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Homélie de la Fête du Corps et du Sang du Christ 2025 – (Lc. 9, 11-17) – 22/06/25

 

Les apôtres sont avec Jésus. Ils rentrent de mission. Ils en ont plein les bottes… alors, « Rideau ! » Ils n’ont aucune envie de partager. Et puis, bonne excuse, il n’y a rien à manger. Et pourtant, si ! Il reste encore cinq pains et deux poissons… apparemment, si peu. Eh bien, c’est à partir de ce petit apport, de ce « si peu », que Jésus va pouvoir donner à la foule en surabondance.

A la lumière de ce texte, examinons notre quotidien. Voilà ce que je retiens. Souvent – et c’est louable – nous venons à la messe du dimanche parce que nous avons envie de nous ressourcer, de nous nourrir. C’est normal. Se nourrir de la Parole de Dieu et du Corps du Christ, c’est important. Mais ce n’est pas suffisant. Comme disait saint Augustin : « Deviens ce que tu reçois ». C’est à dire : que ta vie soit à l’image de celle du Christ. Vie de don et de partage fraternel. En d’autres termes, cesse de manger ton bout de pain tout seul dans ton coin. Partage ! Ton bout de pain, certes, mais également ce que tu vis. Et pour cela, ouvre tes oreilles, tes yeux, ton cœur, pour ne pas passer à côté de ceux qui vivent près de toi. Partage les peines, les soucis, les joies, les espoirs de ceux qui te sont proches. Bien plus, cela suppose un esprit d’ouverture qui nous conduit à reconnaître en l’autre ce qui est bien, même si ce n’est pas forcément religieux et catho… Et puis cela nous engage également à ne pas réduire l’action de l’Eglise aux seuls horizons que nous fixons. Il importe en effet de ne jamais cantonner la mission à ce que je pense être capable de faire et de penser. Pourquoi ? Parce qu’en fait, celui qui construit l’église, c’est le Christ. « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » dit Jésus à saint Pierre. C’est Jésus qui construit. Nous, nous sommes comme saint Pierre, nous ne faisons que lui proposer ce que nous sommes. En fait, nous sommes le « petit apport », le « si peu », les cinq pains et deux poissons avec lesquels Jésus peut donner à la foule en surabondance. Mais ce petit peu-là, il faut que nous soyons capables de le confier à Jésus. Nos « petit peu », nos pauvretés, sont la matière première avec laquelle Jésus peut nourrir la grande foule.

Chers Amis, c’est très important de s’accueillir à l’entrée de l’église et de se dire bonjour. Et pas seulement se dire bonjour, mais se parler, se donner des nouvelles, partager nos joies et nos soucis. C’est aussi important l’arrivée à l’église que la sortie où l’on se retrouve encore, plus longuement, pour partager ensemble quelque chose de notre vie et, pourquoi pas, à l’occasion, autour du verre de l’amitié. Que la messe ne se termine pas brutalement avec l’envoi du prêtre, du genre : « Allez-vous-en ! Cassez-vous, c’est fini ! » Non ! Si nous avons reçu, ensemble, le Corps du Christ, c’est pour partager ensemble quelque chose : vie, joies, peines, espoirs. Que personne d’entre nous ne reste indifférent aux soucis et à la peine de son frère. Voilà pour l’usage interne.

Maintenant à usage externe. Pain rompu pour un monde nouveau, nous le sommes.

Mais pour quel monde ? Les petits gestes de partage que nous pouvons faire sont très importants. Les offrandes que nous apportons, quelques pièces d’argent, ne servent pas qu’à chauffer l’église. Chaque semaine, une part en est prélevée, qui sert à venir en aide aux personnes désemparées. Et elles sont nombreuses, les situations de précarité, aujourd’hui. Cela veut dire que nous évitons de nous replier sur nos problèmes personnels. Cela veut dire que nous faisons nôtre le regard du Christ.

Il a jeté ce regard d’amour sur la foule, puis il a posé le signe de la multiplication des pains. Aujourd’hui, il nous dit : « Vous, les chrétiens, faites attention. J’ai pitié de ce monde. Vous devez participer, d’une façon concrète et précise, à mon geste d’amour, dont chaque Eucharistie est le signe. Mais le souhaitez-vous réellement ?»

Père Philippe BOISSÉ

 

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