Fête de l’Ascension 2026 – Mt 28, 19a.20b 14/05/26
Nous sommes à la fin de l’Evangile de saint Matthieu, et bientôt à la fin du temps pascal, mais cette fin est un début, un commencement, un envoi. Ce matin, son ascension confirme que notre condition de chrétien est de vivre séparé de Lui. Il n’est plus possible de Le tenir pour soi comme un trésor que l’on garde. Trois paroles de Jésus scellent ce départ :
La première : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. »
Assez curieusement, à l’instant même où Jésus s’apprête à donner son envoi en mission, il rappelle son pouvoir. Il parle de sa grande puissance. Une puissance à laquelle, évidemment, les disciples ne sauraient se mesurer. Il s’agit là d’une investiture : Jésus rappelle d’abord son autorité, pour ensuite la transmettre. D’abord pour montrer toute la force de son appel, ensuite pour signaler que ce qui sera fait en son nom par les apôtres sera fait à travers lui et par sa volonté. Ainsi, aujourd’hui encore, ce que nous faisons au nom de Dieu, lorsque nous essayons de parler de lui, de le transmettre, d’en témoigner, n’est pas notre œuvre. Cela passe par notre volonté, mais aussi par la sienne ! Se rappeler d’où nous tirons notre vocation, c’est goûter à l’humilité d’être encore et toujours le serviteur qui ne fait que son devoir. Cela nous permet de retrouver notre juste place.
Deuxième parole : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples. »
Il y a derrière cet envoi en mission une grande confiance. Jésus ne dit pas : « gardez bien mes commandements », « souvenez-vous de moi », ou bien « ne péchez pas ». D’ailleurs, l’Évangile nous dit clairement que certains doutent encore. Qu’à cela ne tienne. Jésus les croit tous aptes à parler en son nom. Jésus n’attend pas qu’ils soient parfaits et enfin prêts. Il les prend où ils en sont. Il les appelle au milieu de leur examen de conscience, de leur confession et de leurs distractions. Le Seigneur ne les arrache pas du monde, mais il les ramène au monde. Pourquoi ? Parce qu’il les a choisis pour le faire. Tout disciple est envoyé pour éveiller d’autres disciples. Mais, qu’est-ce qu’un disciple ? Rappelons-nous : lorsque les disciples voient Jésus transfiguré, ils doutent, et lorsqu’ils le voient ressuscité, ils doutent encore … Ainsi, faire des disciples, ce n’est peut-être pas imposer des certitudes, ni les faire répéter par cœur ! Ce n’est pas non plus inculquer des valeurs. Faire des disciples, c’est plutôt ouvrir un espace pour que respire la liberté de croire et de vivre et, surtout, celle de rencontrer le Christ. La fête de l’Ascension est cette brèche ouverte où commence notre histoire de disciple et d’apôtre.
Enfin, troisième parole : dans ce commencement, Jésus ne nous dit plus « suis-moi », mais « je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
C’est sur ces paroles que se clôture l’Évangile selon saint Matthieu. L’envoi en mission s’accompagne de la promesse de la présence éternelle du Seigneur. C’est parce qu’une fois ressuscité, Jésus n’a plus une présence humaine qu’il peut justement nous accompagner partout où nous sommes, partout où il nous attend pour l’aimer et le faire aimer. La promesse de sa présence, c’est la promesse de son affection permanente et personnelle à chaque instant. C’est la promesse de sa grâce à chaque instant pour nous aider à rester à la hauteur de la mission qu’il nous confie. Au moment où il nous envoie, Jésus nous ouvre les portes sur le monde et nous dit qu’il sera encore avec nous.
Aussi, dans ce mouvement initié par Jésus, n’attirons pas des disciples vers nous ou vers notre Eglise, mais éveillons des disciples qui se laissent accompagner par Jésus au quotidien sur les routes de la vie.
Père Philippe BOISSÉ