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Homélie du 4e Dimanche de Pâques – Jn 10, 27-30

 

« Le Bon Pasteur connaît ses brebis et les conduit à la vie éternelle ». Cette affirmation commande la parabole du Bon Pasteur d’où est tiré notre évangile.

Au départ, le Bon Pasteur, c’est Dieu. Mais tel Père, tel fils : la figure du Bon Pasteur s’applique aussi à Jésus. Lui aussi est un Bon Berger qui connaît ses brebis. Et parce qu’il les connait, il donne sa vie pour elles : « Je les connais » dit-il, « elles me suivent,…  je leur donne la vie éternelle,… jamais elles ne périront,… personne ne les arrachera de ma main ». Jésus ressuscité veut nous donner la vie éternelle. C’est là son désir le plus fort. Il souhaite partager avec nous la victoire de Pâques : celle de la vie sur la mort.

Jésus est le berger, il n’est pas le voleur. Il est la porte, il n’est pas l’effraction. Il n’usera pas envers nous de violence, ni même de contrainte. C’est à la voix que nous le reconnaîtrons, comme Marie de Magdala au matin de Pâques, dans le jardin, près du tombeau. Alors… entendre son appel… l’accueillir au plus profond de notre cœur… et lui répondre… C’est là notre vocation. Parce que Dieu nous aime et c’est là sa proposition. Aussi, que répondre et comment répondre à cette invitation ? Peut-être, tout simplement, en empruntant le chemin que l’Eglise nous propose depuis 20 siècles : celui de l’amour fraternel. Parce que c’est un chemin qui engendre la paix et l’unité. Et nous mesurons combien, aujourd’hui, c’est important de vivre unis et en paix. Preuve s’il en était besoin, les images que nous ont offerts cette semaine les médias. Alors que le jeudi 8 mai, à dix reprises dans sa première allocution au balcon de la basilique Saint-Pierre, notre nouveau Pape Léon XIV lançait un vibrant appel à la paix,… le lendemain, vendredi 9 mai, le président russe faisait défiler sur la Place Rouge, au pas cadencé et en rangs serrés ses troupes, procession funèbre accompagnée des chars d’assaut, des missiles et autres engins de guerre. Choc des cultures. Celle de la paix d’un côté contre la culture de la mort de l’autre.

Entre l’intention pontificale et la réalité des faits, nous nous sentons bien démunis. Une question se pose alors : dans un tel contexte, quel peut être, quel doit être, l’apport des chrétiens ? A mon sens, un attachement indéfectible aux trois couples de valeurs que propose la foi chrétienne.

D’abord, le sens à la fois de la personne et de l’universel humain.

Le christianisme appelle à mettre au cœur et au centre de toute la personne humaine tous les individus humains quels qu’ils soient. Chaque personne humaine a une dimension universelle. Ici, l’universel et le particulier se rejoignent ; aucune autre vision du monde ou religion ne les conjoint à ce point. La foi chrétienne ne pourra jamais justifier la supériorité d’une culture, encore moins d’une race.

Ensuite, la transcendance et l’incarnation.

La foi chrétienne professe un seul Dieu vivant et vrai et souligne que rien d’autre que lui ne peut être donc considéré comme un absolu ; mais, en annonçant dans le même temps que ce Dieu s’est incarné et fait homme, elle invite à comprendre que ce n’est pas en fuyant le réel du monde, mais au contraire en l’aimant, qu’on peut rendre un culte à Dieu. Sur ce point encore, le christianisme est vraiment original.

Troisième couple : la distinction et l’unité.

« Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il convient de distinguer soigneusement ce qu’on appelle le « temporel » et le « spirituel », le politique et le religieux. La foi chrétienne ne peut justifier aucun système politique. Ces deux domaines ne sont, pour autant, pas indifférents l’un à l’autre et doivent, au contraire, dans le respect l’un de l’autre, s’apporter mutuellement reconnaissance et soutien. Unir sans confondre et distinguer sans séparer. Il est une nouvelle fois assez clair que toutes les sagesses et religions n’ont pas ici la même vision !

Ainsi, tâchons d’incarner dans nos propres comportements les valeurs fondamentales que nous avons reçues de notre tradition chrétienne, en les faisant fructifier pour la vie de nos frères, déjà dans notre pays, la France, et en Europe et, autant que possible, au-delà de ces frontières.

Père Philippe BOISSÉ

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