Homélie du 3e Dimanche de Pâques – Jn 21, 1-19
C’est le chemin de la simplicité. Tel est le trait essentiel de la présence de Jésus Ressuscité. Une fois de plus, comme à Emmaüs, c’est le partage qui révèle la présence du Ressuscité. Stupéfiante banalité de cette manifestation du Christ à ses disciples. Jésus Ressuscité s’introduit dans la vie de ses amis selon les sentiers ordinaires qui sont les leurs. A travers leur métier de pêcheur, au cœur même de leur expérience humaine, sur le bord d’une plage. Sans discours démonstratif, sans même la moindre parole d’explication ou de justification : « Venez manger ». Ce matin, l’évangile est une invitation à nous unir au Christ avec simplicité pour revenir à l’essentiel.
Toutefois, au-delà de cette apparente banalité, l’évènement nous oblige à sortir des sentiers trop convenus. Comme la messe nous conduit chaque dimanche à nous arrêter, à sortir de nos maisons pour venir à l’église. On dit facilement de ce repas partagé avec Jésus qu’il est une préfiguration de nos eucharisties. Ce n’est pas un hasard. D’ailleurs, si vous faites bien attention, cette rencontre entre Jésus et ses disciples est décrite comme une liturgie. Deux détails nous le donnent à comprendre.
Tout d’abord, l’évangile nous dit de saint Pierre « qu’il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau ». Habituellement, avant de plonger dans l’eau, on se déshabille. Saint Pierre fait l’inverse. Il revêt un vêtement pour se présenter devant son Seigneur. Comme le prêtre, le diacre ou bien les servants d’autel passent une aube, avant de célébrer la messe. Comme chaque baptisé habille sont cœur en demandant à Dieu la grâce de sa tendresse et de sa miséricorde au début de chaque messe.
Second détail : Jésus demande à ses disciples d’apporter tout le poisson qu’ils viennent de prendre. Pourtant, sur le feu de braise, les disciples ont déjà aperçu du poisson posé dessus et du pain. Comme à l’occasion de l’offertoire de nos eucharisties, quand l’officiant rappelle que le pain et le vin sont avant tout le fruit de la terre et du travail des hommes. Pas seulement des hosties et du vin. C’est le cas de cette impressionnante quantité de poisson qu’il a fallu sortir de l’eau. Pas seulement du poisson mais également le fruit de la mer et du travail des apôtres.
Ce que Jésus nous propose est tellement grand ! La prière liturgique est prière de l’Eglise et donc prière même du Christ dans son corps qui est l’Eglise. Il nous faudra pourtant sans cesse revenir à la simplicité première de notre évangile : « Venez et mangez ». Ces quelques mots ont le pouvoir en communauté de nous unir au Christ. C’est ce qui se passe lorsque nous communion à la messe. Nous faisons l’Eglise. L’eucharistie fait l’Eglise. Et en même temps, ces quelques mots nous envoient au large pour de nouvelles pêches. Et plus que tout, ces quelques mots annoncent le repas auquel, un jour, nous participerons tous ensemble aux côtés de Jésus lorsque nous aborderons sur l’autre rive.
Pour finir, je voudrais simplement évoquer la figure du frère dominicain Pierre RAFFIN. Il était évêque. Il fut notre évêque durant plus de 26 ans. Comme nombre de croyants, il a été et il est resté ébloui par la sainteté de Dieu ! Aucun ministère ne se vit sans cet éblouissement. Comme le rappellera lors de ses obsèques le Père Paul-Dominique MARCOVITS, son disciple dans l’Ordre des Frères Prêcheurs, je le cite : « de là venait son amour pour la liturgie, son souci d’exactitude dans l’exécution des célébrations ». Pour Monseigneur RAFFIN, en chaque liturgie, tout devait être beau, tout devait être parfait. Son exigence nous restera à jamais. Ses « remontées de bretelles » également. Pourquoi cette exigence ? La raison est simple. Mgr RAFFIN la formulait ainsi : « parce qu’en toute liturgie Dieu est là, donc tout est là ! ».
Père Philippe BOISSÉ