Homélie du 18e Dimanche du temps ordinaire – Lc.12, 13-21 03/08/25
A l’écoute de l’évangile de ce dimanche, deux remarques préalables s’imposent :
La première : la loi de Moïse aurait très bien pu permettre de régler le différend pécuniaire qui opposait les deux frères de notre évangile sans prendre Jésus pour arbitre.
La seconde : dans un monde hébraïque où la richesse était perçue comme une bénédiction, un cadeau de Dieu, il y avait un devoir spirituel à bien gérer ses biens, les faire fructifier et en faire bénéficier son prochain. Là encore, la loi de Moïse était très claire.
Toutefois, pour Jésus, les commandements de Moïse ne sont qu’une étape. En effet, que serait la paix du porte-monnaie si elle n’était pas d’abord précédée par la paix et la sérénité des cœurs. La suite du Christ sera toujours l’aboutissement d’un itinéraire qui va de l’observance de la loi à l’amour. Tant que l’amour n’est pas là, rien n’est gagné, rien n’est « sauvé ». Ainsi, à quoi servirait l’arbitrage d’un héritage s’il n’était pas précédé par le désir d’une valeur ajoutée à la qualité des relations affectives qui unissent des frères ? Et à quoi servirait d’accroître des richesses en multipliant des greniers si, avant tout, un tel effort ne favorisait chez l’homme riche la rencontre du prochain ? Si Dieu nous aime, c’est pour ce que nous sommes et non pas d’abord pour ce que nous avons.
Cela étant posé, comment orienter concrètement notre vie ? Orienter notre vie, c’est d’abord la recevoir de Celui qui nous la donne, c’est-à-dire de Dieu. A partir de là, si nous mettons Dieu au centre de notre vie, notre responsabilité sera d’ouvrir nos mains pour donner ce que nous recevons, c’est-à-dire notre vie. Car être Fils de Dieu, enfant de Dieu, c’est ne rien retenir de cette vie qui nous est donné. C’est l’exemple apporté par Jésus à chaque page de l’Evangile. Or, si nous devons donner ce que nous recevons, je crains fort qu’être riche en vue de Dieu, matériellement et financièrement parlant, ne puisse nous conduire à rester riche très longtemps. Alors, que veut dire « être riche en vue de Dieu » ? Eh bien, c’est tout simplement placer au cœur de nos vies le trésor pour lequel nous serions prêts à tout donner. Et c’est quand nous aurons ciblé ce trésor que nous serons enfin riches en vue de Dieu.
Ce trésor, quel est-il ? Il n’est pas en priorité dans les biens matériels. C’est le renversement central de l’Evangile. Pourquoi ? Parce que nul ne peut ajouter une journée à sa vie par son seul désir et ses seules richesses. Jésus nous enseigne alors à orienter notre recherche : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît ». « Le royaume de Dieu et sa justice » c’est le trésor vers lequel nous devons orienter nos recherches. Il faut nous appliquer à entrer dans le Royaume de Dieu. Et, chez saint Luc, le Règne de Dieu ce n’est rien d’autre que la vie éternelle. Tel est le trésor vers lequel nous devons orienter toutes nos recherches : vers « La vie éternelle ». Non pas l’immortalité, mais « la vie éternelle ». « Entrer » dans la vie éternelle, « naître » à la vie éternelle, c’est-à-dire à cette vie de communion avec Dieu qui ne finira jamais. C’est cela « être riche en vue de Dieu ».
Mais la question se pose : est-ce là mon désir le plus profond ? Toujours est-il qu’à côté de cela les escarmouches familiales autour des questions d’héritages ne seront que des peccadilles. Et les plans d’investissements à plus ou moins long terme ne sont que des prétentions éphémères. Ce ne sont pas les réalités d’en haut, mais des vanités comme nous l’ont rappelée la 1ère et la seconde lecture.
Père Philippe BOISSÉ