Homélie du 17e Dimanche du temps ordinaire – Lc 11, 1-13 27/07/25
La semaine passée, Marie, la jeune sœur de Marthe, nous a rappelé la valeur primordiale de l’écoute. Le croyant est un disciple qui écoute. Or, la relation étant un dialogue, en retour, Jésus nous apprend aujourd’hui à nous adresser à Dieu. Pour cela, il nous propose deux enseignements : les mots du « Notre Père » et l’invitation à être sans-gêne.
- Tout d’abord les mots du Notre Père
Très facilement, avec une certaine légèreté, nous récitons régulièrement cette prière. Peut-être parce que le contexte a changé depuis l’origine et que les mots ont perdu leur sens initial, leur pertinence première.
Je m’arrêterai simplement sur le premier mot, celui de l’adresse. « quand vous priez, dites : Père ! ». Ce premier mot est sans doute le plus important : il exprime l’identité de celui qu’on appelle Dieu et la nouvelle condition de celui qui prie : celle d’un enfant qui se tourne vers son Père. Toutefois, je ne sais pas si vous réalisez ce que cela représente pour des Juifs convertis à qui on avait toujours sévèrement interdit de prononcer le nom ineffable de Dieu, de YHWH ! Qu’ils puissent désormais, ensemble, exprimer leur allégresse envers Dieu en osant l’appeler par ce mot, « Père », « Abba ». Nous sommes à la limite de la profanation. Quand Jésus fait cette proposition, nous bafouons tout simplement les règles de la liturgie synagogale.
Autre exemple : « Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous ». Le disciple est conscient que sa foi ne supprime pas ses faiblesses. Mais il apprend un impératif essentiel : il doit au préalable pardonner lui-même à tous ceux qui l’ont blessé. Le pardon aux autres est le seul acte laissé à notre responsabilité dans le texte du Pater. Il est d’une nécessité impérieuse sans quoi la prière du Notre Père n’est qu’une pitoyable plaisanterie.
Les mots du Notre Père son lourds de sens. Il convient donc de ne pas en négliger la portée si nous souhaitons proclamer cette prière en vérité et non comme une formule magique.
- Cela étant posé, s’ajoute l’invitation à être sans-gêne.
D’emblée, nous avons là une vraie question : quel est ce sans-gêne dont parle Jésus ? Tout simplement notre capacité à accepter que l’essence même de la prière soit au-delà des rites et formules convenues. Voire, par-delà même les mots du Notre Père. Pourquoi ? Parce que ce sans-gêne porte un nom : il s’appelle Esprit Saint. Saint Paul l’exprimera en ces termes : « C’est l’Esprit qui crie en nous : ‘Abba, Père » (Ro 8, 15). Notre religion n’est pas qu’une affaire de croyances qui s’enseignent. Nous avons reçu de Jésus des mots pour prier… bien. Disons-les. Tout bas, à haute voix, seuls, à plusieurs. Quand cela va bien, quand cela va mal. Mais ce n’est pas dans les missels que le « Notre Père » a sa place. C’est d’abord dans notre cœur, puis dans notre bouche !
Trois remarques s’imposent alors :
La première : La prière a toujours posé un gros problème : très souvent, nous avons l’impression de ne pas être entendu. Seule solution : continuer sans relâche, insister comme des casse-pieds, des importuns. Jésus multiplie les verbes : demander, chercher, frapper. Notre problème n’est pas dans les « distractions ». « Mon père, je suis souvent distrait dans mes prières ». J’entends souvent cela dans les confessions. Or, le problème n’est pas tant la distraction, comme nous le pensons trop souvent, mais dans notre découragement trop rapide. Ainsi par exemple, les belles formulations de nos prières universelles ne suffisent pas si elles sont aussitôt oubliées !
Seconde remarque : Nous croyons de bonne foi demander de bonnes choses mais nous ne savons pas tout. Il se pourrait que Dieu estime bon ce qui nous paraît mauvais et qu’il remette à plus tard ce qui nous semble urgent. En tout cas, le don indispensable, et jamais refusé, est celui de l’Esprit-Saint : il nous réconfortera sans cesse. Aussi, quand nous cesserons de rabâcher le Pater comme une formule, alors nous rectifierons nos intentions.
Enfin, troisième remarque : Dans la prière du Notre Père les demandes adressées à Dieu ne le sont pas à titre individuel : « Donne-nous – Pardonne-nous – Ne nous soumets pas – Délivre-nous ». « A nous Seigneur, pas seulement à moi, mais à tous les hommes». Au regard de quoi, mon audace à demander n’est pas une démarche privée mais toujours universelle. C’est en cela que cette prière prend place au cœur de la liturgie qui est la prière même du Christ en son Corps qui est l’Eglise.
Père Philippe BOISSÉ