6 septembre 2020 – 23e Dimanche du Temps de l’Eglise

« La Césure »

En 2004, avec le Père Thierry MIN, nous exposions à l’église Ste Thérèse de Metz le polyptyque de la Passion et de la Résurrection du peintre mosellan ARCABAS.

Au cœur de cette œuvre imposante, un tout petit tableau placé entre la descente de la croix et la descente aux enfers : “la césure”. C’est ainsi que l’artiste avait nommé le point d’articulation de son œuvre, désignant par cela cet instant où rien ne peut être dit : le grand silence des quatre évangiles.

Cette césure, c’est le temps du grand mystère de ce face-à-face avec Dieu que chacun de nous sera un jour appelé à traverser, quel que soit le chemin.

Thierry, que vous avez peut-être connu, vient de franchir dramatiquement cet instant.

Comme le rappelait Mgr Marc STENGER dans une interview, « Le désespoir d’un prêtre est quelque chose de particulièrement triste ; quelque chose de beau est abîmé, et c’est tout le corps qui souffre ». Ce corps qui souffre c’est l’Eglise, c’est nous tous.

Je connaissais Thierry depuis son entrée au séminaire, il y a 31 ans. Il fut l’élève, le vicaire, le confrère et surtout l’ami fidèle, respectueux, droit et discret. Il était ce « petit frère » que l’on essaye d’accompagner et d’équiper au mieux pour le combat parce que la vie spirituelle et la vie pastorale sont des engagements parfois très violents. Que n’ai-je pas vu ? Que n’ai-je pas su lui apporter ? Ces questions sont peut-être aussi les vôtres. Et même si aujourd’hui nous trouvions la réponse cela ne changerait rien : Thierry nous a quittés. Alors je garderai au cœur ces derniers instants heureux que nous avons vécus ensemble : notre retraite à l’abbaye de Cîteaux au mois de mars dernier et notre fraternelle escapade annuelle dans le Morvan entre la Pierre-qui-Vire et Vézelay fin juillet.

Il est un temps pour pleurer et un temps pour rire. C’est ce qui fait la fragilité et la beauté de la vie. Un prêtre, c’est fragile parce qu’il est aussi un homme.

Thierry a essayé de faire siennes par son ministère « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent… ». Il a essayé de servir l’Eglise de son mieux, mais non pas tant par ce qu’il a fait que par ce qu’il était : un prêtre, tout simplement.

Philippe BOISSÉ