Homélie de la Croix Glorieuse – (Jn. 3, 13-17) 14/09/25
L’idée d’un Dieu bon et plein d’amour et communément répandue. Un tel Dieu ne peut pas frapper d’une punition éternelle. A plus forte raison un Dieu créateur, qui connaît pertinemment notre infinie faiblesse ! Cette idée est conforme à la finale de l’évangile de ce dimanche : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».
Afin de nous aider à comprendre cela, en bon pédagogue, Jésus évoque le « serpent d’airain ». Dans notre culture contemporaine, nous connaissons bien cette image. C’est le bâton d’Asclépios des médecins qui a le pouvoir de guérir toutes sortes de maladies. Selon les croyances gréco-romaines, les malades fréquentant les temples d’Asclépios étaient visités en rêve par le médecin sous la forme d’un serpent. Mais dans le cas présent de notre évangile, c’est avant tout un symbole que l’on retrouve au livre des Nombres, à cet épisode au cours duquel le peuple hébreu en vint un jour à douter de la bienveillance de Dieu. Les serpents envahirent le camp. Les morts furent nombreux. Jusqu’à cet instant où Dieu demanda à Moïse de fabriquer un serpent d’airain et de le placer sur un poteau : il suffisait alors de lever les yeux et de le regarder pour être guéri.
La suite est facile à comprendre. Vous remplacez le serpent d’airain par Jésus élevé sur le bois de la croix. Il suffit alors de regarder vers Lui, donc de croire en la puissance de son amour, pour être sauvé. Ainsi, la croix est un signe ambivalent. Elle a un double sens. Elle nous rappelle que le mal existe, qu’il fait souffrir et que nous ne devons pas le nier. Mais en même temps, la croix nous dit aussi que l’amour est plus fort que tout. Jésus en croix, c’est Dieu qui nous dit : « Je vous aime à en mourir ». Non seulement Il le dit, mais également Il le fait. Il donne sa Vie pour que nous ayons la Vie. Ainsi, quand nous traversons un désert de souffrance, de peur et de doute, nous sommes invités à regarder la croix de Jésus. Regarder la croix, c’est regarder le mal en face. C’est reconnaître ce qui nous blesse. C’est regarder nos peurs en face. Mais c’est aussi regarder Jésus qui nous fait signe et nous dit : « puisque je t’ai aimé jusque-là, tu peux me faire confiance. Je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas, même dans les moments les plus difficiles. Oui, regarde-moi dit Jésus, alors tu verras l’Amour de Dieu, un Amour qui veut te guérir de toutes tes blessures, de tous tes doutes, de toutes tes peurs… et même de la mort !
Ainsi, quand je regarde la croix, je ne suis pas jugé, mais d’une certaine manière, je me juge moi-même. Pourquoi ? Parce que c’est moi et personne d’autre qui doit choisir : soit regarder, soit ne pas regarder. Dieu nous laisse libres. Il n’y a pas de «salut» automatique. Dieu nous respecte trop pour cela. Il souhaite que nous soyons des hommes libres de leur réponse. Libres parce que l’amour ne pourra jamais être un acte forcé.
Mais pour que nous levions les yeux vers le Christ en croix il faut que nous acceptions, à un moment donné, de « mettre le nez dans nos petites et parfois grandes misère ». Faire la vérité n’est pas toujours une chose facile.
Pourtant, il faut bien avancer, poursuivre notre marche. A un moment donné, il faut bien que nous arrivions à pouvoir abandonner cet orgueil derrière lequel nous croyons nous protéger et nous défendre. Et là, soyons certains que Dieu n’adhère ni à la terreur, ni à la peur, ni à la tyrannie des fausses hontes. Dieu compte sur nous, il compte sur nous pour être le prolongement de sa lumière par nos paroles et nos actes. Il n’en demande pas plus. Alors, comment faire ? C’est tout simple.
Jésus parlait le langage de l’amour.
Eh bien, l’appartenance au Christ et la compassion qui viennent des mots de Jésus nous encouragent à poursuivre ce langage de l’amour et du respect, et à valoriser tous ceux que nous rencontrons.
Jésus parlait le langage du pardon.
Eh bien, la liberté qui vient des paroles de pardon de Jésus nous encouragent à poursuivre et utiliser ce même langage du pardon.
Jésus parlait le langage de l’espérance.
Eh bien, l’espérance, fondée sur la promesse du salut de Dieu, nous incite au langage du courage et à une vie tournée vers l’espérance.
Chers Amis, dans les coulisses des événements, nos paroles peuvent faire toute la différence pour ceux que nous rencontrons. Les mots que nous utilisons ont un pouvoir : nous pouvons construire, nous pouvons encourager et nous pouvons donner de l’espérance. Nous sommes donc les témoins du serpent d’airain pour nos contemporains.
Père Philippe BOISSÉ