Homélie de la Fête de Noël 2024 – Jn. 1, 1-18
Noël c’est l’histoire d’une rencontre, l’histoire incroyable d’une rencontre entre Dieu et l’homme ! Non pas seulement la recherche amoureuse de Dieu vers l’homme ou la recherche maladroite de l’homme vers Dieu, mais leur rencontre.
A force de se chercher, Dieu et l’homme se sont trouvés.
Dieu en a eu assez de ces présentations qui n’en finissaient plus.
Il a choisi de bousculer le protocole et les convenances afin de provoquer une véritable rencontre avec l’homme.
Dieu a choisi de venir en personne habiter l’histoire humaine.
« Dieu s’est fait, notre compagnon d’humanité ».
Risquant le tout pour le tout, Dieu, à Noël, se livre aux mains des hommes.
Désormais, il n’est plus possible de l’ignorer.
Il n’y a pour les hommes qu’une alternative : l’accueillir ou le rejeter.
Car Dieu se dit tout entier – mieux, se donne tout entier ! – dans cet enfant déposé dans la mangeoire de l’étable !
Noël une véritable rencontre qui introduit un changement dans ce que Dieu et l’homme disent l’un de l’autre.
Un Dieu qui ne s’impose pas, mais qui s’offre à nous, fragile et vulnérable comme un enfant.
Un Dieu qu’on peut blesser en blessant l’homme.
Un Dieu très proche, un Dieu infiniment proche, si proche qu’il prend chair de notre chair et que désormais on ne sait plus très bien où passe la frontière entre Dieu et l’homme, entre le sacré et le profane.
C’est le grand mystère de Noël.
Désormais tout homme a une valeur infinie.
Non seulement parce qu’il a été créé à l’image de Dieu.
Cela, on le savait avant la venue de Jésus.
Mais tout homme a une valeur infinie parce que Dieu en personne a pris notre humanité.
Ainsi, en regardant l’enfant de la crèche, chacun peut avoir une idée de sa propre humanité : à la fois pauvre et fragile et en même temps belle parce que transfigurée par Dieu.
Chers Amis, il faut entendre et méditer cette préface de Noël : « Celui qui, par nature, est invisible se rend visible à nos yeux. Engendré avant le temps, il entre dans le cours du temps ! »
En rencontrant l’homme – bien mieux, en se faisant homme – le Créateur rencontre et prend sur lui les limites de la créature… limites du temps et de l’espace.
Celui qui porte l’univers par sa parole accepte d’être porté par ses créatures !
Celui qui est éternel accepte de naître, de grandir et de mourir !
Celui qui est le Verbe éternel de Dieu fait siennes les frontières de nos mots et de nos phrases.
Bienheureuses ces limites qui sont les nôtres !
Bienheureuses toutes ces limites physiques et culturelles que nous prenons à tort pour contraignantes alors que Dieu les assume !
Ainsi, parce que je suis limité, j’ai besoin des autres.
Je suis amené à dépendre des autres, comme eux, parfois, dépendent aussi de moi.
Bienheureuses limites qui nous invitent à la confiance et à la solidarité !
Dieu lui-même assume tout cela à Noël, choisissant de faire confiance à l’homme, prenant le risque inouï de confier la Bonne Nouvelle de son amour au témoignage fragile de notre humanité.
Oui, à Noël, en rencontrant l’homme, Dieu, en Jésus, prend sur lui les limites de ses créatures.
Mais de son côté, en rencontrant Dieu, l’homme, en Jésus, découvre sa destinée éternelle et il apprend à aimer comme Dieu.
Merveilleux échange que les Pères de l’Église résumaient ainsi : « Dieu se fait homme pour habituer l’homme à recevoir Dieu, et habituer Dieu à habiter en l’homme ! »
Ou encore, la prière sur les offrandes de la messe de la nuit : « Reçois favorablement, Seigneur, l’offrande présentée en cette nuit de fête, afin que, par ce mystérieux échange, nous soyons configurés à ton Fils en qui notre nature est unie à la tienne. »
Père Philippe BOISSÉ