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Homélie du 3e Dimanche du temps ordinaire – (Lc. 4, 14-21)

               

De retour auprès des siens, Jésus affirme ouvertement, à la stupéfaction générale, qu’il est le Messie annoncé par le prophète. Il se présente comme le Messie, c’est-à-dire comme « LE LIBERATEUR ».

Dans les années qui ont suivi le concile Vatican II, on a beaucoup critiqué la Théologie de la Libération qui était développée sur le sous-continent américain. Certains théologiens ont alors été sanctionnés en raison du lien organique qu’ils essayaient d’établir entre la théologie et le marxisme. Je pense en particulier à Léonardo BOFF et Ernesto CARDENAL. Sans doute ont-ils forcé le trait.

Il n’était pas forcément nécessaire de recourir à Karl Marx pour expliquer l’évangile. Cependant, je pense que toute théologie, dès qu’elle évoque le visage de Dieu révélé par le Christ, devient une théologie de la libération. Vous pouvez relire tous les évangiles : vous constaterez que tous les gestes, toutes les attitudes, toutes les paroles de Jésus sont destinés à apporter la libération aux hommes. D’ailleurs, les libérations à conduire ne manquent pas ! Face au Christ, se presse une humanité écrasée par ceux qui détiennent le pouvoir, et plus particulièrement le pouvoir spirituel…

Des hommes et des femmes asservis et brisés par le joug de la bêtise humaine…

Oui, nous pourrions évoquer ces nombreux combats menés par Jésus pour que des hommes et des femmes ne soient plus étouffés par une litanie de prescriptions présentées comme « l’expression de la volonté divine « . Des combats menés pour que des lépreux, des aveugles, des malades, des pauvres en général, ne soient plus regardés comme des pécheurs et donc des exclus. Au jour de l’évangile que nous venons d’écouter, un combat essentiel a réellement été engagé. Un combat contre tout ce qui opprime l’homme… Un combat qu’il nous faut prolonger, aujourd’hui encore…

Jésus guérit un aveugle ? ! Jésus a guéri quelques aveugles mais pas tous les aveugles de son pays. Il nous dit alors : «  Fais attention ! En chaque être humain il existe aujourd’hui encore des forces d’aveuglement qu’il faut absolument dépasser ! »

Jésus guérit un paralysé, mais pas tous ? ! Alors, il nous dit : «  Fais attention ! Aujourd’hui encore, sous bien des rapports la vie peut parfois être bloquée, paralysée, anesthésiée par des besoins accessoires et futiles ».

Jésus guérit un lépreux marginalisé par sa maladie ? !  Oui, mais pas tous les lépreux de Palestine. Il nous dit :« Fais attention ! Toi aussi, aujourd’hui encore, tu es parfois capable de marginaliser et d’exclure un grand nombre de personnes. »

Ainsi en est-il : chacun de nous peut écraser son prochain ou bien promouvoir sa dignité. Ce faisant, je crois que Jésus nous incite aujourd’hui, plus que jamais, à poursuivre son œuvre de libération en faveur de tous les exclus de notre temps. Nos pensées, nos actes et nos regards sont-ils alors en cohérence avec cette libération de tout homme – et de tout l’homme – voulue par le Christ ?

Nos paroles, nos gestes et nos regards permettent-ils à toutes personnes d’exister en vérité ? Par définition un chrétien est un homme libre. Libéré par la loi évangélique, il se doit d’être, à son tour, libérateur de ses frères. Pas demain, mais aujourd’hui, tout de suite. De la réponse apportée à ces questions dépend la qualité de notre témoignage évangélique. Mais cela suppose que la liberté aille de pair avec la vérité.

« La vérité vous rendra libres. » Oui, la vérité conduit à la liberté authentique. Toutefois la liberté de conscience n’est jamais une liberté affranchie « de » la vérité, mais elle est toujours et seulement « dans » la vérité.

Je vous invite à relire la lettre encyclique de saint Jean-Paul II « Veritatis splendor » au  n° 64.

Père Philippe BOISSÉ

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