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Homélie du 4e Dimanche du temps de Pâques – Jn. 10, 1-10   26/04/26

 

Traditionnellement, le 4e dimanche du temps de Pâques est appelé « le Dimanche du Bon Pasteur ». C’est un dimanche de prière pour les vocations sacerdotales. Et nous avons toutes les raisons de prier, tant les ordinations de prêtres sont en baisse. Ce n’est un secret pour personne. Ça ne date pas d’aujourd’hui car, en son temps, Jésus rappelait déjà à ses disciples que la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux. Si aujourd’hui l’Eglise est souffrante, le seul qui puisse la guérir c’est Jésus lui-même. Passage obligé, c’est en cela qu’il est « la porte ». « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis ».

Du jour où j’ai été ordonné, j’ai essayé de servir l’Eglise. De ce que j’ai vécu, je retiens cette conviction : l’appel au ministère presbytéral n’est pas lié à la question de l’organisation de l’Eglise. Ce qui met un jeune en route vers le ministère presbytéral, c’est d’être appelé par son nom, d’être reconnu et que, par là, il découvre qu’il est aimé du Seigneur, qu’il a du prix à ses yeux et qu’il mérite pour lui de livrer sa vie. « Il faut des âmes livrées et Dieu livrera des vocations » comme l’évoquait dans ses écrits mère Yvonne-Aimée de Jésus, religieuse augustinienne de Malestroit dans le Morbihan. « Les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. » Nombreuses sont les personnes qui m’ont aidé à entendre la voix du Seigneur et à franchir la porte. En m’aidant à passer par cette porte qu’est le Christ, ils m’ont permis d’entrer dans l’Eglise et dans l’intimité d’un cœur à cœur avec Dieu. Car c’est en nos cœurs que Dieu veut faire sa demeure. C’est la base de toute vocation.

Le temps passant, je soulignerai peut-être trois points à méditer :

Premier point

En se désignant comme « la porte », Jésus nous assure que nous pourrons entrer et sortir : « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et il trouvera un pâturage. » Jésus n’oppose pas, mais unifie profondément les deux mouvements, vers l’intérieur et vers l’extérieur. Avec Jésus, la porte devient vraiment ce qu’elle est : un passage, c’est-à-dire un symbole de liberté. Jésus n’usera pas envers nous de violence, ni même de contrainte. Il n’y a pas de vocation possible sans l’apprentissage de cette liberté spirituelle : c’est fondamental.

Second point

« Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » Comment comprendre cette affirmation de Jésus ? « La vie en abondance ». Il me semble qu’il est illusoire de croire que plus nous aurons de secondes disponibles à dépenser, plus nous serons heureux. Je m’explique. Donner plus de temps à la vie ne nous appartient pas. C’est la nature qui le décide. En revanche, la qualité de l’occupation de mon temps m’appartient. C’est à moi, en lien avec celles et ceux qui m’entourent, de décider comment je vais l’utiliser. Or la vie n’est pas faite pour être prolongée, mais pour être donnée. C’est en allant jusqu’au bout de cette vérité, en donnant sa vie sans réserve, que Jésus nous apporte le Salut. Et c’est pour cela qu’il faut toute une vie pour être prêtre. D’une façon ou d’une autre, je crois qu’on n’a jamais fini de l’être.

Enfin, troisième méditation possible

Aux yeux du berger, les brebis ne sont pas des ruminants passifs et dénués d’intelligence. Elles sont au contraire bien vivantes et très en lien avec leur berger. Pourquoi ? Parce qu’il y a une connaissance mutuelle qui s’établit entre le pasteur et ses brebis. Pour les brebis, connaître le berger est une affaire d’écoute. Or, plus les brebis écoutent le berger plus elles apprennent à le connaître et plus elles le connaissent, plus elles l’aiment (dans l’évangile de Jean, les verbes « connaître » et « aimer » sont très proches). Enfin, les brebis portent une part de l’identité du bon berger. Pourquoi ? Parce que le berger est lui-même un agneau : « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Nous sommes à l’image du Christ. Trop souvent, on voit le prêtre comme un manager, un chef d’équipe, un directeur d’entreprise. C’est faux, archi faux. La vocation presbytérale est d’abord une configuration au Christ. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que le prêtre est là pour apporter ce que le Christ lui-même donne. Le prêtre n’est pas parfait. Il n’est pas le Christ. Mais il est celui qui agit « in persona Christi », c’est-à-dire en la personne du Christ. Il y a deux expressions que nous pourrions ici puiser chez saint Jean Eudes. Saint Jean Eudes faisait dire à Jésus deux choses :

« Les prêtres sont les intendants du sang que j’ai versé ».

« Ils sont les fontaines de la sainteté chrétienne ».

Prêtres, nous sommes là pour aider, nourrir, abreuver le peuple chrétien, pour lui donner la possibilité d’exprimer sa sainteté, d’exprimer votre sainteté, dans l’annonce de l’Évangile.

Telle est la raison d’être du sacerdoce, servir la vocation des baptisés qui est de vivre la sainteté en vivant au plus près des Béatitudes.

Père Philippe BOISSÉ

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