Homélie du 4e dimanche du temps de l’Avent – Lc 1, 39-45
Les deux premiers chapitres de l’Évangile de Luc, ce sont deux naissances : celles de Jean Baptiste et de Jésus.
C’est une rencontre, celle d’Elisabeth et de Marie.
L’Evangile nous dit que « Marie se mit en route rapidement ». Pourquoi cette hâte ?
Comme saint Thomas au lendemain de la résurrection, Marie cherchait-elle une preuve ?
Voulait-elle vérifier les paroles de l’ange en constatant la maternité d’Elisabeth ?
Penser cela, ce serait un manque de confiance pour ne pas dire un manque de foi.
Je pense plutôt qu’elle tenait à partager avec sa cousine un bonheur commun, celui de la maternité
Habituellement, les mamans prennent conscience très rapidement de ce que représente leur grossesse.
Alors que les pères ne réalisent pleinement leur paternité qu’à la naissance de l’enfant.
Or, nous sommes dans la maison de Zacharie.
Ce dernier n’apparaît pas.
Cette Visitation est donc une affaire de femmes.
Entre femmes, elles partagent la joie de la vie donnée et reçue.
Elles partagent tout ce qui se passe dans leur corps.
Les hommes resteront toujours, pour une part, extérieurs au mystère de ces neuf mois, comme d’ailleurs au mystère de l’accouchement lui-même.
La Bible raconte quantité de naissances miraculeuses qui surviennent comme un cadeau fait par Dieu à des femmes sans enfants.
Ce cadeau n’est pas une pochette surprise.
Mais il s’inscrit toujours dans le projet de Dieu.
C’est pourquoi il est annoncé, il est porté par un messager.
Lorsqu’elle s’adresse à sa jeune cousine, Elisabeth lui dit « heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
On ne fait pas suffisamment attention à ces quelques mots : « de la part ».
Or, il est très important de nous rappeler que Dieu nous parle par des intermédiaires.
Dans le récit évangélique de l’Annonciation, c’est un ange, Gabriel, qui est l’intermédiaire.
Il s’adresse à Marie « de la part de Dieu ».
En fait Dieu nous parle par toutes choses.
La création tout entière est un langage offert au croyant.
Le psalmiste le chantera en ces termes : « Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains, le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance. »
L’ange Gabriel a parlé.
Mais pas seulement.
Ainsi, dans le sein de sa mère, Jean-Baptiste, lui aussi, est déjà le messager, le prophète de Dieu.
Quand Élisabeth entend la salutation de Marie, il tressaille en elle.
Et ce tressaillement, ce message, suffit à Elisabeth pour identifier la visite de Dieu et lui offrir sa louange.
« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? ».
Ces paroles d’Elisabeth rappellent celles du roi David quand l’Arche de l’Alliance entra à Jérusalem.
La seconde exclamation manifeste la joie.
«Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur »
Une joie qui éclate au moment où Dieu fait son entrée dans le monde.
Joie d’Elisabeth qui trouve un sens à sa vie.
Joie de Jean-Baptiste qui tressaille d’allégresse dans le ventre de sa mère.
Joie de Marie qui, peu après, entonnera son Magnificat.
Nous sommes au tout début de l’évangile, mais déjà au cœur des Béatitudes.
Tel est le sens des fêtes de Noël qui approchent.
La joie de Dieu fait irruption en notre monde.
Si nous sommes croyants, il nous est impossible de l’ignorer.
C’est pourquoi, au milieu de toutes nos désespérances et de nos labeurs, au cœur de nos conflits et de nos guerres…
Comme Marie, hâtons-nous et préparons Noël avec foi et intelligence.
Comme l’ange Gabriel, de la part du Seigneur, proclamons la nouvelle avec respect et discernement.
Et comme Elisabeth, soyons attentifs aux signes qui nous sont donnés pour, le jour venu, adresser à Dieu, en actes et en vérité, nos prières et nos louanges.
Père Philippe BOISSÉ