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Homélie Dimanche du baptême du Seigneur 2026 – Mt 3, 13-17   11/01/26

 

Ce matin, l’évangile témoigne du face à face entre deux hommes. Jésus face à Jean Baptiste. C’est un moment important. C’est d’ailleurs la première fois que Jésus se manifeste en public. Scène surprenante qui se traduit par l’étonnement de Jean : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi et toi tu viens à moi ! » En effet, pourquoi Jésus demande-t-il le baptême ? Le baptême est destiné à ceux qui désirent le pardon. Or Jésus n’a pas commis de fautes. Il est sans péchés. Il n’a pas besoin de se convertir. Pourquoi descend-il dans les eaux du Jourdain ?

Pour partager tout simplement notre condition. De sorte qu’il n’est désormais aucun lieu de notre vie où il ne puisse nous rejoindre. Ainsi, Jésus se fait pauvre de tout, de réputation, de famille et de pouvoir. Pour faire miséricorde, il se fait pauvre de lui-même. Comme préfigurant la passion, Jésus se laisse faire et plonge au cœur de nos pauvretés et de nos impuissances. Jésus s’incline devant le baptême de Jean comme plus tard il le fera devant ses apôtres pour leur laver les pieds. Jésus descend dans les eaux du Jourdain comme il descendra un jour dans la mort. Mais il en remonte, comme il sortira du tombeau, ressuscité. Nous sommes ici au cœur même de la vie intime du Christ. Jésus découvre que la détresse de l’homme est le chemin qui lui permet de rencontrer son Père. Comme en écho de son baptême retentit alors la Parole de Dieu qui authentifie sa mission : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; je mets en lui toute ma joie ».

Cette attitude de Jésus est très importante pour notre vie spirituelle. Quotidiennement, nous essayons de résoudre nos problèmes avec une somme de bonne volonté et de générosité. Nous faisons tout notre possible pour vivre une vie vertueuse et juste. Nous nous appuyons sur de bonnes résolutions et sur notre énergie naturelle. Nous essayons de réussir à partir de notre loyauté et de notre générosité. Jusqu’au jour où on n’y arrive plus et on laisse filer. Les bonnes résolutions n’ont qu’un temps. A ce moment-là, nous sommes bien obligés de changer de référentiel. Car nous découvrons que la grâce ne vient pas se greffer sur notre force ou sur notre vertu, mais seulement sur notre faiblesse. Cela n’est pas immédiatement évident dans l’expérience de la vie spirituelle. Le plus souvent, nous sommes inquiets dès qu’apparaissent nos limites. Nous les connaissons bien mais nous ne savons pas comment les gérer. « Monsieur le curé, je viens me confesser, mais vous savez, c’est pour redire à chaque fois les mêmes choses… » . Or là, justement, nous sommes au cœur du problème. Car le mal ne réside pas dans l’extraordinaire, mais dans les petites choses.

Dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal, la philosophe Hannah Arendt, en 1963, montrera qu’il y a comme une quotidienneté, une banalité, à commettre les crimes les plus graves, les plus impardonnables. Méfions-nous de la banalisation des actes. « Ce n’est qu’un petit morceau de chocolat… », quoi de plus banal que cette charmante gourmandise… et pourtant, pourquoi cette irrésistible addiction ? Que nous cache-t-elle ? Nous éprouvons généralement le sentiment de ne pas être de gros pécheurs. Au point que la confession devient une pratique facultative tant nous avons vite fait de nous arranger avec nos péchés. Pourtant, si Jésus prend le temps d’une plongée dans les eaux du Jourdain, c’est pour nous nous contraindre à ne pas édulcorer ou minimiser notre besoin de salut. La banalité du péché n’existe pas. Par contre sa banalisation est quotidienne.

Si aujourd’hui nous évoquons la fête de notre baptême, force est alors de rappeler que c’est une fête grave et exigeante. La fête de notre baptême nous oblige à faire sérieusement le point. En quoi ai-je besoin d’être sauvé par le Christ ? On ne va pas à « confesse » comme on se rend à une partie de golf ou de bridge.

Père Philippe BOISSÉ

 

 

 

 

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