Homélie pour la fête du Christ-Roi

En ce dernier dimanche de l’année, l’église nous propose de relire le procès de Jésus et en particulier ce long dialogue entre Jésus et Pilate. Il y est question de royauté et de vérité. Il est bien difficile aujourd’hui d’entrer dans l’intelligence de cette parole de Dieu. En effet, notre culture moderne et citadine n’a plus rien à voir avec notre passé et encore moins avec le temps de Jésus. Quand nous pensons royauté nous pensons à monarchie, absolutisme, pouvoir autoritaire et arbitraire. Quand nous pensons à vérité nous pensons aux petites vérités et comme le dit Éric-Emmanuel Schmitt « Il y a autant de vérité que d’individus. »

Mais le dialogue entre Jésus et Pilate nous dit tout autre chose. Le préfet de Judée commence par lui poser une question très directe : « Es-tu le roi des Juifs ? » Il s’attend à une réponse claire : oui ou non. Mais cette question simple en apparence comporte un double piège. Un piège temporel d’abord parce que Pilate représente l’empereur et il pense en termes de pouvoir, en termes de force et d’autorité. Si Jésus est roi des Juifs, est-il une menace pour l’empire ? Si oui alors il faut l’éliminer. Piège spirituel ensuite parce Jésus suscite un immense espoir. Depuis la chute de la royauté en Israël, le peuple attend le messie, le fameux « fils de David » qui chassera l’envahisseur romain et redonnera au peuple sa dignité.

Mais voilà, Jésus ne répond ni oui ni non. Il réplique par une autre question : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » De cette manière, Jésus fait acte de vérité en montrant qui est à l’œuvre dans ce procès truqué. Il s’agit bien des autorités juives. Finalement Jésus fait une réponse qui apaise Pilate et en même temps qui en dit long sur sa mission d’envoyé du Père : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Comme on le voit, Jésus ne revendique pas directement le titre de roi mais parle en termes de royauté. Il est un roi pasteur, berger pour son peuple, il est vecteur de paix. Sa royauté n’a donc pas d’aspect mondain. C’est-à-dire qu’il est un roi sans armée, sans vue politique, sans violence, sans mensonge. Il n’est pas une menace pour l’empereur et ses légats puisque sa royauté n’a aucune revendication territoriale parce qu’elle n’est pas de ce monde. Sa royauté ne correspond pas non plus à ce que l’on attendait du messie accompagné d’une armée d’anges pour un combat. Quand Jésus dit « ma royauté n’est pas de ce monde » il ne signifie pas qu’il se désintéresse du monde mais que sa royauté n’est pas une royauté selon les principes de ce monde. Sa royauté est ICI mais pas D’ICI. Elle est bien plus que cela étant donné qu’elle ne connaît pas de frontière, elle est éternelle. Elle ne dépend pas de notre bon vouloir car elle n’est pas sujette aux élections. Jésus est finalement roi de l’univers. Sa royauté s’appuie sur l’amour et non la haine, sur la sagesse et non la folie, sur le pardon et non la rancune, sur l’entraide et la collaboration et non l’égoïsme et le despotisme.

Alors que retenir pour nous aujourd’hui ? En instituant la fête du Christ-Roi le 11 décembre 1925, le pape Pie XI déclarait : « Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits à peine croyables – une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix – se répandraient infailliblement sur la société toute entière ». En conclusion, retenons que cette fête du Christ Roi nous invite d’abord à contempler le Seigneur Jésus comme notre roi. Faisons tout pour qu’il puisse régner dans notre cœur et notre tête. Laissons-le prendre place dans nos vies afin que nous puissions lui rendre un culte. Enfin, nous sommes invités à honorer le Christ-Roi, non seulement dans la prière mais aussi dans la vie de tous les jours. Écoutons sa voix et ajustons notre vie familiale, professionnelle et sociale, à la sienne. « Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

 

Père Tristan