Dimanche de la Sainte Trinité 2026 – Jn3, 16-18 31/05/26
Quand je fais relecture de l’apostolat conduit par les missionnaires pour annoncer au monde le visage de Dieu révélé par Jésus Christ, tous ont été confrontés à la même difficulté. Que ce soit saint François Xavier au Japon, Matteo Ricci en Chine, le bienheureux Ignace d’Azevedo au Brésil… Que ce soit en Afrique, en Océanie, au pôle Nord, à Madagascar ou en Inde…. Tous ont été confrontés à la même difficulté : quel mot juste employer pour nommer Dieu dans la langue des pays qu’ils évangélisaient ? Cette difficulté qui fut la leur demeure aujourd’hui encore la nôtre : quel mot juste employer pour annoncer un Dieu qui est Trinitaire ? Quel mot juste, quelle expression adéquate utiliser pour annoncer le Dieu des chrétiens dans notre culture européenne et contemporaine ?
Les théologiens, soutenus par les exégètes et les philosophes, nous disent plein de choses savantes à propos de Dieu. Aujourd’hui, écoutons simplement ce que nous proposent les textes choisis par la liturgie. Ces textes ne donnent pas une définition formelle, ni dogmatique, de la Trinité. Mais par touches successives nous donnent de pouvoir approcher et apprécier le mystère de Dieu. Mystère de la Sainte Trinité qui est avant tout l’objet de notre contemplation et non de nos explications.
« Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint, soient avec vous » nous a dit saint Paul dans la deuxième lecture. C’est le souhait qu’il faisait en terminant sa seconde lettre aux chrétiens de Corinthe. Cette petite phrase résume toute la foi de l’Église que nous partageons et que nous redisons chaque dimanche dans le « Credo ». Nos frères chrétiens d’Orient ajoutent après « Père, Fils et Saint-Esprit », « Dieu unique, pour les siècles des siècles », témoignant ainsi devant ceux et celles avec qui ils vivent, musulmans en majorité, que nous ne croyons pas en trois divinités mais bien en un seul Dieu, comme nous le dirons en proclamant le Credo. Si nous confessons que Dieu est Trinité, ce n’est pas d’abord à la suite de raisonnements théologiques, même s’ils ont leur place dans la tradition de l’Église. C’est avant tout par fidélité à l’expérience des apôtres. Cette expérience de Dieu, les apôtres l’ont faite au contact de Jésus de Nazareth, en marchant avec lui, en vivant avec lui, en se laissant bousculer et guider par sa parole. Jésus n’a donné aucune « leçon » sur la Trinité. Il n’a même jamais prononcé ce mot. Si les chrétiens que nous sommes utilisent aujourd’hui encore les mots de Père et de Fils pour parler de Dieu, c’est parce que Jésus lui-même les utilise pour évoquer l’intimité de sa relation à Dieu. Ainsi, Jésus met en avant une nouvelle image de Dieu. Il donne à Dieu le beau nom de Père (« Abba »), Papa. Déjà, à 12 ans, au Temple devant les docteurs de la Loi, lorsque ses parents le retrouvent, il leur dit : « Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père. » Vient la prière à Dieu qu’il donne à ses disciples et que nous répétons si souvent. Elle commence par ces mots « Notre Père ». Dans sa prédication, Jésus parle souvent de ses relations particulières avec Dieu. Il se dit même « Fils de Dieu». Ce qui suscitera bien des incompréhensions. Lors de son procès, durant la Passion, le grand prêtre l’accusera de blasphème.
Et pour compléter cette révélation du Dieu trinitaire, Jésus décrira le lien qu’il a avec son Père en le comparant au souffle qui nous fait vivre. Ce souffle de vie prend le nom d’Esprit Saint. Ce lien, c’est celui d’un amour mutuel à nul autre pareil, amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père.
Le Dieu unique est un Dieu en trois personnes. Telle est la nouveauté apportée par Jésus. Le nom de Dieu n’est pas seulement « JE SUIS ». Il est « Je suis Père, Fils et Esprit Saint », un seul Dieu en trois personnes. Ce qui veut dire qu’il est comme une famille. En lui nous pouvons nous reconnaître par les sentiments d’amour, de partage, de don qu’il met dans nos cœurs. Allant plus loin, Jésus nous dit même qu’il habite en nous, qu’il n’est pas extérieur à nous, mais au fond de notre être même. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous ferons une demeure. »
Pour conclure mon propos, je serais tenté de m’en tenir à l’idée que nous ne pouvons pas nous construire, exister, ou encore nous « sauver » tout seul. Au contraire, nous nous créons, nous nous bâtissons dans la mesure où nous nous relions les uns aux autres, où nous communiquons ce que nous sommes aux autres. Nés de la relation de deux personnes différentes, nous ne vivons qu’en partageant à d’autres ce que nous sommes. Nés d’une parole d’amour, nous sommes nés pour échanger et partager. Or, cela nous le tenons de notre Dieu et créateur. Voilà, tout simplement, ce que vient nous rappeler la Solennité de la Sainte Trinité.
Père Philippe BOISSÉ