Homélie de Noël 2024 – Messe de la nuit – Lc 2, 1-14
A bien des occasions, la Bible raconte nombre de naissances miraculeuses qui surviennent comme un cadeau fait par Dieu à des femmes sans enfant.
Un évènement toujours annoncé, porté par un messager.
Jusqu’alors, Dieu nous avait parlé par des intermédiaires, que ce soit des anges ou des prophètes.
Dans le récit évangélique de l’Annonciation, c’est un ange, Gabriel, qui fut l’intermédiaire.
Il s’adressa à Marie « de la part de Dieu ».
Auprès de Marie, l’ange Gabriel a parlé.
Mais pas seulement.
Rappelez-vous dimanche dernier l’évangile de la Visitation.
Ainsi, dans le sein de sa mère, Jean-Baptiste, lui aussi, était déjà le messager, le prophète de Dieu.
Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, Jean-Baptiste tressaillit en elle.
Et ce tressaillement, ce message, suffit à Elisabeth pour identifier la visite de Dieu.
Mais voilà, ce soir, la situation change radicalement.
Ce soir, le tout-puissant, le créateur et maître de l’univers prend chair de notre chair.
Celle d’un petit enfant emmailloté et couché dans une mangeoire.
Qu’a-t-il voulu nous dire en agissant ainsi ?
Quel était son projet ?
Eh bien, en venant sur notre terre, en s’habillant de notre condition, Dieu nous dit tout simplement que nous lui ressemblons.
La Bible avait déjà rappelé que nous étions créés à l’image de Dieu.
Ce soir Jésus nous le confirme.
Bien plus qu’un petit grain de sable s’agitant sur une minuscule planète du cosmos, nous valons le déplacement de Dieu.
Il nous invite donc à le suivre, à grandir comme lui, en grâce et en sagesse.
Il nous invite à devenir pleinement ce que nous sommes, des hommes et des femmes capables d’épouser sa vie.
Ce petit enfant qui arrive sur terre a déjà un projet pour les humains que nous sommes.
Adulte, il le rappellera à qui veut l’entendre : il veut refaire le monde.
Comment ?
En proposant aux hommes et aux femmes les mœurs de Dieu. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé… Pardonnez comme le Père vous pardonne… Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Dieu vient sur terre pour que nous soyons comme Lui.
Dieu vient en notre monde pour que la Terre soit comme le ciel : un royaume de justice, de paix et d’amour.
Toutefois, l’amour sans visage n’existe pas.
C’est ce que le pape François nous rappelle dans son ouvrage « L’Ami de Dieu ».
« Dieu Lui-même ne pouvait rester amour sans devenir visage… »
C’est la Bonne Nouvelle que nous rappelle ce soir cette nativité.
L’amour demande, réclame un visage, et quiconque connaît l’Écriture le sait : qui cherche Dieu cherche un visage.
C’est d’ailleurs l’expérience humaine fondamentale : on ne devient humain que dans un vis-à-vis.
En cette nuit de Noël, que Dieu bénisse nos relations interpersonnelles qui nous permettent de grandir dans l’Amour !
Soyons des visages de Dieu qui veut faire de tous les êtres humains ses enfants !
Plus nous serons humains les uns avec les autres, plus nous serons divins, rayonnant du visage de Dieu !
Tel est bien le souhait de Jésus.
A terme, que ce soit Noël tous les jours.
Il est venu pour cela.
Pour que tous les jours, nous ayons, chevillée au corps, la vie de Dieu.
S’Il a pris notre cœur c’est pour que nous ayons le sien.
L’enfant démuni qui nous arrive veut que nous lui donnions nos bras, nos mains et notre cœur pour qu’il puisse aimer ceux qui nous sont proches.
Pour qu’il puisse faire la paix dans notre famille, sur nos lieux de travail et nos écoles.
Pour qu’il puisse venir au secours de celui qui a besoin d’un coup de main, d’un encouragement ou tout simplement d’un sourire.
Ce soir, avec les bergers, avec Marie et Joseph, nous contemplons l’enfant dans la crèche.
J’ai alors en mémoire et au cœur ces quelques mots d’un philosophe juif, formé à l’école de la Thora, Emmanuel LEVINAS. Je le cite : « Ce visage s’impose à moi, il me parle, il m’enjoint, sans que je puisse me dérober à son appel, à ma responsabilité à son égard. Son premier mot est en effet : « Tu ne tueras point ! » L’effet de ce visage est de bouleverser « l’égoïsme même du moi », de désarçonner « l’intentionnalité qui le vise » (Humanisme de l’autre homme, 1972)
Père Philippe BOISSÉ