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Pentecôte – Jn 14, 15-26 – 08/06/25

 

A Babel, les hommes ont péché par orgueil. « Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la Terre ! » A Babel, comme au temps d’Adam et Eve, les hommes voulaient posséder la maîtrise de leur destin, pensaient avoir la connaissance du bien et du mal et ainsi  être à l’égal des dieux. Cette volonté d’une domination universelle puise généralement ses racines dans le fantasme de l’uniformité et de la pensée unique qui conduisent à vouloir tout normaliser. Uniformité qui exclut et condamne celui qui est hors du lot. Ou, à l’inverse, qui normalise le hors norme afin qu’il devienne uniforme. A Babel, par la domination, la contrainte, les hommes rêvaient d’imposer une seule langue universelle, une seule manière de penser. Aujourd’hui sans doute est-ce encore le rêve de certains. C’est le fantasme du modèle standard. C’est la pensée du prêt à porter. C’est la faiblesse de penser qu’en niant les différences, on éradique tous les problèmes. Pourquoi ? Parce que si nous sommes tous identiques, tous les mêmes, nous serons tous égaux et interchangeables. Plus besoin d’altérité, même sexuelle. Et si les être humains sont tous conçus sur un modèle identique, alors tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Malheureusement, dans notre histoire récente, ce fantasme de l’uniformité, de la standardisation, de la race unique, a conduit aux pires horreurs, aux pires atrocités, aux pires génocides.

Vous vous en doutez, ce raisonnement n’est pas celui de la Pentecôte. L’Esprit Saint vient sur la jeune Église sous la forme d’un vent violent et d’un feu. Ce n’est pas le souffle de la tranquillité. Il vient pour tous : « tous, nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » C’est l’apprentissage de la diversité et de l’ouverture au monde. D’un coup, d’un seul, les murs de la maison où se tiennent les apôtres disparaissent, comme soufflés par une tornade. Ils étaient verrouillés, les voici libérés. Plus de séparation entre la maison et la rue. Comme il n’est plus d’enceinte ni de temple entre Dieu et les hommes. C’est toute l’humanité qui est désormais le temple de Dieu.

Chers Amis, avec Jésus, Dieu n’a pas uniquement voulu être « Dieu avec nous », mais il a surtout tenu à être « Dieu en nous ». De sorte qu’après la Pentecôte, les disciples, remplis intérieurement par l’Esprit de Dieu, savent naturellement ce qu’ils ont à faire. Ils n’ont plus besoin de la présence physique de Jésus à leurs côtés. C’est ce que nous appelons habituellement l’autonomie. Or cette autonomie n’est pas individuelle mais elle est partagée. C’est un bien commun. Elle est collective. Dieu est désormais offert à tous.

Du même coup, l’observance de la loi et les signes qui régissaient l’appartenance au peuple élu est révolue. Comme le rappellera saint Paul : « en vous laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus sujets de la Loi »… L’appartenance n’est plus à graver dans la chair, mais dans les cœurs : « vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous ». L’essentiel réside dans notre capacité à vivre ensemble, même différents, et à nous aimer.

A la Pentecôte, les chemins de l’Evangile sont divers et multiples. Aussi nombreux que les cultures du monde. L’Esprit Saint nous est donné pour vivre cela. Et c’est pour cela que l’Eglise est dite « catholique », c’est-à-dire « universelle », ouverte à tous. C’est notamment pour cela qu’à l’occasion des obsèques du pape François, ce sont les cardinaux orientaux qui ont célébré le sacramental des funérailles.

Père Philippe BOISSÉ

 

 

 

 

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