Homélie du 1er Dimanche de carême – Mt. 4, 1-11 22/02/26
Aujourd’hui, la liturgie nous propose deux visages :
- celui de l’homme qui a cédé à la tentation : c’est Adam.
- celui de l’Homme qui a vaincu la tentation : c’est Jésus.
Tout d’abord, la tentation de Jésus. Au début de sa vie publique, au jour de son baptême, Jésus entend la Parole de Dieu : « Tu es mon Fils bien-aimé ». Titre au corollaire immédiat : « Jésus est fils de Dieu. » Une expression chargée d’ambiguïté tant il vrai qu’on peut mettre l’accent sur l’un ou l’autre terme. Un choix s’impose. Ou bien Jésus se situera en Fils. Ou bien il se comportera comme Dieu.
Le choix posé par le Christ, nous le connaissons. Tout au long de sa vie, il accordera sa priorité au mot « Fils » plus qu’au mot « Dieu ». Une décision qui le conduira à devoir affronter tout au long de sa vie la même tentation :
- soit imposer sa divinité par la force ;
- soit assumer jusqu’au bout le mystère de son incarnation.
Oui, Jésus sera tenté, des années durant. Non pas seulement par le démon, mais aussi par son entourage et notamment par ses disciples. Rappelons-nous simplement les paroles qu’il adressera à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ». Jésus ne cédera jamais. Et jamais il n’usera de sa condition divine pour échapper au mystère de son incarnation.
Venons-en à la tentation d’Eve et Adam. Au départ, l’homme et la femme, eux aussi, entendent Dieu leur dire : « Vous êtes mes enfants bien-aimés ».Pour qu’ils soient pleinement heureux, Il met tout à leur disposition. Or ils vont connaître la tentation, la même que celle adressée au Christ. A cette différence près, mais essentielle, que dans l’expression « Fils de Dieu », « Enfants de Dieu », ils ne retiendront que le mot « Dieu ». L’homme et la femme choisiront d’être comme des dieux, décidant eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Dieu n’étant plus alors pour eux un Père, mais un rival.
Aujourd’hui, c’est encore et toujours la même tentation qui vient nous surprendre au seuil de notre humanité. Alors que Dieu nous assure de sa paternité bienveillante, nous aussi, comme Jésus et comme Adam, il nous faut choisir. Et ce n’est pas toujours facile. C’est pourquoi, à travers les trois formes de tentations rencontrées par le Christ, saint Matthieu nous propose trois points de discernement.
Il y a d’abord la tentation du « seulement », alors qu’il faut choisir le « surtout » : « ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre » car il y a « surtout » la parole et la volonté de Dieu. Ainsi par exemple, dans le désert, le Peuple Hébreu criait seulement sa faim, alors que Dieu lui proposait surtout la liberté. Pour nous c’est pareil. Nous nous satisfaisons aisément des « seulement ». Alors que Dieu veut surtout notre bonheur.
Seconde tentation : celle du caprice. Pour quelle raison soudaine, Jésus devrait-il se jeter du sommet du temple ? Serait-ce uniquement par plaisir ? Faire ce qui me plait plutôt que chercher à faire ce qui plait à Dieu. Jésus choisit le bon chemin : « Père, non pas ma volonté, mais la tienne ! » Finalement Jésus choisi la fidélité et non le caprice.
Enfin, la troisième tentation : du sommet de la montagne, la vision de tous les royaumes du monde avec leur gloire. C’est la vision qui tourne la tête, qui donne le vertige. On ne sait plus où on en est, c’est trop fort, trop grand, trop beau : on se sent perdu. Or, plutôt que succomber et de nous perdre dans cette fausse abondance, nous sommes invités à choisir la confiance et la simplicité. Dieu ne peut pas nous abandonner. Preuve en est : Dieu n’a pas abandonné son peuple, Il lui a fait connaître le pays de la liberté. De même, Il n’a pas abandonné son Fils, Il l’a ressuscité.
Chers Amis, les tentations du Christ furent d’abord celles du Peuple de Dieu. Mais, aujourd’hui, elles sont nos propres tentations. Ainsi, avec Jésus, essayons de les affronter et de les dépasser. Durant ce carême, essayons d’abandonner les « seulement » pour retrouver le chemin du bonheur souhaité par Dieu. Essayons d’éviter les caprices pour retrouver le chemin de la fidélité envers Dieu. Enfin, essayons de maîtriser le « vertige des fausses abondances » pour retrouver le chemin de la confiance en Dieu.
Père Philippe BOISSÉ