Homélie du Dimanche de la Sainte Famille – Lc 2, 41-52
C’est au XVIIe siècle avec un religieux canadien, François de Laval, que l’on commence à réellement vénérer la Sainte Famille.
La fête, quant à elle, est instaurée à la fin du XIXe siècle par le pape Léon XIII.
Elle n’est étendue à l’église universelle qu’en 1921 sous l’impulsion du pape Pie XI.
Et c’est en 1969 que cette fête est rattachée à l’octave de Noël.
Aujourd’hui, en 2024, l’actualité nous oblige à réfléchir aux évolutions de l’institution familiale.
Cela me semble plus que jamais nécessaire.
Toutefois, en ce domaine, je resterais prudent quant à l’usage qu’il nous est possible de faire des textes bibliques.
Par honnêteté intellectuelle, il convient de ne pas faire dire aux textes ce qu’ils ne disent pas.
D’une part, parce qu’ils ont été écrits dans un contexte social et culturel totalement différent de celui que vivent nos familles actuelles.
D’autre part, parce qu’il convient de rappeler que ces textes n’ont aucunement l’intention de présenter un quelconque modèle familial
Le Recouvrement de Jésus dans le Temple par Marie et Joseph appartient à ce genre littéraire particulier que l’on appelle les évangiles de l’enfance.
St Matthieu et St Luc sont les seuls à l’évoquer.
St Marc et St Jean n’en disent rien.
Pourquoi cette discrétion évangélique ?
Simplement parce que les évangiles ne sont ni des chroniques, ni des reportages en direct, ni des biographies, mais, comme leur nom l’indique, l’annonce d’une bonne nouvelle.
Une annonce qui est condensée dans un fait, un seul : Jésus-Christ, que les hommes ont crucifié, Dieu l’a ressuscité.
St Luc a en tête cet événement fondateur lorsqu’il écrit, plus de 40 ans après, le récit de la fugue de Jésus à l’âge de 12 ans.
C’est dire que l’évangile de la Sainte Famille n’est pas un enseignement moral concernant la vie familiale.
On peut simplement supposer que cette famille a grandi dans le respect mutuel et la reconnaissance des différences qui existaient entre chacun de ses membres.
Il a fallu que la foi de Marie évolue : c’est ce que suggère Luc.
Il a fallu que Jésus soit « soumis » à ses parents.
Il a fallu que Joseph, dont on ne cite pas une seule parole dans les évangiles, accepte la mission discrète et si nécessaire qui lui était confiée.
Dans cette famille, personne n’appartenait à personne, et c’est peut-être en cela qu’elle a été exemplaire.
Car toute famille est le lieu d’une éducation mutuelle, tant du côté des parents que du côté des enfants.
Or, je vous rappelle que le mot « éducation » en son sens étymologique signifie « faire sortir.. »
En ce sens, toute famille, quelle qu’elle soit, est un lieu de passage et non un espace hermétiquement fermé et replié sur lui-même.
Il en est de même pour cette grande « famille humaine » que l’on appelle la société.
L’appartenance à un peuple, à une nation ne doit pas nous conduire à une nationalisation étroite et aveugle de l’amour.
Elle doit au contraire nous permettre de nous ouvrir les uns aux autres et tout particulièrement à ceux qui ne pensent pas ou ne vivent pas comme nous.
Ainsi, il n’est rien de plus surréaliste que de vouloir actuellement imposer un mariage pour tous alors que, dans le même temps, on fait tout pour banaliser le divorce et que d’autre part ceux qui votent ces lois vivent en concubinage notoire.
D’un côté c’est « Achtung ! Nous avons les moyens de vous Marier ! » et d’un autre coté, c’est « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ! »
Ainsi, tous les appareils juridiques que l’on tente actuellement de mettre en place ne serviront à rien si d’abord ne prédomine pas en nous le désir d’être tous « enfants d’un même Père ».
C’est du moins la réalité première à laquelle nous invite l’évangile.
Tout être humain est enfant de Dieu, quelle que soit sa sensibilité.
C’est le message de l’évangéliste St Luc.
En son temps St Jean Baptiste fut décapité pour avoir dit à Hérode ses quatre vérités.
Aujourd’hui, oublions les frasques érotiques du roi, mais gardons au cœur le courage du prophète.
Père Philippe BOISSÉ