Jeudi Saint 2026 – Jn (13, 1-15) 02/04/26
La pâque, Pessah en hébreu, est la fête la plus importante pour les Juifs. C’est vrai aujourd’hui comme ce l’était du temps de Jésus. Cette fête donnait lieu à un repas. Ce n’était pas un repas improvisé, mais un repas préparé. Saint Matthieu nous le rappellera dans son évangile au chapitre 26, versets 17 à 19 : Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » […] Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
Toutefois, durant ce repas, Jésus donne ce soir un sens nouveau à la liturgie pascale juive. Contrevenant au rituel, c’est durant ce repas qu’il pose deux signes nouveaux : l’institution de l’eucharistie et le lavement des pieds.
A ce propos, je fais deux remarques :
La première porte sur le mot Pessa’h qui désigne la Pâques. « Pessa’h », ce mot en hébreu veut dire « passage ». Habituellement, le passage désigne une transition, plus ou moins facile, d’un lieu vers un autre. Dans l’Ancien Testament et la tradition juive, c’est le passage de la mer Rouge à pied sec qui symbolise pour le peuple hébreu le passage de l’esclavage en Egypte à la liberté en Terre Promise. Avant la traversée, sur ordre de Dieu, on immole un agneau par famille. Le sang de cet agneau, répandu sur les portes des maisons des Hébreux, permet de signaler à l’Ange de la Mort que ces maisons doivent être épargnées de la mort des premiers-nés. Quant à la chair de l’agneau, la nuit même, elle devra être rôtie au feu et mangée avec des pains sans levain et des herbes amères.
Dans le Nouveau testament, pour les chrétiens, la Pâques marque également un passage, celui de la croix du Vendredi Saint à la résurrection du matin de Pâques. Jésus, au soir du Jeudi Saint, associe sa Passion et sa résurrection à un passage qui relève d’une libération : la victoire définitive de la vie sur la mort. Par son corps livré et son sang versé, Jésus prend symboliquement la place de l’agneau sacrifié. Le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi ». Pour une nouvelle Pâques, un nouveau passage, par ce geste et ses paroles, Jésus s’identifie à l’agneau sacrificiel du judaïsme. Il est celui qui incarne le Salut voulu par Dieu.
Ma seconde remarque porte sur le lavement des pieds. Lorsqu’il raconte la Cène, saint Jean rapporte le geste du Christ qui lave les pieds de ses disciples. Geste curieux, tant il est vrai que ce travail peu valorisant relevait du service des esclaves. Ainsi Jésus prend la place de l’esclave. Non par condescendance, mais pour nous montrer comment Dieu est « Seigneur ». Le geste du lavement des pieds s’inscrit dans la continuité des gestes posés par Jésus durant sa vie publique : guérison des malades, réinsertion des exclus et pardon accordé aux pécheurs. Jésus se dépouille de tout pour accomplir ce geste de l’esclave. Il se dépouille lui-même alors que, sur la croix, il sera dépouillé par les soldats. Ce qui se passera sur la croix est ici rendu visible à l’avance par ce geste d’esclave, ce geste déconcertant. « Lavez-vous les pieds les uns des autres », dira-t-il, c’est-à-dire : « Aimez-vous les uns les autres ». Aimez-vous par les gestes du service. C’est ainsi que Jésus nous montre qui est Dieu en s’identifiant au serviteur.
Chers Amis, nous sommes dans l’évangile de saint Jean. La logique de cet évangile est simple : si nous voulons connaître Dieu du fond de notre cœur, de notre corps et de notre intelligence, il nous suffit de nous laisser informer par Jésus. « Dieu, personne ne l’a jamais vu, mais le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, nous l’a révélé ». Jésus est celui qui nous dévoile, fait connaître et raconte qui est Dieu : il est le récit de Dieu. En contemplant Jésus-Christ, nous avons accès à Dieu. « Qui me voit, voit le Père », dit-il à Philippe. Nous qui n’avons jamais vu Jésus, ce sont les signes écrits par les disciples qui désormais nous le donnent à voir. C’est le cas en ce soir du Jeudi Saint.
Père Philippe BOISSÉ