Homélie du 26e Dimanche du temps ordinaire – Lc 16,19-31 28/09/25
Tous et toutes, à un moment de notre histoire, nous pouvons ressentir au fond de nous une grande détresse. Pire encore, il y a ces moments où la vie bascule et les portes se referment : échec, trahison, décès d’un proche, grave maladie, conviction d’avoir fait fausse route… Nous nous sentons alors victimes, jetés par le destin devant un portail, derrière lequel se trouve un rêve désormais inaccessible. Ce qui semblait faire la richesse de notre vie est comme subitement emporté au séjour des morts. Alors la tentation est grande de vouloir expliquer l’inexplicable, de chercher des compensations, des “pourquoi” afin de donner sens à l’insensé. Quels sont les actes qui pourraient alors nous offrir une ouverture ? Est-ce l’ambition, la recherche du profit, le besoin de reconnaissance ou de sécurité ? La recherche effrénée du bonheur et du bien–être, est-ce vraiment cela qui restera quand la mort viendra nous cueillir ? La parabole du pauvre Lazare ne serait-elle qu’une vaine promesse de consolation ? Comment offrir, dès aujourd’hui, un goût d’éternité à nos vies, même lorsque nous sommes dans l’abîme ?
La seconde lecture, sous la plume de saint Paul, nous donne une indication : « Empare-toi maintenant de la vie éternelle ». Non en te réfugiant dans un avenir idéalisé, mais en cherchant la justice, la confiance, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. C’est cela qui nous donne de vivre autrement notre vie. C’est le seul chemin qui puisse donner à nos vies un goût d’éternité. Rappelez-vous ce que je vous disais le 10 août dernier en évoquant l’oraison qui faisait suite à l’engagement du catéchumène lors du rite d’entrée en Eglise : « sur le chemin de la foi, le Christ vous conduira dans la charité, pour que vous ayez la vie éternelle ».
Pour donner ce goût d’éternité à nos vies, il faut dès lors accepter d’être dérangé dans notre confort, nos certitudes personnelles et nos sécurités matérielles. Chercher ces traces d’éternité, ce n’est pas se croire immortel ! C’est au contraire reconnaître que les zones d’ombre de nos histoires s’effaceront un jour au séjour des morts. C’est reconnaître également que tout ce qui aura été vécu dans l’amour, la douceur et la persévérance ne passera jamais. Tout cela sera sous le signe de Lazare, dont le nom signifie « Dieu aide ». Alors, se dévoilera au plus intime de nous la lueur d’un Dieu précaire et fragile, qui n’offre ni consolation, ni condamnation, mais qui nous accompagne dans l’abîme de nos existences, et qui « nous enrichit, par sa pauvreté » (2Cor8-9).
Moïse, les prophètes et Jésus, même ressuscité, ne seront guère écoutés de ceux qui profitent de ce monde tout en ignorant la violence et l’injustice. Nous donc qui écoutons Jésus, écoutons-le vraiment. Ne soyons pas distraits ; ne soyons pas suffisants ; ne croyons pas que nous avons tout fait pour vivre comme il le demande. Qu’importe que nous ayons le sentiment d’être trop peu entendus ! De bien des façons, le Seigneur travaille et parle en interpellant contre les violences, mais aussi en remuant les cœurs et en encourageant ceux qui sont en chemin.
Aujourd’hui, j’émettrai donc simplement un vœu pour chacun et chacune d’entre nous : n’attendons pas qu’il soit trop tard pour faire attention aux autres, pour manifester l’amitié, l’estime que nous avons les uns pour les autres. Ainsi, que toute marque de gentillesse soit le signe de cette paix qu’ensemble nous cherchons aux côtés du Christ.
Père Philippe BOISSÉ