Homélie messe de la Sainte Trinité – Jn. 16, 12-15 – 15/06/25
Au seuil de la Bible, il existe un grand porche : c’est le livre de la Genèse. Sept marches permettent d’y accéder : ce sont les sept jours de la Création. Par ce récit, nous découvrons que le visage de Dieu est celui d’un créateur. Qui plus est, d’un artiste qui pratique l’autoportrait. «Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance». Précisant un peu plus loin son intention créatrice en ces termes : «Il n’est pas bon que l’homme soit seul.» Visage d’un Dieu créateur qui préfère la communion à la solitude.
Les siècles passant, le travail de relecture des théologiens a permis d’affiner ce portrait. Nous permettant de découvrir tout au long de l’Ancien Testament, certes, l’œuvre du Dieu créateur, mais aussi du Dieu libérateur, Dieu de l’alliance et du salut. Lente maturation d’une fréquentation entre l’homme et Dieu qui aboutit, il y a deux mille ans, à cette conviction profonde : père, fils et esprit, Dieu est Trinité. Aucune autre religion n’affirme l’unité de Dieu de cette façon.
S’il en est encore besoin, la fête de la Sainte Trinité viendra alors nous rappeler que la foi des chrétiens n’enferme pas Dieu dans la froideur d’une solitude céleste. En la fête de la Sainte Trinité, Dieu nous dit aussi que la vie est relation et même qu’elle naît de la relation. En touchant au mystère de Dieu, nous finissons toujours par toucher aussi au mystère de l’homme. Merveilleuse expérience trinitaire qui rejoint une des quêtes les plus essentielles de tout homme : être quelqu’un pour quelqu’un dans une relation féconde, fidèle et respectueuse de chacun. Cette originalité chrétienne n’est pas une simple clause de style, encore moins une fantaisie d’intellectuel. En fait, la Trinité éclaire l’identité profonde de l’homme. Nous aussi nous pouvons faire l’expérience de la Trinité et par là même découvrir ce que c’est qu’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Etre créé à l’image et à la ressemblance de Dieu :
- c’est d’abord le chemin qui mène à la rencontre de l’autre dans une relation faite de communion et non pas de fusion, ni même de confusion : c’est la différence qui existe entre la tour de Babel et la Pentecôte.
- c’est aussi l’expérience de la fécondité. L’amour devient porteur de vie et d’espérance lorsqu’il s’inscrit dans une reconnaissance des différences et qu’il se nourrit de l’altérité.
- c’est encore la volonté de combattre toutes les solitudes stériles.
Chers amis, disant tout cela, j’ai bien conscience de balbutier. Jésus lui-même n’a donné aucune « leçon » sur la Trinité. Il n’a même jamais prononcé ce mot. Il a tout simplement vécu comme un Fils et, ce faisant, vécu l’amour du Père.
A l’exemple de Jésus, j’exprime donc aujourd’hui la profonde conviction que nous ne pouvons nous construire, exister, ou encore nous « sauver » tout seul. Au contraire, nous nous créons, nous nous bâtissons dans la mesure où nous nous relions, où nous communiquons ce que nous sommes aux autres. Nés d’une parole d’amour, nous sommes parole, nous sommes échange. Nés de la relation de deux personnes différentes, nous ne vivons qu’en partageant avec d’autres ce que nous sommes.
Père Philippe BOISSÉ