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Homélie du 2e Dimanche du temps de l’Avent   Mt 03, 1-12   06/12/25

 

Ce soir saint Jean-Baptiste nous rappelle que le chemin du bonheur ne se confond pas avec la voie royale de la facilité. Le bonheur véritable passe par le chemin ardu de la conversion. Et c’est bien ce que nous demande le prophète : une conversion. C’est-à-dire un changement radical, une réorientation totale, pour retrouver ce qui est réellement essentiel et fondamental dans notre vie.

Saint Jean-Baptiste ne mâche pas ses mots. Et ses mots sont durs. « Engeance de vipère ». Qu’est-ce à dire ? « Engeance de vipère », autrement dit, « vous êtes de la race du serpent qui a trompé Adam et Ève. Malheureusement, aujourd’hui, c’est vous que vous trompez en croyant qu’il suffit d’être un descendant d’Abraham pour être sauvé ! Vous vous trompez quand vous faites du salut un avantage acquis ».

Sa mise en garde est toujours d’actualité. Alors que tout le monde préfère la tranquillité, saint Jean, lui, nous invite à changer de vie. Il nous force à choisir entre l’homme souhaité par Dieu ou l’homme produit des médiocrités quotidiennes. L’essentiel n’est plus de faire des excuses, mais de nous convertir. « Votre illusion » nous dit Jean, « serait de penser que Dieu peut continuer d’être Dieu pour vous sans que cela  change votre conduite. Eh bien n’y comptez pas ! » La priorité est désormais à la conversion et l’urgence de notre conversion est à la mesure de l’événement. Car le Royaume de Dieu devient réalité en la personne même de Jésus. C’est vers lui que nos regards doivent converger.

Jésus vient et sa venue suppose une mise en ordre au plus profond de nos cœurs.

Mettre en ordre, c’est-à-dire :

  • Arracher en nous tous les germes de violence et de guerre.
  • Araser en nous les montagnes de l’indifférence.
  • Combler en nous l’ornière des suspicions, des mots blessants et des mauvais regards.

Mais plus précisément encore, accepter de nous soumettre à une réelle remise en cause.

Or, il n’est qu’une transformation radicale qui puisse nous aider à trouver une juste réponse. Malheureusement, nous réduisons la conversion à ce qu’on est décidé de faire un jour et qu’on remet constamment à plus tard ! C’est la règle de la procrastination spirituelle.

Malheureusement le temps presse. Jean-Baptiste nous rappelle que « Déjà la cognée se trouve à la racine de l’arbre ». Ce qui veut dire que, si on ne bouge pas, comme le mot l’indique, eh bien ça va cogner. Et je pense qu’ici, il convient de ne pas minimiser l’urgence et la radicalité, manifestées par saint Jean-Baptiste. La logique de Noël n’est pas celle du tout doux et du tout mou. A Noël, «  Dieu prend chair de la Vierge Marie ». Telle est la grande nouveauté de Dieu : sa dimension désormais humaine et charnelle. Non pas un avatar, mais un enfant pleinement homme et pleinement Dieu, mis au monde par les voies naturelles, dont il a fallu couper le cordon ombilical, qu’il a fallu laver, élever au sein maternel, laver les couches, capable de rire et de pleurer. Un Dieu qui n’hésite pas à s’arque bouter sur nos problèmes et notre condition humaine, faisant siennes nos questions. Noël ce n’est pas une incarnation par procuration. C’est même tout l’inverse. A Noël, Dieu part au contacte de notre humanité et risque sa vie. Tel est bien le défi qu’il relève. Or, ce mystère tranche étonnement avec nos modes de vie actuels. C’est pourquoi je pense que saint Jean-Baptiste a raison. Il y a urgence.

Père Philippe BOISSÉ

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