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Homélie du 6e Dimanche de Pâques – Jn 14,23-29

 

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure. »

Cette parole du Christ manifeste le visage d’un Dieu étonnamment proche du monde, présent à notre humanité, auprès de chacun, chacune d’entre nous. Un Dieu tellement proche qu’il nous donne sa paix, qu’il nous laisse sa paix : « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ». Quelle est cette paix qu’il nous laisse et qu’il nous donne ? Pour nous, « avoir la paix » signifie généralement vivre dans la tranquillité, le calme, le repos, le silence… Loin des autres, loin des agitations et des bruits de la société, loin de toutes ces choses qui nous agressent… Pour nous, « être en paix », c’est vivre sans stress.

Malheureusement, cette conception de la paix reste en deçà de ce que le Christ nous propose, en deçà de ce qu’il attend de nous. Pour Jésus, un équilibre précaire au sein d’un rapport de forces ne suffit pas. Pour Jésus, la paix ne peut se réduire à une simple neutralisation des tensions et des agressivités. En fait, il nous invite à chercher plus loin. C’est ce qu’il veut nous faire comprendre lorsqu’il nous dit : « Je ne vous donne pas [la paix] comme le monde [la] donne ».

En fait, cette paix que Jésus nous donne, il la décline sous de multiples formes très concrètes : «pardonner les uns aux autres », « nous aider les uns, les autres », « nous mettre au service les uns des autres », « ne pas juger », « ne pas condamner », « ne pas aimer l’argent » … Vous l’avez compris : la paix de Jésus, non par de grandes déclarations, mais à travers les gestes simples de la vie quotidienne. C’est dire que cette paix du Christ nous engage au raz du quotidien et au plus profond de nos cœurs.

En fait, la paix du Christ relève des Béatitudes. J’en retiens trois, constitutives de la paix telle que Jésus nous la propose.

Première béatitude : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde ». Dans le « monde » des Béatitudes, il n’y a pas de vaincus, sinon l’oppression et le mal. C’est pourquoi tout chrétien doit éradiquer la tentation du vaincu à prendre sa revanche et du vainqueur à écraser le vaincu. Conditions fondamentales pour une paix durable.

Seconde béatitude : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés ». Il convient en effet de ne pas blesser la justice en voulant rétablir la paix. Le vaste domaine de la vertu de justice est un préalable à toute action décisive pour éviter la guerre. Car c’est l’injustice qui est à la racine de tous les conflits. Conditions fondamentales pour une paix authentique.

Troisième béatitude : « Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ». « Artisan de paix » et pas seulement « amis de la paix » parce que la paix est une action urgente. Or, en démocratie, c’est ici qu’est engagée la responsabilité de la nation, celle de tous les citoyens, votre responsabilité comme la mienne. Conditions fondamentales pour une paix réellement partagée.

Père Philippe BOISSÉ

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