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Homélie de la NUIT DE NOEL 2025 – Lc. 2,1-14

 

Habituellement trois messes nous permettent d’entrer dans le temps de Noël. « La messe de l’ange », «  la messe des bergers » et « la messe du Verbe », ces offices symbolisant les trois naissances du Christ. La première, « la messe de l’ange », dans l’intimité de la crèche, symbolise la naissance cachée de Jésus. C’est celle que nous allons célébrer maintenant. La deuxième, « la messe des bergers », symbolise la naissance de Jésus dans l’âme des fidèles (ce sera demain matin la messe basse à 7h00 en la chapelle de Queuleu). Enfin, la troisième, « la messe du Verbe » symbolise la naissance temporelle et corporelle, visible de tous (ce sera demain à 10h30, toujours à Queuleu). Nous pourrions même ajouter une quatrième messe, celle de la veille au soir, qui reprend la généalogie de Jésus et marque l’enracinement de la nativité dans l’attente du peuple de Dieu.

Vous êtes venus nombreux pour participer à cette première messe de la nuit de Noël. J’espère que ces quelques instants passés ensemble pourront nous permettre de vivre dans notre vie un temps de silence, de recueillement, après tout le bruit, les courses, l’agitation de ces derniers jours, voire de ces dernières semaines. Au cœur des vitupérations belliqueuses, des rodomontades haineuses, des brailleries infantiles et des jérémiades incessantes distillées par les médias et autres réseaux sociaux, nous aspirons à un minimum de calme, de tranquillité et de paix. Nous avons besoin de pain et d’amitié, d’aimer et d’être aimés. Nous souhaitons trouver de bonnes raisons de vivre. Et nous nous demandons comment découvrir dans notre monde si riche et si diversifié les quelques lumières, les quelques pistes de réflexion, les quelques indications qui nous guideront sur le chemin de nos vies. Or ce soir, justement, un temps de silence, de prière, de recueillement nous est donné pour faire nôtre cette petite flamme de Noël qui peut nous permettre de discerner les signes que Dieu nous donne.

En cette fin de l’année 2025, je sais que beaucoup d’hommes et de femmes de bonne volonté travaillent à solutionner les drames de notre humanité. Des diplomates, qui travaillent dans l’ombre. Tant d’homme et de femmes qui osent, avec un dévouement inlassable, donner une chance à la justice et à la paix. Pour en arriver là, nous pouvons facilement imaginer les heures, les mois, les années peut-être, de rencontres patientes, discrètes, voire secrètes. J’imagine le nombre d’interlocuteurs qui travaillent dans l’ombre, jouant de ruse pour échapper à la curiosité des médias. Discrétion sans laquelle rien n’est possible. Discrétion sans laquelle on continuerait à dire : la situation est définitivement bloquée.

Vous allez peut-être penser que je m’éloigne du sens de cette solennité de Noël ! Aucunement. Car pour moi, Noël, c’est Dieu qui intervient, lui aussi, avec toute la discrétion possible. Dieu qui intervient pour débloquer toutes les situations de malheur où les hommes s’enferment. Dieu est cet enfant de la crèche, Jésus enfant. Non pas Dieu qui se déguise, mais Dieu qui se révèle tel qu’il est : dépendant, comme un enfant dépend de ses parents. Dieu qui se livre. Dieu d’une discrétion absolue. Les textes de la liturgie insistent sur la précarité et le dénuement de sa naissance : il n’a pas de maison, il naît hors de la ville, sa mère le dépose dans une mangeoire. Il n’a pas d’autre moyen de nous montrer comme il est Dieu et comment il intervient. Tel est le démenti de Dieu à nos désespoirs. C’est dans nos situations bloquées, situations personnelles ou internationales, qu’imperceptiblement, aussi fragile qu’un petit enfant, se faufile un filet de vie. Notre histoire peut alors repartir car, avec Dieu, c’est toujours le moment de naître. Il n’est jamais trop tard pour commencer à espérer.

Certes, en cela, rien de bien spectaculaire. Mais depuis le premier Noël, depuis que les bergers sont repartis à leurs troupeaux en disant : « Dieu nous aime », nous pouvons, nous aussi, aimer comme « Dieu nous aime ». Dans le sang, les larmes et les haines, nous pouvons apprendre à aimer comme Dieu : avec patience et discrétion ! Car « le bien ne fait pas de bruit ».

Les signes sont là. Saurons-nous les lire ? Et surtout, saurons-nous les vivre. Chacun de nous peut être signe du Dieu-enfant, du Dieu-discret. C’est lorsque j’aime, lorsque je souris d’amitié, lorsque je me bats pour la justice, pour la paix, pour la réconciliation, qu’aujourd’hui, à tel endroit obscur de ma vie et de la vie du monde, le Sauveur naît.

Joyeux Noël à tous.

 Père Philippe BOISSÉ

 

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