Homélie de la Toussaint 2025 – Mt 5, 1-12a
Ces paroles du Christ que nous avons entendues dans la 1ère épître de saint Jean sont riches en promesse : « Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (I Jn 3, 2). Toutefois, si « Nous sommes déjà enfants de Dieu, ce que nous serons ne paraît encore pleinement. » (I Jn 3, 2). Il va donc falloir du temps et prendre le temps de veiller, nous tenir prêts. Le temps que nous puissions configurer nos vies à celle de Jésus. Voilà qui permet d’orienter notre espérance : être pleinement enfant de Dieu et devenir semblable au Christ.
Mais suis-je réellement habité par ce désir : devenir semblable au Christ ? C’est la réflexion que développe à la fin du 14e siècle un ouvrage de piété intitulé « l’Imitation de Jésus-Christ ». L’ouvrage le plus publié au monde après la Sainte Bible. Un ouvrage de piété qui nous invite à placer notre vie à la suite du Christ, à choisir l’intimité avec le Christ plutôt que la fréquentation du monde.
Encore faut-il ne pas rêver ce désir de suivre Jésus, mais nous appliquer à l’actualiser concrètement au quotidien. Car cette actualisation est source de bonheur. C’est le sujet de l’évangile de la Toussaint, l’évangile des Béatitudes. Dieu veut notre bonheur. Il veut notre bonheur à travers toutes les situations et tous les événements de nos vies. Nous savons bien que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu. Mais, pour cela, nous devons apprendre la pauvreté du cœur et la douceur. Il nous faut sans doute pleurer sur nous-mêmes et sur le péché du monde, pour devenir peu à peu miséricordieux. Il nous faut être affamés et assoiffés de justice pour pouvoir vivre la bonté et la pureté du cœur. Il nous faut passer par la contradiction, par la persécution – à cause du Christ – pour savoir si nous sommes véritablement des artisans de paix.
Compter suivre Jésus en pensant que cela n’impliquerait aucun changement de notre part serait se tromper. Dieu ne peut pas nous sauver sans nous ! Et il ne suffit pas seulement d’entendre les enseignements de Jésus. Il ne suffit pas d’être de ses compagnons, de partager son pain en sa présence, pour être sauvé. Mais il s’agit d’approfondir sans cesse notre relation avec lui en renouvelant notre façon de penser et en abandonnant tout attachement superflu à ce monde qui passe. Autrement dit, il s’agit de nous laisser configurer au Christ.
A cette condition, qu’il nous soit alors donné de devenir des “saints”, c’est-à-dire des personnes qui accueillent la vie de Dieu et tentent de faire sa volonté. Le chrétien n’est pas d’abord celui qui cherche refuge dans l’espérance d’une autre vie. Mais il est celui qui développe cette capacité à consentir à la vie. Or, celui qui nous donne l’exemple, c’est Jésus. Le Vivant par excellence, c’est le Christ. Jésus lui-même se présentera en ces termes : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).
Chers Amis, la sainteté n’est pas une morale. Elle n’est pas un chemin de récompense. Encore moins une exaltation de la souffrance. Mais elle est une invitation à simplement nous laisser toucher par ce compagnonnage aux côtés du Christ qui nous dévoile le visage d’un Dieu qui préfère au chemin du sens, celui du Salut. Jésus est venu en ce monde pour nous faire participer à ce don : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10). Les béatitudes et la sainteté ne disent pas autre chose.
Père Philippe BOISSÉ