Soutenir l'Eglise
Trouver ma paroisse
Espace Membres

Homélie de la Messe du Jour – Noël 2025      Jn. (1, 1-18)

 

Alors que le peuple hébreu avait préparé pour Dieu un temple, des liturgies, avec des prêtres et des grands prêtres… Voici que Dieu s’est annoncé en un lieu où on ne l’attendait pas… A une jeune fille de Nazareth qui ne s’y attendait pas… De cet instant à cette nuit, c’est par un « oui » que Marie a donné le jour au Verbe de lumière. C’est en donnant sa parole que Marie a mis au monde celle de Dieu. Désormais, la foi n’est plus seulement une Parole, elle est aussi un Visage. Celui du Christ qui se reflète en chaque personne. En s’incarnant en un lieu, une époque et une culture, Dieu s’engage dorénavant dans l’histoire des hommes. A Noël, le Dieu de l’éternité endosse la mesure du temps et de l’espace, prenant ainsi la mesure de l’homme pour faire route avec lui.

Pourtant, cette incarnation du Verbe de Dieu dans l’histoire est difficilement admissible. Comment Dieu peut-il naître, vivre et mourir lui qui, par définition, échappe à tout changement ? Une telle croyance fait violence à ce que notre esprit peut concevoir. Cette difficulté nous conduit généralement à ne retenir que la divinité du Christ aux dépends de son humanité ou bien à magnifier l’homme au risque d’oublier sa divinité. Affirmer que cet enfant est pleinement homme et pleinement Dieu demeure, aujourd’hui encore, un défi pour la raison. C’est ce qui conduira les Pères de l’Eglise, en 325 lors du Concile de Nicée, à poser le dogme de l’Unité et identité de substance entre le Père et le Fils que nous proclamons aujourd’hui encore lorsque nous récitons le credo.

Noël est une fête provocante qui suppose un complet renversement de perspective. Face à la crèche, nous sommes renvoyés à la question décisive que Jésus nous adresse quotidiennement : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ». C’est dire que le christianisme ne sera jamais une doctrine mais toujours une rencontre. De sorte que l’Eglise ne peut être Eglise que dans la rencontre des autres. Ainsi, Noël vient nous rappeler la solidarité des chrétiens avec l’ensemble de la famille humaine. Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps sont conjointement les nôtres. C’est pourquoi, en régime chrétien, le sacré est lié à une certaine qualité d’humanité. La foi se conjugue avec l’amour et la beauté. Elle nous oblige à combattre tout ce qui déshumanise l’être humain.

Il y a 2 000 ans, face à César qui se faisait Dieu… Dieu, lui, se faisait enfant. Alors que l’empereur montait sur les autels et exigeait l’encens… Dieu, lui, descendait dans cette crèche qui n’avait à lui offrir qu’une lourde odeur d’humanité.

Chers Amis, il faut entendre et méditer cette préface de Noël: « Celui qui, par nature, est invisible se rend visible à nos yeux. Engendré avant le temps, il entre dans le cours du temps ! »

En rencontrant l’homme – bien mieux, en se faisant homme – le Créateur rencontre et prend sur lui les limites de la créature… limites du temps et de l’espace. Celui qui porte l’univers par sa parole accepte d’être porté par ses créatures ! Celui qui est éternel accepte de naître, de grandir et de mourir ! Celui qui est le Verbe éternel de Dieu fait siennes les frontières de nos mots et de nos phrases.

Bienheureuses ces limites qui sont les nôtres ! Bienheureuses toutes ces limites physiques et culturelles que nous prenons à tort pour contraignantes alors que Dieu les assume ! Parce que je suis limité,… j’ai besoin des autres. Je suis amené à dépendre des autres, comme eux, parfois, dépendent aussi de moi. Bienheureuses limites qui nous invitent à la confiance et à la solidarité !

A tous et à toutes, je vous souhaite un joyeux Noël !

Père Philippe BOISSÉ

Partager