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Homélie du 2e Dimanche du temps ordinaire – Jn 2, 1-12

 

Nous sommes régulièrement habitués à souligner la dimension paternelle de Dieu : il est « Notre-Père ».

Par contre nous sommes peu habitués à souligner dans l’Ecriture l’aspect nuptial de Dieu.

Pourtant, cette dimension éclate à plusieurs reprises dans la Bible :

« Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a faite, Dieu, t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de Dieu ». C’est le prophète Isaïe qui écrit cela.

Le prophète Osée, lui, nous présente l’image d’un Dieu épris d’Israël et qui va jusque dans le désert rechercher son épouse infidèle.

L’apôtre saint Paul, lui-même, à propos de l’amour de Dieu qui nous presse et nous urge, emprunte l’image du jeune époux qui enlace son épouse.

Ainsi, la célébration des noces qualifie la relation intime et vivante que Dieu noue avec l’humanité, avec son Eglise, avec chacun, chacune d’entre nous.

C’est encore le cas de notre évangile qui présuppose les traits spécifiques de la relation conjugale :

 

1 – D’abord la liberté du choix.

Parler d’épousailles entre Dieu et l’humanité, c’est prendre conscience que j’ai à me déterminer pour Dieu.

A l’accueillir.

A lui ouvrir les portes de mon cœur et de ma vie.

A me confier à lui comme à un conjoint.

A laisser véritablement son amour envahir ma vie pour qu’il devienne le centre de gravité de mon existence.

 

2 – Aimer, c’est aussi s’engager.

Devant les parents, les amis, devant la société et après mûre réflexion, deux personnes posent un acte officiel d’engagement.

Ils se promettent fidélité, assistance, soutien.

Même, et surtout, dans les moments difficiles, ils se font un devoir, une règle de s’aimer.

Ainsi en est-il avec Dieu.

Son amour ne connaît ni les sautes d’humeur, ni les états d’âme.

Il est invariable, indéfectible.

Et pour peu que la distance se creuse entre lui et nous, voici que son amour se fait supplication et compassion.

Comme le père de l’enfant prodigue, il court à notre recherche.

 

Qu’avons-nous alors à lui propose, à lui offrir ?

« A Cana, le vin vint à manquer » nous dit l’évangile.

« Ils n’ont plus de vin » se lamente Marie qui intercède auprès de son Fils.

« Il y avait six jarres de pierre » note l’évangéliste.

Le chiffre n’est pas anodin.

C’est le chiffre de l’homme créé le sixième jour selon le récit symbolique de la Genèse.

Les six jarres sont vides comme parfois notre humanité est vide.

Vide de ce vin qui, dans la tradition biblique, est le symbole de l’amour et de la joie.

 

A Cana, Jésus vient à la rencontre d’une humanité qu’il veut épouser, mais il la trouve privée d’amour.

Elle n’a rien à lui offrir.

Il se laisse donc toucher par ces manques.

Il vient la rejoindre dans son incapacité à rendre amour pour amour.

Nos insatisfactions, nos échecs, nos déceptions, nos épreuves, sont bien à l’image de ces amphores.

Puissions-nous alors, non pas nous désespérer de nos vides, ruminer nos frustrations ou encore essayer de les combler par des artifices trompeurs.

Au contraire, servons-nous de tout ce dont nous sommes privés ou mutilés, de toutes nos pauvretés, comme d’un calice, d’une coupe disposée en creux où Jésus peut déposer la tendresse et la joie d’un vin nouveau.

L’Evangéliste de ce jour nous interpelle :« Faites tout ce qu’il vous dira ».
Eh bien présentons nos jarres vides, nos mains vides, nos cœurs vides… comme autant de lieux où un amour nouveau, celui du Christ vient nous consoler de toute peine et nous apporter sa joie.

Jésus nous fera alors comprendre que nous ne serons pas sauvés malgré nos vulnérabilités mais à partir d’elles.

Père Philippe BOISSÉ

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