Soutenir l'Eglise
Trouver ma paroisse
Espace Membres

Homélie du 19e dimanche du Temps Ordinaire – (Mt 14, 22-33) 09/08/26

 

La première lecture et l’évangile. Ces deux récits, la montagne et la mer, mettent bien en relief les deux faces, les deux aspects de notre foi chrétienne.

Le premier récit est celui de la montagne.

C’est l’expérience du « souffle léger », « le bruit d’une brise légère », « le murmure du silence subtil, « le bruissement du souffle ténu ». Dès qu’Elie l’entend, il se voile le visage avec son manteau, il sort et se tient debout à l’entrée de la grotte. Le Seigneur passe. Quatre siècles plus tôt, sur cette même montagne, Moïse a voulu voir Dieu. « Fais-moi voir ta face. » a-t-il demandé à Dieu. La réponse ne se fait pas attendre : « Si on voit Dieu, c’est qu’on est mort ». Alors, le Seigneur cache Moïse dans la fente d’un rocher, passe devant lui, de toute sa gloire, mais le couvre de sa main. « Tu me verras, mais de dos ». On ne voit Dieu que de dos. Un sillage, une trace, dit saint Jean de la Croix, un parfum, « comme un silence ». Personne ne met la main sur Dieu. Dieu, on ne le voit pas.

Et pourtant, après la montagne, la mer. C’est l’évangile de ce dimanche.

Dans une barque de pêcheurs, quelques hommes se sont affrontés toute la nuit à une mer hostile. Aux premières lueurs de l’aube, un fantôme s’avance vers eux sur les flots. Pris de panique, ils crient. « N’ayez pas peur, leur dit-il, c’est moi. » Oui, c’est lui, Jésus, celui sur qui ces hommes ont joué leur vie. Pour lui, quelques mois plus tôt, ils ont tout laissé. Ils ont reconnu sur le visage de cet homme la splendeur de Celui qu’on ne voit pas. « Seigneur, dit Philippe, fais-nous voir le Père, et ça ira bien ». « Philippe », dit Jésus « il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas. Philippe, qui m’a vu a vu le Père. » Cette phrase est pour moi la plus forte de tout l’Evangile. Qu’ont-ils compris ? A mon avis, pas grand-chose. Mais déjà, Jésus les lance dans l’aventure de la nuit. « Passez sur l’autre rive. » Seuls, sans lui. Et déjà, le voici qui revient vers eux : « Pierre pourquoi as-tu eu peur ? »

Si j’avais été Pierre, j’aurais eu peur, moi aussi. Il est normal, il est prévisible d’éprouver des doutes, des égarements, des chutes dans la vie chrétienne. Suivre le Christ au-delà des limites de la mort et de la vie, du possible et de l’impossible, du croyable et de l’incroyable, n’a rien d’évident. À chaque fois que nous descendons de la barque, ou qu’une vague nous fait passer par-dessus bord, nous pouvons trembler… Mais c’est alors que résonne sur les eaux la voix du Christ, et ces paroles mêmes qui reviendront à la Résurrection : « N’ayez pas peur ! » N’ayez pas peur de croire que le Christ est le maître des éléments, le maître de la vie. Ne craignez pas de descendre de la barque, de vous engager, de dire votre foi, de vivre votre amour, de devenir père, mère, sœur, frère, ami, de grandir, de vieillir, d’aller vers le Christ, de marcher sur les eaux !

Voilà, c’est l’enseignement de la montagne et de la mer. Personne ne voit Dieu, mais dans notre histoire, un visage, un regard, une parole et une main tendue nous disent tout de Dieu. Il y a comme cela, dans la vie, des temps où tout baigne. Et puis vient le temps de la détresse, de l’angoisse. C’est l’heure où l’on coule. Mais, paradoxalement, c’est l’heure du souffle dans le silence, le murmure d’un vent tranquille, l’heure de la main tendue. Ce n’est pas parce que la marée est basse qu’il y a moins d’eau dans la mer. Ce n’est pas parce que la lune, à un moment, éclipse le soleil, que le soleil ne brille plus. Dieu est Dieu et même si on ne Le voit pas, il n’en finit pas de donner sa Parole, de partager son Souffle et de tendre sa main. C’est la bonne nouvelle que Jésus est venu nous révéler.

Père Philippe BOISSÉ

Partager