26 novembre 2017 – Dimanche du Christ Roi de l’Univers

C’est le geste qui compte !

En cette fête du Christ Roi de l’univers, je ne peux m’empêcher de penser à l’avenue de Blida à Metz. Voici un lieu que le Roi aurait pu citer en réponse à la question de ceux qui avaient besoin de se remémorer un exemple concret où ils avaient côtoyé ceux qui avaient faim et soif, qui étaient nus, étrangers, malades ou prisonniers. Jetez un œil sur la carte : cette avenue est certes un axe d’entrée de l’agglomération messine emprunté par bon nombre de travailleurs matin et soir, mais elle ne débouche en réalité que sur une impasse donnant sur un cimetière ! Et si vous vous êtes un jour aventurés jusqu’au bout de cette avenue, vous avez peut-être remarqué ce parking face à l’usine de traitement des ordures ménagères où s’amassent des tentes de fortune qui abritent des centaines de migrants dans des conditions d’hygiène inhumaines. Je pense à ces enfants qui, faute de disposer de sanitaires fonctionnels, attendent impatiemment de rejoindre l’école du quartier. Je pense aussi à cette dizaine de femmes enceintes couchées à même le sol dans la boue qui n’arrivent à tenir que grâce à l’espérance que leurs enfants auront un avenir meilleur. Et que dire de ces femmes et hommes épuisés par le périple de la migration que le froid et l’humidité du camp ont définitivement cloué dans la maladie. Sans l’implication inlassable de plusieurs dizaines de bénévoles d’associations caritatives, combien de drames humains supplémentaires dans ce camp à deux pas de notre quartier aurions-nous à porter sur la conscience ? Et voici que les autorités administratives ont décidé de fermer le camp de Blida au moment où j’écris cet édito. En quelques heures, ces personnes sont arrachées de leurs abris de fortune et transférées dans des bus : les uns seront dispersés aux quatre coins de la France pour bénéficier enfin d’un toit chauffé ; les autres, en situation irrégulière, seront reconduits à la frontière. Une sorte de grand soir comme au jugement dernier, me direz-vous… en espérant que les structures d’hébergement locales puissent absorber le flux des nouveaux migrants de demain et que ne soit recréé un nouveau camp en cette période hivernale si éprouvante. Une chose demeure certaine : le jugement dernier portera bien sur l’essentiel de nos vies : le franchissement ou non des points de rupture comme la faim, la soif, la nudité, la santé ou la liberté. Et en la matière, ce ne sont pas les débats et les grandes idées qui sauveront l’humanité, mais seulement nos gestes et nos actes !

Björn DESMET