Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ – Jn 6, 51-58 07/06/26
Le dernier repas du Christ avant sa Passion est évoquée dans l’un des textes les plus anciens du christianisme : la Première épître aux Corinthiens, écrite dans les années 50. « Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné ; dans la nuit où il fut livré, il prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et dit : Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez ». La Cène figure également dans les trois évangiles de Matthieu, Marc et Luc. De son côté, saint Jean évoque la célébration eucharistique ailleurs que le Jeudi saint. C’est l’évangile que nous venons d’entendre, où Jésus se présente ainsi : «Je suis le pain vivant descendu du ciel (…) et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde (…). Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang vous n’aurez pas la vie en vous ». Ces paroles sont considérées comme une allusion directe à l’institution de l’eucharistie.
Récemment, on m’a demandé en quoi la conception catholique de l’eucharistie divergeait de celle des autres religions chrétiennes. Eh bien, c’est la question de la présence réelle et de la transsubstantiation qui demeure un point d’achoppement et rend inconcevable pour l’Eglise catholique l’intercommunion entre protestants d’une part et catholiques et orthodoxes de l’autre.
J’explique.
Dans l’église catholique, au moment de la consécration, le pain et le vin changent de substance tout en conservant leurs caractéristiques physiques ou « espèces ». Le Christ est tout entier présent dans chacune des espèces, le pain et le vin. La présence réelle du Christ commence au moment de la consécration et dure aussi longtemps que les espèces eucharistiques subsistent. C’est la transsubstantiation du pain et du vin, qui deviennent le corps et le sang du Christ. Les catholiques et les orthodoxes professent cette présence réelle du Christ, en son corps et son sang, sous les « espèces » du pain et du vin consacrées.
Les luthériens, eux, ont redéfini ce dogme. Ils parlent de consubstantiation. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, simultanément à la substance du pain et du vin consacrés, coexiste la substance du corps du Christ et de son sang, en une sorte de double substance. D’autre part, après la messe, les espèces consacrées redeviennent du pain et du vin ordinaires, car les luthériens ne reprennent pas la notion de « réserve eucharistique » du catholicisme.
Les réformés, eux, estiment avec Calvin que la notion de présence corporelle constitue « une grande erreur ». Calvin affirme que le Christ est présent, mais de manière spirituelle et non pas matérielle. Les espèces sont de simples représentations du corps et du sang du Christ. Le pain et le vin ne subissent ni transformation, ni consubstantiation, ni transsubstantiation.
De manière plus radicale encore, Zwingli Ulrich, et aujourd’hui une large partie des évangéliques, considèrent que le sacrifice du Christ a eu lieu une fois pour toutes et que l’Eucharistie n’en est que le mémorial. A la Cène, la présence du Christ n’est pas corporelle. Les espèces, ne font que la symboliser. Par conséquent, la phrase « Ceci est mon corps » doit être entendue comme « Ceci signifie mon corps ».
Cette question de la « présence réelle » du corps et du sang du Christ n’est pas apparue avec la Réforme et la Contre-réforme. Elle est soulevée dès le IXe siècle. Et elle est proclamée pour la première fois en 1215 au IVe concile du Latran. C’est au XIIIe siècle, à l’époque de saint Thomas d’Aquin que naît la fête « Du Corps et du Sang du Christ » ou « Fête du Saint Sacrement ». C’est à cette époque qu’est généralisée la pratique d’élever l’hostie et le calice pour les montrer aux fidèles. Au XVIe siècle, le Concile de Trente affirme définitivement le dogme de la transsubstantiation. Le Concile Vatican II, quant à lui, ne changera rien et rappellera cette même position de l’Eglise en précisant l’importance du sacrement de l’eucharistie dans les décrets conciliaires Sacrosanctum Concilium au n° 47 et Lumen gentium au n°11.
Père Philippe BOISSÉ