Homélie de la Toussaint 2024 – Mt 5, 1-12
A travers les siècles, une multitude d’hommes et de femmes ont suivi le chemin des Béatitudes.
Ils ont redit, chacun à leur manière, ce « oui » à la vie.
Ils ont consenti à la vie, telle qu’elle leur était donnée, avec sa part d’inéluctable.
Malgré leurs zones d’ombre, ils furent tous des passeurs de lumière.
Ils ont témoigné, par leur fragilité, d’une force nouvelle.
Ils nous ont montré que notre monde, si dur et si violent, ne se réduit pas à son inhumanité, ni même à son absurdité.
Aujourd’hui encore, par leur exemple, des hommes et des femmes nous invitent sans cesse à emprunter le chemin inouï de l’Evangile.
Ils nous invitent à marcher à la suite du Christ sans nous laisser enfermer dans cet esprit du monde de la réussite et de la performance à tout prix.
Ils relèvent un défi extraordinaire : l’audace de la fragilité vécue au quotidien.
Car le chrétien n’est pas d’abord celui qui cherche refuge dans l’espérance d’une autre vie.
Mais il est celui qui développe cette capacité à consentir à la vie.
Accueillir la vie avec ce qu’elle contient parfois d’inaccompli et d’inachevé.
De sorte que l’Esprit de Dieu puisse résonner et achever son œuvre.
Les Béatitudes ne sont en rien un code moral ni même un chemin de récompense.
Encore moins une exaltation de la souffrance.
Mais elles sont une ouverture, une garantie d’espérance contre l’absurdité du néant.
Telle est le sens profond de Pâques et de notre Credo : vivre pleinement ce don de la vie, ce don de Dieu, afin de mourir en ayant pleinement vécu et non vivre en étant déjà mort.
Celui qui nous donne l’exemple, c’est Jésus.
Le Vivant par excellence, c’est le Christ.
Dans l’une de ses lettres, St Jean dit de lui qu’il est « le Verbe de vie » (1 Jn 1,1).
Et Jésus lui-même se présentera en ces termes : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).
C’est la même identité qu’il déclinera devant Marthe, la sœur de Lazare : « Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,25-26).
Jésus est venu en ce monde pour nous faire participer à ce don : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10).
Les béatitudes ne disent pas autre chose.
Il y a ainsi une identité profonde entre les Béatitudes et le mystère du Christ ressuscité.
En ce sens, contempler les Béatitudes, c’est contempler le visage du Christ.
Vivre les Béatitudes, c’est vivre du Christ, c’est porter au monde le visage du Christ.
Père Philippe BOISSÉ