Homélie messe pour tous les fidèles défunts 2024 – Jn 19, 17-30
Il serait morbide de vivre constamment dans la seule perspective de la mort.
De même qu’il serait illusoire de nous croire immortels.
Ce qui est de plus en plus communément accepté par l’opinion actuelle, c’est l’idée qu’il n’y a rien après la mort.
Pourtant les questions du sens de la vie, de la mort, de la vie après la mort restent nombreuses et essentielles pour chacun et chacune, que nous soyons croyants ou pas.
Elles font partie des questions que nous posons pour nous construire.
Il reste sans doute dans le cœur de beaucoup l’espérance d’une vie meilleure, d’un pardon possible, d’un amour qui nous attend, de retrouvailles joyeuses avec ceux qui nous ont quittés.
Voilà sans doute pourquoi la Toussaint, et le 2 novembre, sont des dates ancrées dans les mentalités.
Ces dates nous rappellent que notre horizon dépasse cette vie sur terre, et ravivent notre espérance que ni la souffrance, ni la maladie, ni le mal, ni même la mort n’auront le dernier mot.
Ce dernier mot appartient à Dieu, et ce sera pour nous appeler à la Vie !
Pour rappeler cela, nous avons ces deux fêtes.
La Toussaint.
C’est la fête des saints, des vivants au Ciel, le 1er novembre.
Eux prient pour nous !
Et il y a le jour de prière pour les défunts, le 2 novembre.
Là, c’est nous qui prions pour tous ceux qui sont encore en chemin vers la plénitude de Dieu.
En ce sens, la compréhension de l’au-delà et plus particulièrement de la Pâques du Christ, n’est pas de l’ordre de la spéculation intellectuelle, mais de la communion, c’est-à-dire de la rencontre et de la prière.
C’est même, à mon sens, la plus belle définition que nous puissions donner de l’Eglise. Elle est communion entre nous, ici présents sur cette terre et ceux qui nous précèdent dans la foi.
Avec en toile de fond cette conviction fondamentale qui habite le cœur du croyant : depuis le matin de Pâques, le Christ ressuscité est à notre portée.
Il n’est pas caché.
Sa divinité n’est plus voilée.
Le rideau du temple est déchiré.
Le linceul et le linge qui voilaient la tête ont été abandonnés dans le tombeau vide.
Pour autant, les questions, les doutes ou les incompréhensions qui sont les nôtres, ne sont pas déplacés.
Personne ne viendra nous les reprocher.
Surtout pas Jésus, puisqu’il a voulu que les premiers témoins de sa résurrection soient des personnes hésitantes, craintives et peureuses.
Des hommes et des femmes comme vous et moi, habités par de nombreuses questions.
Que deviennent ceux qui nous ont quittés ?
Nous voient-ils, nous entendent-ils ?
Qu’est-ce qu’il y a après la mort ?
Comment serons-nous au ciel ?
A ces questions, les théologiens savants apportent des réponses encore plus savantes.
Toutefois la souffrance, le mal, la mort, ne sont pas des choses abstraites dont on parle et sur lesquelles on écrit.
C’est une réalité profonde qui est partout, qui nous impacte et nous révolte.
Que fait alors la foi ?
Elle n’apporte pas d’abord une « réponse ».
Elle ne supprime pas le scandale du mal.
Mais elle procède comme dans l’Evangile.
Elle nous prend par la main et nous conduit à quelqu’un.
Et ce quelqu’un c’est Jésus.
Or à cet instant, en cette rencontre, la foi offre une présence qui nous dit : « Tu ne seras jamais seul !», nous rappelant ainsi qu’il est toujours possible d’aimer.
Chers Amis, nous cherchons le bonheur parce que nous avons été créés pour le bonheur.
Eh bien cette recherche n’est rien d’autre que la reprise de la première parole du Christ à ses apôtres : « Que cherchez-vous ? »
C’est la même question posée après la Résurrection : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? »
Cette question fonde notre espérance et notre foi.
Père Philippe BOISSÉ