Homélie du 31e dimanche du TO – Mc 12, 28-34
« Quel est le premier de tous les commandements ? »
C’est la question posée par un scribe.
L’évangile ne donne pas son nom.
Une question surprenante dans la bouche d’un scribe, un homme lettré, un spécialiste, un fin connaisseur des Saintes Ecritures.
Pourquoi cette question ?
Est-ce pour piéger Jésus, pour le tester, pour l’évaluer ?
Apparemment ce n’est pas le cas.
Car à terme, Jésus va louer son interlocuteur.
Alors Jésus répond.
Non seulement en donnant un premier commandement.
Mais également en donnant un second commandement.
Et aux dires de Jésus, ces deux commandements sont de même importance.
Vient alors la reprise du Scribe.
Une réponse en trois temps.
Premier temps : il confirme la parole de Jésus : « Forts bien maître, tu as dit vrai… »
20/20, une bonne note pour Jésus.
Deuxième temps : il répète en les accolant les deux commandements.
Histoire d’enfoncer le clou.
Et enfin, troisième temps, il complète le propos par ces mots : tenir ces deux commandements « vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »
C’est cette finale qui conduit Jésus à congratuler le scribe : « Ta remarque est judicieuse : Tu n’es pas loin du royaume de Dieu.»
Tenir ces deux commandements « vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »
Pourquoi cette remarque est-elle judicieuse ?
Rappelons que les offrandes d’holocaustes et de sacrifices comptaient au nombre des rites prescrits dans la Loi.
Ils étaient assimilés à une sorte de péage entre « le pays des hommes » et « le royaume de Dieu ».
Une image faussée, qu’un jour, Jésus chassera à grands coups de fouet.
« Dieu n’est pas à votre disposition… Il n’est pas au service de vos idées et de vos commerces … Dieu est bien au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer, dire et penser de Lui » « Alors à quoi bon les sacrifices sanglants ? »
Tel est le message sous-jacent au « satisfécit » que Jésus adresse au scribe.
En régime chrétien, le sacré n’est plus dans les offrandes d’holocaustes et de sacrifices mais il est d’abord dans les hommes.
Parce que la Révélation du Dieu des chrétiens nous est donnée à travers une personne, celle-là même de Jésus-Christ.
A partir de là, il me semble que c’est par la qualité de l’amour que nous manifestons aux autres que nous rendons crédible l’image de Dieu aux yeux du monde.
Vous en connaissez certainement, de ces gens qui marquent par leur bienveillance, leur capacité d’écoute, leur manière de se réjouir avec vous quand vous êtes heureux, et de ne pas être indifférents quand vous êtes dans la peine.
Ils sont la preuve réelle, concrète et vivante que cette loi de l’amour dépend d’abord de chacun chacune d’entre nous.
A l’inverse, si nous blessons l’amour, nous blesserons l’image de Dieu aux yeux du monde.
Ainsi, on ne peut pas prétendre aimer le monde en se voilant la face.
S’il est facile de faire nôtres les joies et les espoirs de notre humanité…
Conjointement nous ne pouvons pas échapper aux tristesses et angoisses de ce monde.
Au cœur de l’évangile, nous trouverons toujours un impératif compassionnel pour le monde.
Père Philippe BOISSÉ