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Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie 2026 – Lc 1, 39-56

 

Le dogme de l’Assomption,  Munificentissimus Deus, est promulgué par le pape Pie XII en 1950. C’est récent. Que retenir de cette fête de l’Assomption pour notre vie spirituelle ? Peut-être les points saillants suivants, si nous nous en tenons à l’évangile que nous venons d’écouter.

Premier point : Dans nos moments de doute, dans nos moments d’abattement, quand l’avenir semble bouché, nous sommes invités à nous souvenir de la fidélité de Dieu et à nous réjouir. C’est le sens du Magnificat, la prière de la Vierge Marie. Pourquoi ? Parce que Dieu « se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. » Jamais Dieu n’oubliera son Peuple. Il pense toujours à nous. Si Dieu se souvient de nous, alors nous pouvons nous souvenir de sa promesse. Ainsi, nous sommes conviés à nous rappeler du passé pour affronter l’avenir. La mémoire des bienfaits de Dieu est au cœur de la vie chrétienne. C’est le fondement de l’espérance. Dieu ne nous abandonnera jamais. En ce sens, la mémoire des dons reçus nous affermit. Elle nous permet, comme ce fut le cas pour Marie, de nous mettre en route.

Second point : Je contemple Marie et le chemin de sa vie. Elle a porté le Sauveur dans son sein, mais sans être mariée. Elle a mis au monde son Dieu, mais dans le froid d’une étable. Elle a dû fuir dans un pays étranger. Elle a élevé Jésus, mais en acceptant qu’il lui dise : « Ne savais-tu pas que je dois être aux affaires de mon Père ? » Elle s’est réjouie de la fécondité de la vie apostolique de son fils, mais elle a souffert des incompréhensions et des rejets dont il a été victime. Aux heures de la Passion, elle est restée debout, toujours fidèle, portant toute la foi de l’Eglise jusqu’à la Résurrection et la Pentecôte. Que de « Mystères » Marie a portés dans son cœur ! Aucun de ces mystères ne l’a révoltée, ne l’a éloignée de Dieu. Chacun l’a poussée à méditer, à prier, à s’abandonner entre les mains de Dieu. Car la vie de Marie a d’abord été une vie de foi et de confiance en la Parole de Dieu. « Que ta volonté soit faite. » Quelle est la volonté de Dieu pour chacun, chacune d’entre nous ?

Troisième point : Dieu nous donne Marie comme Mère. Et c’est bien ainsi que nous la prions et qu’elle nous répond. A l’Annonciation, elle nous dit : « Accueille la Parole pour qu’elle prenne chair en toi. » A la visitation, elle nous dit : «Ne garde pas pour toi les trésors que tu as reçus. Partage-les ». A Cana, elle nous dit : « Fais tout ce qu’il te dira. » A la Cène, elle nous dit : « Offre ta vie avec Jésus. » Au pied de la Croix, elle nous dit : « Face à l’adversité, ne perds pas courage, reste uni à Jésus. » Au cénacle, elle nous dit : « Ouvre ton cœur et ton intelligence à l’Esprit Saint. » Et en ce jour de l’Assomption, elle nous dit : « Le ciel est ta vocation, le bonheur auquel tu es appelé. Il te remplira d’une joie que nul ne pourra t’enlever ! » Marie demeure plus que jamais, par son Assomption, la maman de tout ce peuple auquel nous appartenons. Elle demeure celle vers qui on se tourne quand on a mal. Grâce à elle, Dieu se souvient toujours de notre enfance et de la pureté de nos cœurs. C’est pourquoi, quant à certains jours, nous n’arrivons même plus à dire le Notre Père, il nous reste de toujours pouvoir nous tourner vers la Vierge en faisant cette humble  prière : « priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.»

Quatrième point : Cet après-midi, comme chaque année, la statue de la Vierge sortira de la cathédrale de Metz. Elle sera portée en procession, vers la place Saint- Jacques à la rencontre de la foule venue la célébrer et la prier. Ce n’est pas seulement en rappel du vœu du roi Louis XIII et du cardinal de Richelieu qui consacrèrent le Royaume de France à la Vierge Marie. Ce n’est pas seulement en rappel du vœu de Mgr Benzler de 1914 et de la résistance du peuple de Metz aux nazis en 1940. C’est avant tout une manière simple et belle de signifier Marie au milieu des gens, Marie avec tous, Marie avec ceux qui croient et ceux qui doutent, Marie à la rencontre des plus petits, des malades et des plus fragiles. En fêtant l’Assomption de la Sainte Vierge Marie, nous fêtons une femme bien de chez nous, avec son lot de bonheurs et de malheurs. Son adolescence et ses rêves de mariage seront bousculés par une requête divine totalement inattendue. Sa vie de maman sera assombrie par les critiques entendues autour de son fils pourtant adulé par les foules : « voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs ; il a perdu la tête ». Puis le malheur suprême pour une maman : la perte de son enfant, exécuté par la rigidité suffisante des uns et la jalousie des autres. Asseoir son fils mort sur ses genoux, comme l’attestent toutes les piétas du monde, rapproche Marie de nos difficultés et de nos peines.

Cinquième point : «Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Ces paroles disent sa mission. Quelle est sa mission aux yeux de Dieu ? Saint Bernard de Clairvaux l’explique en la comparant à un aqueduc, c’est-à-dire un canal construit pour le transport de l’eau sur de grandes distances. La source, c’est le Christ et Marie cherche à nous mettre en contact réel avec Lui. L’aqueduc c’est donc Marie. C’est le sermon que fit saint Bernard sur la nativité de la Vierge. J’aime chaque année à faire mémoire de ses écrits. Je le cite : « Quelle est cette source de vie, si ce n’est le Seigneur Jésus ? La source a été détournée jusqu’à nous. Le filet d’eau du ciel descend par un aqueduc qui ne nous déverse pas toute l’eau de la source, mais laisse tomber la grâce, goutte à goutte, dans nos cœurs trop secs. »

Père Philippe BOISSÉ

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