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Homélie du Mercredi des Cendres 2025 – Mt. 6,1-6, 16-18

 

Voici que nous entrons dans le temps du carême. Nous avons 40 jours devant nous. Comme chaque année, nombre d’entre nous cherchent déjà quels sont les gestes qu’ils vont pouvoir trouver pour marquer par la rigueur ce temps de la vie spirituelle.

  • Vais-je renoncer aux chocolats ?
  • Lever le pied sur les apéros et le tabac ?
  • Donner un peu plus à la quête du dimanche ?
  • Regarder un peu moins la télé ?
  • Prier un peu plus ?
  • Eviter les « prises de bec » entre conjoints ?
  • Etre un peu plus patient avec les enfants ?

Comme autant d’efforts et de petits sacrifices à faire.

Je serais tenté de dire que tout cela serait dénué de sens,  ne servirait à rien, si préalablement, nous ne faisions l’effort de rappeler la raison d’être de ce temps liturgique. En effet, le carême n’est pas fait pour justifier une cure d’amaigrissement. Ce n’est pas une psychothérapie de groupe destinée à gommer nos différends relationnels. Encore moins une recherche du sacrifice pour le sacrifice. Ce n’est pas l’ascèse pour l’ascèse. Ce n’est pas non plus la somme des privations qui compte. D’ailleurs la négation ne justifie pas le carême. Tout simplement parce que l’homme ne se construit pas par la négative. Si le temps du carême nous est proposé, c’est avant tout pour nous aider à replacer au centre de nos vies ce qui est l’événement fondateur de notre foi chrétienne, à savoir : la mort et la résurrection de Jésus. C’est la fête de Pâques qui fonde le temps du carême et non l’inverse.

A partir de là, la question à poser est la suivante : pour être vécue en plénitude, la fête de Pâques suppose quelles dispositions spirituelles ? Une seule ! Je la formule ainsi : le ferme désir de discerner le projet que Dieu a pour chacun d’entre nous et pour le monde. Or ce discernement passe par la rencontre d’une figure incontournable : celle de Jésus-Christ. Pourquoi ? Toute simplement parce que ceux qui veulent aller vers Dieu doivent passer par lui. Jésus le dit à sa manière : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Celui qui veut aller vers le Père doit passer par moi ». Les théologiens le disent d’une autre manière : « Parce que Jésus est la plénitude de la Révélation ». Ce qui revient à dire qu’en lui, il nous est donné de découvrir pleinement « qui est Dieu ? ».

Il est donc impossible pour un chrétien d’éviter la personne même de Jésus-Christ. C’est parce que la personne du Christ est spirituellement incontournable pour ma vie d’homme et de baptisé que je serai, toujours et encore, invité à me tourner vers lui. Et c’est parce que je serai toujours et encore invité à me tourner vers lui, qu’il me faudra inévitablement me recentrer sur ce qui constitue l’essentiel de mon existence humaine. Mais cela ne pourra se faire qu’en m’appliquant à désengorger ma vie de tout ce qui est superflu.

Pour nous y aider, l’Eglise, forte de ses 2 000 ans de tradition spirituelle, nous propose trois outils : l’aumône, le jeûne et la prière. Ces trois outils, elle ne les a pas inventés. Ce sont ceux-là mêmes proposés par Jésus :

  • L’aumône ou le partage parce qu’on ne peut pas ouvrir son cœur sans ouvrir ses mains. « Dans le secret », précise Jésus. Pourquoi ? Parce que « si la main gauche ignore ce que donne la main droite », c’est pour laisser Dieu, et Dieu seul, reconnaître le sens de ton partage.

Durant ce carême, par l’aumône et le partage, prenons donc du temps pour laisser le Christ nous redire sa parole si souvent entendue : «Ce que vous faites à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites ».

  • Le jeûne ou la privation parce qu’on ne peut découvrir Dieu dans nos vies sans découvrir un peu mieux qui nous sommes en vérité. Une fois de plus « Dans le secret », précise Jésus. Pourquoi ? Parce que les chaînes qui entravent ta vérité sont toujours liées à des blessures intimes qui imposent la délicatesse et supposent la discrétion.

Durant ce carême, par le jeûne ou la privation, prenons donc du temps pour donner au Christ l’occasion de nous dire ces quelques mots : « Ecoute, je viens pour toi, je viens pour te libérer. Mais sans toi, sans ton aide, je ne peux rien faire ».

  • Enfin la prière ou l’oraison parce que pour rencontrer le Seigneur, il ne s’agit pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer « Dans le secret », précise encore Jésus. Pourquoi ? Parce que la qualité de tes relations ne se mesure pas au nombre de lettres, de coups de fil ou d’heures passées ensemble. Elle est dans l’intensité de la communion et  donc dans le secret de ton cœur.

Durant ce carême, par la prière ou l’oraison, prenons surtout du temps pour laisser au Seigneur la possibilité de nous dire ce qu’il a toujours voulu nous dire : « Je voudrais te rencontrer dans le secret car tu es mon enfant ! ».

Chers Amis, je souhaite à chacun d’entre vous un « Bon carême ! ».

Père Philippe BOISSÉ

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