Homélie du 4e Dimanche de Carême – Année C – (Lc 15, 1-32)
Généralement, nous avons beaucoup de mal à associer la joie et la réconciliation. La confession est rarement une partie de plaisir. Sans doute parce que nous comprenons trop facilement la réconciliation comme l’effacement d’un contentieux entre Dieu et l’homme. Il faut payer. Mais voilà, la réconciliation ce n’est pas cela. La réconciliation, c’est avant tout un rapport joyeux de communion qui se restaure et nous restaure. Ainsi, dans l’évangile, la restauration de la communion entre l’homme et Dieu est toujours associée à un repas. C’est le cas dans la parabole du fils prodigue. Si le père organise un grand banquet, c’est pour renouer avec son plus jeune fils. De son côté, le fils ainé ne semble pas avoir compris cela. Le raisonnement de ce dernier procède d’une jalousie égoïste et comptable. « Pourquoi pour lui un veau gras alors que pour moi pas même l’ombre d’un chevreau pour festoyer avec mes amis… ce n’est pas juste ». Ce faisant il oublie deux choses :
La première : il est toujours avec son Père et tout ce qui est à son Père est désormais à lui, son jeune frère ayant déjà pris sa part d’héritage.
La seconde : il devrait, lui aussi, se réjouir du retour de son frère, ce qui n’est pas le cas.
Aujourd’hui, dans l’Eglise, la communion se réalise, toujours et encore, au cours d’un repas : celui de l’eucharistie. Et c’est pourquoi, au début de chaque messe, nous commençons toujours par faire nôtre cette démarche de l’enfant qui revient vers la maison de son père. Non pas d’abord pour déverser une liste des fautes commises, mais simplement pour signifier combien nous avons besoin de Dieu. Kyrie Eleison du grec en français se traduit par « Seigneur prends pitié, aie pitié de moi, aide-moi, j’ai besoin de toi… » et non par « Seigneur pardonne-moi ». C’est bien pour cela que le père en accueillant son fils le prend dans ses bras et sur son cœur. « Père, je ne mérite plus d’être appelé ton fils »…. « Petit n’en dit pas plus » : l’accueil du père arrête les paroles de celui qui n’a jamais cessé d’être son fils. Le jeune homme n’a pas besoin d’exprimer l’humiliation dans laquelle il s’est engagé lui-même pour retrouver l’affection de son Père.
Chers amis, le plus difficile n’est pas de dire nos péchés. Le plus difficile c’est de ne jamais oublier que nous pouvons toujours revenir vers Dieu.
A partir de là je voudrais faire trois remarques :
- Première remarque
Si nous souhaitons réellement vivre en chrétiens… Alors, il est nécessaire d’abandonner les attitudes et jugements sommaires. Car le danger nous guette. Tel ce danger de livrer nos jugements à des schémas réducteurs. Tel ce jugement primaire qui envahit le cœur du fils ainé : « Pourquoi lui et pas moi ? ». C’est un jugement, un raisonnement qui minimise l’amour du Père pour ses fils et c’est bien dommage.
- Deuxième remarque
Si la parabole de ce jour nous parle de deux fils, elle nous parle d’abord d’un père… d’un père qui fait preuve d’une grande liberté dans son rapport avec ses fils… L’enseignement est simple : jamais il ne nous comblera de reproches mais toujours de son amour… C’est ce que Jésus essaye de nous faire comprendre.
- Troisième remarque
Il est difficile d’être miséricordieux si nous n’avons pas, nous-mêmes, fait l’expérience de la miséricorde… la conversion vraie, le pardon demandé et reçu, nous aident à devenir à notre tour miséricordieux… c’est là une expérience spirituelle fondamentale.
Voilà. Il me semble que nous ne vivons pas dans un monde où, d’un côté, il y aurait les bons et, d’un autre, les méchants. Mais nous vivons un monde ou plus que jamais, nous sommes confrontés à l’impérieux devoir de nous défaire de nos jugements préconçus. Ensuite, veillons à ne pas réduire, resserrer, restreindre l’amour de Dieu. Il sera toujours plus grand, plus large, plus infini que tout ce que nous pouvons imaginer. Enfin, n’hésitons pas à partager les grâces que nous avons reçues, notamment celle du pardon.
Père Philippe BOISSÉ