Homélie du 2e Dimanche du temps ordinaire – ( Jn 1, 29-34 ) 18/01/26
Le peuple d’Israël est le serviteur de Dieu, dit le prophète Isaïe. Dieu l’a élu depuis toujours pour porter son salut jusqu’aux extrémités de la terre. « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » Une action en deux temps. Isaïe montre le Serviteur proposer le salut à son peuple et rassembler toutes les tribus d’Israël : premier temps. Puis étendre son action au monde entier et devenir « lumière des nations » : second temps.
Mais, quel est donc ce salut dont parle le prophète ? Peu de gens expriment la nécessité d’être délivrés ou libérés du mal. Encore moins d’être rachetés comme on le faisait d’un esclave. Soyons honnêtes : nos contemporains n’ont guère l’impression d’être esclaves et perdus, et, par conséquent, ne demandent pas le salut. Même si aujourd’hui nos sociétés parlent de crise, de fractures sociales, personne n’imagine plus que la solution puisse venir d’un Dieu qui sauve. Comment nos Églises peuvent-elles alors transmettre à nos contemporains, à nos jeunes, l’espérance et la joie de vouloir goûter au salut ? Comment rendre ce salut crédible, sinon en nous préoccupant d’abord, comme Jésus, de toutes les souffrances, de toutes les misères que nous rencontrons ? Aider, soulager, servir nos frères, c’est leur dire, autrement que par des mots, combien Dieu les aime et veut leur salut explicite. C’est là notre mission, à nous qui sommes l’Église, c’est-à-dire la présence du Christ Sauveur dans les lieux où nous habitons.
Croire au Christ, chers Amis, c’est croire que quelqu’un est venu chercher et sauver sur Terre ce qui était perdu. C’est pour cela que pour nous montrer la mission de Jésus, saint Jean-Baptiste nous présente le Christ comme « L’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Jésus ôte, enlève, le péché, comme s’il s’agissait d’un poids ou d’un obstacle à dégager de nos vies. Là où il y a de la misère, toute misère, là il y a le Christ. Innombrables sont les conséquences de cette affirmation de foi. La première, à mon avis : nous n’avons pas le droit de nous mépriser puisque le Christ ne nous méprise pas. Le prophète Isaïe ne disait pas autre chose : tout homme, toute femme en ce monde a le droit de croire et de proclamer : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. » Paul, quant à lui, désignait d’un mot l’Église et l’action du Christ en elle : « A ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus» écrivait-il. « Ceux qui ont été sanctifiés », c’est-à-dire ceux qui ont été libérés du poids du péché qui les retenait prisonniers. Mais en même temps, saint Paul sait fort bien que tout n’est pas fait, car aussitôt après, il rappelle que les sanctifiés sont « appelés à être saints », comme si tout était déjà donné par l’action du Christ, mais ne pouvait être épanoui que par l’acceptation de la personne. C’est ici la seconde affirmation de foi.
Chers Amis, Dieu n’est jamais la cause de nos épreuves ou du mal. Bien au contraire, il en fait sa cause. Sa miséricorde consiste à porter en son cœur nos misères. Il vient nous offrir du courage lorsque l’écart entre ce nous sommes et ce que nous désirons être est trop lourd à porter. Si Dieu prend le chemin des humains pour nous révéler qui Il est, l’Évangile nous propose de prendre le chemin de Dieu pour découvrir qui nous sommes : des fils et des filles en qui Il met tout son amour. Nous sommes des êtres portés par Dieu, mais aussi porteurs de Dieu. Car si Dieu porte en lui les manques d’amour de notre humanité, c’est aussi pour que nous soyons porteurs de la surabondance de son amour.
Père Philippe BOISSÉ