personnes. Certes, il y a le regard des hommes. Mais il y a surtout et avant tout le regard de Dieu. L’admiration des hommes se trompe souvent d’objet. Le regard de Dieu est différent. « Un pauvre a crié, Dieu l’entend » dit le psaume. Ou encore : « D’un cœur brisé et broyé, Dieu n’a point de mépris ». Les pauvres, les persécutés, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent, Dieu se penche sur eux. Dieu les regarde. Non pas en vertu d’un mérite de leur part mais en raison de leur situation même.

Le véritable bonheur proposé par le Christ s’enracine dans ce regard que Dieu porte sur chacun de nous. Un regard qui change notre vie parce que c’est un regard qui nous donne la force de prendre en main notre destin au-delà des richesses et pauvretés de l’existence.

Jésus n’entend pas justifier la misère, ni prêcher la résignation. Il ne donne ni recette, ni solution précises. Les Béatitudes ne sont en rien une garantie automatique accordée à une classe sociale. Qui que nous soyons, riches ou pauvres, elles viendront toujours nous provoquer à briser le cercle trop étroit de nos regards convenus.

Philippe BOISSE


10 février 2019 – 5ème Dimanche du Temps de l’Eglise

Un métier pas comme les autres ?

J’entends souvent dire, « vous travaillez dans la santé […], mais c’est pas un métier comme les autres… ». Cette affirmation m’interroge toujours, voire même suscite en moi un peu d’inquiétude : mais pourquoi donc l’imaginaire collectif nous catalogue-t-il « à part » ? Pourtant bien d’autres métiers, ont des contacts humains directs avec le public : un instituteur et ses élèves, un conseiller de Pôle Emploi qui accompagne le parcours de plusieurs personnes, les travailleurs du domaine social qui œuvrent quotidiennement sur les chemins de la réinsertion… les exemples ne manquent pas. En quoi l’aide-soignant(e), l’infirmier(e), le (la) médecin qui part tous les jours travailler (parfois très tôt), qui vit comme tout un chacun ses propres difficultés avec certains collègues ou bien son employeur…. devrait-il percevoir son emploi comme « différent » de celui qu’aucun autre? A-t ’il une responsabilité plus grande qui pourrait-être jugée plus sévèrement ?

Il est vrai que l’on peut tenter de dégager des « spécificités » des emplois dans la santé : la confidence qui contractualisée par « le secret », mais qui est indispensable face au corps nu, déformé, meurtri, aux histoires personnelles chaotiques, aux familles déchirées… La confiance pour accepter d’être aidé dans sa dépendance et de recevoir des soins qu’ils soient physiques ou psychologiques. L’indispensable humilité du personnel soignant face au patient qui prend la voie de la guérison quand d’autres nous échappent, face à celui qui remercie, quand finalement nous ne faisons « que » notre métier.

En cette semaine de la pastorale de la santé puissions-nous tous nous laisser interpeller par nos frères en souffrance, car c’est à eux que s’identifie le Christ : « J’étais malade et vous m’avez visité » (Matthieu 25, 36). Porteur de la même humanité, « nous sommes le corps du Christ et chacun de nous est un membre de ce corps ». Si les métiers de la santé sont au contact quotidien avec les malades, la routine ne doit pas amoindrir notre sensibilité à rester à l’écoute face à la souffrance et aux angoisses exprimées, comme tout un chacun qui fait un « autre métier », voit dans son prochain un frère.

Philippe Carassou


3 février 2019 – 4ème Dimanche du Temps de l’Eglise

L’amour jamais ne passera.

L’hymne à la Charité de saint Paul que nous propose la liturgie de ce dimanche nous invite à aimer non pas à travers de belles paroles et de beaux discours mais en actes et en vérité.

A aimer comme Dieu nous aime, d’un amour sans limite et gratuit. Que ce soit à l’intérieur de notre couple, avec nos amis, nos familles ou les gens que nous aidons, C’est cet amour qui doit habiter chacun de nos faits et gestes. Nous aurons beau avoir toutes les meilleures intentions du monde, si nous ne posons pas nos gestes par amour, nous passons à côté du plus grand bonheur qui soit.

Chaque fois que je pose un acte d’amour, de tendresse, d’amitié, de convivialité ou de solidarité, de don de ma personne, ce sont des fleurs que je sème sur mon chemin d’homme ou de femme. Des fleurs qui grâce à moi font que notre terre est plus belle, plus à l’image de ce que Dieu a voulu au début de la création et dont nous avons à poursuivre l’œuvre.

Chaque fois que nous avons un geste d’amour, c’est une étincelle d’Eternité qui brille autour de nous. Et si nous nous mettons tous ensemble, c’est un véritable feu d’artifice qui illumine et embrase notre humanité. C’est ce à quoi devait penser Jésus quand il disait : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit allumé ! » Luc 12, 49.

Alors, chers amis, embrasons notre terre de cet amour gratuit qui nous a été donné par Dieu pour le redonner à notre monde qui en a tant besoin.

Chrétiens, nous avons à témoigner de cet amour, sinon nous ne serons que des cuivres qui résonnent et dont le bruit se perdra dans le tumulte du monde. Si nous vivons de cet amour-charité, nous embraserons ensemble le monde de l’amour de Dieu, et cet amour ne passera pas, puisqu’il est éternel.

Alors, bonne route sur le chemin de L’AMOUR.

Jean-Luc, diacre


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