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Solennité de saint Pierre et saint Paul, Apôtres – Mt 16, 13-19 – 29/06/25

 

Les raisons de la théologie juive pour refuser Jésus comme Christ ou messie sont nombreuses.

Les Juifs croient que le Messie :

  • Ramènera les Juifs en Terre Sainte,
  • Il reconstruira le Temple,
  • Il régnera comme Roi,
  • Il apportera une ère de paix et de compréhension où la connaissance de Dieu remplira le monde,
  • Il conduira les nations à reconnaître les torts qu’elles ont fait à Israël.

Or,

  • Jésus a vécu tandis que le Second Temple était debout et non quand les Juifs étaient exilés.
  • Il n’a jamais régné comme un roi
  • il n’y a pas eu de période de paix subséquente ou de grande connaissance.
  • Jésus est mort sans terminer, et même sans accomplir, aucune des missions messianiques ; à la place, il a promis sa nouvelle venue sur Terre.
  • Au lieu d’être sauvés, les Juifs ont été par la suite exilés d’Israël.

Conclusion : ça ne colle pas. Jésus ne répond pas aux qualifications requises pour être le vrai Messie juif. D’ailleurs, un messie présumé qui meurt avant d’avoir accompli sa tâche ne peut pas être le vrai Messie.

A cela ajoutons que le judaïsme croit que la parole de Dieu est vraie de toute éternité. Or, qui dit parler au nom de Dieu mais diverge de la Halakha, c’est-à-dire des prescriptions rituelles, des coutumes et des traditions, ne peut pas être inspiré par Dieu, même s’il peut effectuer des actes surnaturels. Aucun prophète ne peut contredire les lois déjà établies dans la Bible. Par ailleurs, le judaïsme ne croit pas que le salut ou la repentance des péchés puissent être obtenus par le sacrifice d’une autre personne. (« Les pères ne doivent pas être condamnés pour leurs enfants, ni les enfants condamnés pour leur père. Chacun doit être condamné pour son propre péché. »)

Alors, question : où saint Pierre, qui est un bon juif, est-il allé pécher cette affirmation : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » ?

Je rappelle que nous sommes chez saint Matthieu qui écrit son évangile vers 80-90 dans une communauté d’anciens juifs devenus chrétiens. A cette époque, le concile de Jérusalem entre 49 et 58 a déjà permis de poser quelques principes de bases à la suite de l’ouverture de la communauté des Juifs chrétiens aux « païens ». En 70, les Romains rasent le Temple. Mais voilà, Jésus est déjà mort et Pierre également. Quant aux grandes définitions christologiques qui nous conduiront à proclamer le Credo, elles n’interviendront qu’au début des 4e et 5e siècles. (Nicée – 325, Constantinople – 381, Ephèse – 431 et Chalcédoine – 451). Alors, où saint Pierre est-il allé pécher cette affirmation : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » ? Quand il prononce ces paroles, nous ne sommes qu’en l’an 30.

Eh bien, c’est là que les paroles de Jésus prennent toute leur importance : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Jésus lui apprend aussitôt que cette révélation vient du Père, qui est dans les cieux. Voir en Jésus de Nazareth le Fils du Père suppose que l’on ait reçu, au profond de son être, une lumière venue d’en haut. « Nul ne peut dire : Jésus est Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint » (1 Co 12,3) écrira saint Paul. La foi est un don que l’on doit à la visite de Dieu.

Alors je conclurai en soulignant deux choses :

Premièrement, cet épisode est, à certains égards, exemplaire pour la pensée de la foi que l’Église développera sur le Christ. L’initiative de Dieu est première : le Père, qui envoie Jésus, est aussi celui qui révèle à Pierre son identité messianique et divine.

Deuxièmement, Jésus ne propose pas lui-même de formule définitive pour exprimer son identité. Il sollicite ses disciples et attend d’eux une réponse. Plus qu’à une définition, Jésus s’en remet à l’action de la parole divine qui grandit au cœur des disciples, dans le quotidien d’une existence partagée avec eux. En ce sens, on peut dire que la confession de Pierre ne vient pas seulement d’en haut : elle s’inscrit aussi sur l’arrière-fond d’un compagnonnage très concret et très humain avec Jésus.

C’est toujours valable aujourd’hui. La question est toujours actuelle : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Jésus a l’audace de nous confier la tâche de dire au monde qui il est et la mission de garder vivante sa mémoire. Cela suppose une vie partagée avec Lui qu’aucune formule ne peut contenir ni transmettre. Mais rien de cela n’est possible sans l’action première de Dieu en nos cœurs.

Père Philippe BOISSÉ

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